i spit on your grave 1978

Genre : horreur, trash, drame (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui)
Année : 1978
Durée : 1h40

Synopsis : Une jeune fille sauvagement violée se venge de ses agresseurs

La critique :

1972. Une date fatidique et rédhibitoire pour le cinéma horrifique avec la sortie de La Dernière Maison sur la Gauche, réalisée par Wes Craven. Le scénario du film repose sur un concept aussi simpliste que lapidaire. Deux jeunes femmes rencontrent par hasard une bande de psychopathes. Torturées, violées, humiliées et semoncées, les deux pauvres infortunées finissent par exhaler leur dernier soupir. En cavale, les tortionnaires trouvent alors refuge dans une demeure opulente.
Sur place, ils sont alors accueillis par un couple de quarantenaires à priori sans histoire. Sauf que ces derniers ne sont autres que les parents de l'une des deux victimes... Voilà pour les velléités ! Le rape and revenge est né... Ou presque... A l'origine, La Dernière Maison sur la Gauche s'inspire d'un autre film, La Source (Ingmar Bergman, 1960).

A tel point que l'on peut évoquer un remake officieux tant les analogies sont flagrantes. Wes Craven n'a donc rien inventé. Néanmoins, c'est bien La Dernière Maison sur la Gauche qui signe l'apogée du rape and revenge avec toute une flopée de productions violentes et débridées, notamment Thriller - A Cruel Picture (Bo Arne Vibenius, 1974), La Maison au fond du parc (Ruggero Deodato, 1980), L'Ange de la Vengeance (Abel Ferrara, 1981), Baise-Moi (Virginie Despentes, 2000), ou encore Les Chiens de Paille (Sam Peckinpah, 1971).
Vient également s'agréger Day of The Woman, réalisé par Meir Zarchi en 1978. Pour l'anecdote, le film est sorti sous plusieurs intitulés, notamment Oeil pour Oeil, et surtout I Spit On Your Grave. Par ailleurs, le film de Meir Zarchi va inspirer un remake homonyme, cette fois-ci réalisé par les soins de Steven R. Monroe en 2010.

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Pour le scénario de Day of the Woman, Meir Zarchi avoue s'être inspiré d'un fait divers effroyable. Une jeune femme largement dévêtue est retrouvée errante et agonisante dans les rues de New York, les yeux hagards et le corps recouvert de blessures. L'infortunée vient de subir les ignominies et les lubricités d'une bande de forcenés. Ce fait divers marque durablement les persistances rétiniennes, surtout en pleine révolution sociétale, idéologique, sexuelle et culturelle.
Les femmes aspirent désormais à d'autres tâches et responsabilités dans notre société patriarcale, renvoyant le phallus détumescent dans ses pénates. Day of The Woman s'inscrit donc dans ce féminisme revendicatif et atrabilaire. Au moment de sa sortie aux Etats-Unis, le film suscite les acrimonies et les quolibets, ainsi que les foudres de la censure.

Dans un premier temps interdit aux moins de 18 ans, le long-métrage se voit tronqué de 17 précieuses minutes pour finalement se solder par une interdiction aux moins de 16 ans, soit la classification NC-17 aux Etats-Unis. Day of the Woman n'échappe pas non plus à certaines saillies endiablées, le critique de film Robert Ebert n'hésitant pas à qualifier I Spit On Your Grave (1978) du pire film jamais réalisé (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C5%92il_pour_%C5%93il_(film,_1978).
Reste à savoir si Day of The Woman mérite de tels anathèmes. Réponse dans les lignes à venir... La distribution du long-métrage se compose de Camille Keaton, Eron Tabor, Richard Pace, Anthony Nichols, Gunter Kleemann et Alexis Magnotti. Attention, SPOILERS ! Jennifer, écrivaine new-yorkaise qui a loué un pavillon dans une forêt pour y chercher l'inspiration, est sauvagement battue et violée par quatre hommes, parmi lesquels un handicapé mental manipulé par les trois autres, qui la laissent pour morte.

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Le temps de se reconstituer, elle les supprimera patiemment, un à un. Premier constat, Day of the Woman est un véritable agrégat de références, parmi lesquelles on retrouve évidemment Les Chiens de Paille (déjà précité), La Dernière Maison sur la Gauche (lui aussi mentionné), mais aussi Délivrance (John Boorman, 1971) et Carnage (Tony Maylam, 1983). Day of the Woman, c'est donc aussi cette conjonction entre le slasher et le rape and revenge.
Dans cette dernière catégorie, le film de Meir Zarchi fait office de véritable bréviaire. Ce n'est pas un hasard si Oeil pour Oeil a inspiré un remake éponyme, ainsi qu'une trilogie fastidieuse et putassière. Indubitablement, la grande force de Day of the Woman repose sur cette dichotomie intrinsèque, celle qui oppose une jeune femme issue de la cité urbaine à une bande de renégats provenant du monde rural.

Mais Day of the Woman, c'est aussi cette césure entre la vénusté et la pureté symbolisées par Jennifer et cette rusticité préfigurée par les agresseurs. Pis, la belle est férue de littérature, un art que nos ignobles individus abhorrent et admonestent. A l'inverse, les hommes sont des êtres revêches, licencieux et débonnaires. Donc attention à ne pas euphémiser l'impact de Day of The Woman ! Contre toute attente, le film de Meir Zarchi tient un vrai discours politique, sociologique et idéologique, quitte parfois à verser dans les stéréotypes et la manichéisme.
Ainsi, la femme symbolise ici cette crédulité violentée par ce prosaïsme, évidemment masculin. Mais la dialectique tend néanmoins à s'intervertir. Tel est l'avertissement emphatique adressé par un Meir Zarchi dogmatique qui multiplie les aphorismes. 

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I Spit On Your Grave (1978) se divise alors en deux parties bien distinctes. La première se focalise sur le calvaire subi par Jennifer. Alors qu'elle recherche l'inspiration dans un environnement champêtre, la jeune femme est humiliée, anathématisée, semoncée, ridiculisée, rudoyée et violée par une bande de sauvageons. Laissée pour morte, elle survit néanmoins à ses blessures et peut entreprendre son entreprise de vengeance. La belle a bien l'intention d'occire un par un ses tortionnaires.
Contrairement aux apparences, ces derniers ne sont pas des psychopathes en cavale, mais de vulgaires hères parfaitement intégrés dans notre société. C'est la seconde partie du film. Dès lors, Day of The Woman suit un cheminement beaucoup plus classique. Cependant, Meir Zarchi fait preuve de sagacité et d'inventivité dans les meurtres perpétrés.

Au programme des tristes réjouissances : la pendaison d'un pauvre histrion, une castration particulièrement sanguinolente, un homme noyé dans une rivière et un autre ciselé par le moteur d'un bateau. Day of the Woman signe donc le retour de nos instincts barbares et primitifs. Désormais, ce n'est plus seulement l'homme qui chasse, qui massacre et qui transgresse. Le féminisme vient lui aussi s'ajouter aux inimitiés. Le phallus n'est donc plus cet objet de fascination décrété par les civilisations gréco-romaines. Le temps d'une rixe, la femme peut à son tour s'avérer d'une férocité redoutable, comme si l'homme préhistorique était sommé de retourner dans sa caverne, les demoiselles chassant à leur place. Une dialectique inversible, mais qui préfigure déjà l'apanage d'une société hédoniste et consumériste.
Plus rien ne pourra stopper cette didactique inexpugnable. 
Ce n'est pas un hasard si cette vindicte au féminin toisera le haut des oriflammes pendant plus de deux décennies. Day of The Woman constitue seulement son effigie. Par certaines accointances, le film de Meir Zarchi annonce déjà l'avènement du torture porn dans les années 2000. A contrario, le long-métrage n'est pas exempt de tout reproche. Hormis les archétypes habituels, la mise en scène reste un peu trop académique. Clairement, Meir Zarchi ne possède pas le talent ni l'érudition d'un Sam Peckinpah.
De surcroît, les scansions de Day of The Woman paraissent un tantinet obsolètes aujourd'hui. 
Toutefois, via ce long-métrage, Meir Zarchi vient carrément apposer un faciès sur l'innocence, la candeur, l'horreur et la vengeance... toujours au féminin... Evidemment.

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver