orgie sanglante

Genre : horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui)
Année : 1963
Durée : 1h07

Synopsis : Un restaurateur égyptien tue des femmes pour faire revenir à la vie une divinité. 

La critique :

Herschell Gordon Lewis, un nom qui rime invariablement avec le cinéma gore, trash et extrême. A la fois acteur, compositeur, réalisateur, scénariste et producteur, Herschell Gordon Lewis débute sa carrière cinématographique à l'orée des années 1960. A priori, rien ne prédestine le cinéaste à revêtir les oripeaux du pape du cinéma gore. Ses premiers essais, pour moins timorés, se soldent tous par des bides commerciaux et n'intéressent guère le grand public.
The Prime Time (1960), Living Venus (1961), Nature's Playmates (1962), ou encore Daughter of the Sun (1962) sont autant d'échecs financiers qu'artistiques. Ces premières oeuvres sont avant tout des productions mollassonnes avec une forte consonance érotique et sexuelle. Corrélativement, Herschell Gordon Lewis n'a jamais tari d'éloges pour le cinéma d'Alfred Hitchcock (on le comprend...) et ne cache pas sa fascination pour Psychose (1960).

A l'époque, le thriller hébéphrénique du maître du suspense marque une rupture fatidique et rédhibitoire dans le Noble Septième Art. Pour la première fois au cinéma, un film s'immisce par le trou d'un mur attenant à une salle de bains, flattant ainsi nos tendances voyeuristes. Pis, Norman Bates, le sociopathe de Psychose, est atteint par une étrange duplicité, le transformant en tueur sadique et lubrique incapable de réfréner ses pulsions psychopathiques.
A son tour, Herschell Gordon Lewis souhaite réaliser un film sur un serial killer qui mutilerait et collectionnerait les cadavres. Toutefois, le cinéaste aspire à d'autres appétences via un thriller qui mélangerait allègrement le sang, des jeunes femmes largement dépoitraillées et un maniaque sanguinaire. Qu'ils se nomment Norman Bates ou Fuad Ramses, tous ces criminels ne sont que les reliquats d'un psychopathe hélas bien réel.

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Son nom ? Ed Gein, plus connu sous le nom du Boucher de Plainfield. Ce fait divers a traumatisé l'Amérique toute entière et apparaît comme la réminiscence des tourments et des exactions de la Seconde Guerre Mondiale. C'est ainsi que Herschell Gordon Lewis griffonne les premières lignes de Blood Feast, ou Orgie Sanglante, sorti en 1963. Le long-métrage doit s'inscrire dans le sillage et le continuum de Psychose, tout en privilégiant la barbaque et les effusions sanguinolentes.
A l'époque, la sortie d'une telle pellicule suscite évidemment les anathèmes et la polémique. Les contempteurs abhorrent et admonestent un cinéaste qui serait tout aussi azimuté que son serial killer cannibale. A contrario, Herschell Gordon Lewis exulte. Il vient tout simplement de créer un nouveau genre cinématographique : le gore qui tâche et qui pique les yeux.

Presque 55 ans après sa sortie, Blood Feast reste d'une insondable actualité, inspirant toute une litanie de pellicules érubescentes, notamment Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974). En France, Orgie Sanglante écope carrément d'une interdiction aux moins de 18 ans mais attise, à l'inverse, les convoitises. En outre, Blood Feast constitue également le premier chapitre de la Trilogie Sanglante ("Blood Trilogy" dans la langue de Shakespeare) et sera suivi par 2000 Maniaques (1964) et Color Me Blood Red (1965). En résumé, Orgie Sanglante n'a pas usurpé son statut de film culte, à tel point qu'une suite, Blood Feast 2 : All U Can Eat, sera réalisée en 2002, toujours par les soins de Gordon Lewis.
Reste à savoir si le premier chapitre mérite (ou non) de tels dithyrambes. Réponse dans les lignes à venir... La distribution du film se compose de William Kerwin, Mal Arnol, Connie Mason, Lyn Bolton, Scott H. Hall et Christy Foushee.

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Attention, SPOILERS ! Dans une petite ville de Floride, une maniaque sanguinaire assassine et mutile plusieurs jeunes filles. La police enquête mollement, mais personne ne soupçonne Souad Ramsès, le suave traiteur égyptien : c’est pourtant lui l’auteur de ses crimes affreux, nécessaire au rituel d’adoration de la déesse Ishtar : réunir les ingrédients d’un banquet cannibale… A priori, rien ne distingue Blood Feast de la concurrence pléthorique dans le cinéma gore et horrifique.
Cependant, le film propose déjà tous les ingrédients qui signeront l'avènement d'un genre délicieusement outrecuidant : un scénario lapidaire, un budget anomique, des acteurs amateurs, de la torture et du sang ad nauseam et un tueur énigmatique dont les intentions restent souvent énigmatiques. Dans Orgie Sanglante, le modus operandi obéit toujours à la même antienne.

Contrairement aux apparences, Souad Ramses n'est pas ce forcené humilié et ostracisé par la société. Au contraire, le boucher est parfaitement intégré dans notre système et ses institutions. L'intérêt de Blood Feast réside dans cette fascination qu'exerce le maniaque sur nos pulsions primitives et reptiliennes. Pour la première fois au cinéma, le spectateur complice est convié à scruter l'horreur au plus près des orifices via plusieurs séquences d'opérations chirurgicales et à coeur ouvert.
Orgie Sanglante fonctionne alors comme une enquête policière qui cherche à comprendre les tenants et les aboutissants de toutes ces ignominies. De facto, le métrage interroge sur nos propres pulsions et surtout sur notre fascination archaïque pour le tabou, l'interdit et surtout l'anthropophagie. Blood Feast, c'est aussi le reflet d'une Amérique contemporaine sur le point de muter, de s'étioler et de se désagréger sous le poids de l'hédonisme et du consumérisme.

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Et c'est ce qu'a parfaitement compris Herschell Gordon Lewis. Il poursuivra cette thématique dans 2000 Maniaques en explorant des territoires méconnus et ostracisés de l'Amérique. Qu'on le veuille ou non, Blood Feast a donc de fortes consonances sociologiques et idéologiques. Oeuvre iconoclaste, le film est hélas victime de ses carences pécuniaires. Aujourd'hui, difficile de ne pas pouffer devant toutes ces séances d'impudicité réalisées à base de prothèses et de sauce tomate !
De surcroît, le film souffre d'une certaine caducité, notamment au niveau de sa mise en scène, pour le moins rudimentaire. Et ne parlons même pas du casting aux abonnés absents. Certes, à maintes reprises, la caméra de Gordon Lewis se centre sur le regard hypnotique et comminatoire de Souad Ramses (incarné par un certain Mal Arnol). Hélas, l'acteur ne dégage aucun charisme et peine à transcender un personnage illuminé et neurasthénique. A sa décharge, les autres comédiens ne font pas beaucoup mieux. A l'instar de son casting, Herschell Gordon Lewis fait preuve d'amateurisme, confinant le plus souvent sa pellicule dans les affres de l'obsolescence.
Dans le même genre, on lui préférera largement le même 2000 Maniaques, déjà précité. En conséquence, pas de note finale pour ce long-métrage éminent mais terriblement fermenté.

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver