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Genre : Thriller, science-fiction (interdit aux - 12 ans)

Année : 2016

Durée : 1h42

 

Synopsis :

Renée est une mère célibataire qui vit avec son jeune garçon Evan et s'avère être terrifiée par les araignées. Un jour, lorsque sa voiture tombe en panne, elle est kidnappée par un groupe d'étrangers. Elle se réveille ligotée dans un laboratoire où elle est interrogée par ces derniers à propos de son parcours médical et notamment sa peur des arachnides. Tout en apprenant qu'elle a en elle une nature extraterrestre, ils lui injectent des produits chimiques censés la révéler.

 

La critique :

Certes, je vous ai fait comprendre plus d'une fois que le cinéma récent n'était pas spécialement ma tasse de thé, en raison d'un manque évident d'idées dans le paysage cinématographique mainstream. Côté cinéma d'auteur, si le niveau est sans surprise plus élevé, le fait d'évoluer à une époque où la rentabilité à tout prix n'a jamais été aussi importante, a eu raison de certains projets ne pouvant être financé ou du moins avec un budget dérisoire. Le cinéma occidental est dangereusement en perte de vitesse pour de nombreux cinéphiles mais il serait fort malhonnête que de dire qu'il n'y a que des navets. Aujourd'hui, je me lance donc à la tâche de chroniquer un film tout récent, datant de l'année dernière.
Une première en ce qui me concerne ! Et le film qui aura cet honneur sera Rupture, réalisé par Steven Shainberg à qui l'on doit des films peu connus comme La Secrétaire ou Fur : un portrait imaginaire de Diane Arbus.

En soi, un relatif inconnu dans le monde cinématographique dont Rupture est son dernier bébé. Une dernière oeuvre dont j'ai découvert, grâce à l'identification d'un ami sur Facebook, la bande-annonce il y a peu de temps. Une bande-annonce pour le moins encourageante qui a directement suscité mon intérêt. Malheureusement, au moment de sa sortie, les critiques seront désastreuses avec une moyenne assez inquiétante de 1,9/5 sur AlloCiné. Mais AlloCiné étant très loin d'être une pointure cinéphile, je me concentrais sur SensCritique et sa moyenne de 5,1/10.
Un brin un peu plus rassurant mais ce n'était quand même pas ça. Cependant, j'ai appris à ne jamais me fier aux critiques car, dans ce cas, jamais je n'aurais visionné de superbes oeuvres incomprises, à l'instar de Nekromantik et surtout Subconscious Cruelty, deux oeuvres extrêmes et à réserver à un public très averti. Mais est-ce que Rupture peut s'inscrire dans le malheureux cercle des films incompris, lui aussi ? Réponse dans la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Renée Morgan vit avec son fils de douze ans, Evan, dans une maison tranquille de la banlieue, et est terrifié par les araignées. À l'insu des deux, chacun de leur mouvement est observé. Lors d’une de ses courses quotidiennes, sa voiture tombe en panne et elle est violemment kidnappée par un groupe d'étrangers. Environ 24 heures plus tard, dans un laboratoire anonyme, elle se retrouve ligotée et interrogée à propos de son parcours médical, y compris cette grande peur des araignées. Bientôt, ses ravisseurs lui expliquent que son anomalie génétique peut potentiellement lui permettre de libérer sa nature extraterrestre. Grâce à l'expérience de la peur la plus profonde, elle pourra se transformer en ce qu’elle est vraiment.

Voilà pour le pitch assez étrange mais original et ça, dans un cinéma de plus en plus formaté, ça nécessite une certaine curiosité. Mais voilà, il arrive que des réalisateurs aient des idées sympathiques qu'ils ne parviennent pas à gérer et ça conduit immanquablement au fiasco. Maintenant, il y a aussi des réalisateurs qui partent sur des idées louches mais pouvant donner lieu à une surprise et qui se ramassent en beauté. Rupture peut parfaitement s'inscrire dans cette catégorie. Rupture a son titre en parfait rapport avec mon ressenti durant le film, soit la rupture entre mon engouement au début, laissant la place à l'agacement et à l'emmerde. Donc on suit une mère divorcée élevant son fils balloté entre son père et sa mère. Un jour, après l'avoir déposé chez son père, elle subit une panne de voiture déclenchée par de mystérieux personnages sortis d'on ne sait où et qui la surveillait depuis le début avec des caméras dans sa maison ("Big Brother is watching you"). Ses personnages la kidnapperont rapidement et lui administreront un puissant somnifère pour que celle-ci se réveille 24h plus tard dans un mystérieux laboratoire s'embarquant dans des expériences subliminales de révélation de soi en vainquant ses peurs les plus profondes. 

En soi, pourquoi pas, l'idée est assez excentrique mais pas dénuée d'une certaine réflexion. La pauvre Renée subira une batterie de tests médicaux avant qu'elle ne se trahisse toute seule avec sa fameuse arachnophobie. Ça sera le début de son cauchemar car elle sera le jouet de cette étrange organisation en étant aux prises d'expériences avec, vous vous en doutez, des araignées. Quelque part, le film n'est pas sans rappeler Martyrs avec cette histoire de secte séquestrant des personnages pour les soumettre à leurs idéaux scientifiques. Sauf que si Martyrs proposait une véritable réflexion, des idées pensées et un trait viscéral au choc assuré, Rupture s'illustre par sa vacuité et son inanité record.
La "véritable réflexion" est inexistante et dénuée de toute crédibilité. Le projet étant de révéler un trait extraterrestre caché dans les chromosomes d'un individu lorsqu'il parvient à combattre ses terreurs les plus profondes. Vous n'avez compris que peu de chose ? C'est normal car Shainberg a bien du mal à offrir un semblant de résolution dans les énigmes balancées ici et là au début. La vraie question se posant étant : Est-ce que le cinéaste sait ce que veut dire le mot "extraterrestre" ? Parce que ce mot est à mettre en relation avec une entité qui n'est pas issue de notre bonne vieille planète Terre. Hors ici, rien n'indique que ces personnages proviennent d'une autre planète vu qu'il est prouvé qu'ils sont humains. Vous comprenez tout doucement l'absurdité de la chose ?

Rupture

Shainberg sort la carte de la prétention scientifique et tient à prouver par la génétique, la débilité de son concept. La terreur paroxystique lorsqu'un individu est soumis à sa phobie le métamorphoserait physiquement. Une idée farfelue et bien stupide quand on y réfléchit bien. D'autant plus que les expériences n'ont rien de très éloquent avec quelques araignées sur le corps ligoté de Renée. En soit, un Fort Boyard en un peu plus sadique ! Pire encore, les codes du survival sont bousculés dans le mauvais sens du terme vu que Renée parviendra facilement à s'échapper de sa pièce pour errer dans le laboratoire et croiser d'autres sujets d'expérience et en apprendre plus sur ce qui se passe.
Il n'y a pas cette sensation de faiblesse du personnage principal que l'on voit dans tout survival qui se respecte. On ne ressent pas Renée comme une personne en danger. Elle a limite même l'ascendant sur ses ravisseurs. Elle est en position de force. Du coup, la tension n'est que peu présente car, comble de tout, le récit s'éternise pour ne rien raconter. Rupture tourne à vide et nous gratifie de nombreux temps morts. On a cette impression que Shainberg tâtonne et ne sait pas trop où aller car l'essentiel de la seconde partie se résumera à l'errance de Renée dans ce labo à l'insu de tous.

Donc, au concept raté de départ, vous pouvez rajouter une mise en scène léthargique dont les soubresauts ne parviennent pas à percuter suffisamment le spectateur. Les exactions de Renée voyant des kidnappés soumis à des expériences plus terrifiantes et glauques que les siennes et la dernière expérimentation arachnophobique font figure d'exception. Elles ont au moins le mérite d'apporter un minimum de tonalité malsaine mais ce n'est malheureusement pas suffisant.
Car oui, comme dans toute mauvaise bande-annonce qui se respecte, on ne va mettre que les séquences les plus accrocheuses en omettant le reste. Rupture s'inscrit dans cette catégorie également et l'atmosphère glauque et désespérée que l'on attendait ne se résume que, souvent, à une ambiance apathique et faussement sadique. Quelques réveils sont à noter mais rien de très folichon. Alors que Rupture aurait pu être tourné de manière cruellement psychopathique, on remarque que l'oeuvre est étrangement sage, d'où l'interdiction aux moins de 12 ans.

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Pour ce qui est de l'aspect visuel, le cinéaste s'est inspiré de l'esthétique du giallo pour nous larguer une oeuvre clinquante dans son choix de couleurs et qui n'est pas sans rappeler Only God Forgives mais, encore une fois, pourquoi apporter une énième preuve scientifique qui expliquerait, dans ce cas précis, ce choix de couleurs ? On a vraiment cette impression que le réalisateur veut à tout prix réfuter le moindre trait expérimental et tient à inscrire son long-métrage dans le conformisme le plus primaire. Pourquoi ne pas simplement choisir cette esthétique par pur but artistique sans vouloir dire "oui mais c'est juste pour signifier que les monstres préfèrent les couleurs jaune-mauve" ?
Un peu de bon sens Steven Shainberg s'il te plaît ! La bande sonore est quelconque et le jeu d'acteur est en dent de scie. Si Noomi Rapace interprète bien cette mère dépassée par ce qui lui arrive, les autres personnages sont caricaturaux au possible par leur imitation pseudo-psychopathique aux relents lynchiens, le talent en moins. Ils adoptent un jeu d'acteur faussement sadique et à la voix qui se veut mystérieuse mais qui est plus ridicule qu'autre chose. Quant à Peter Stormrare, on se demande ce qu'il est venu foutre là-dedans vu qu'il fait plus office de figuration qu'autre chose. Un meuble aurait pu en faire autant. Au moins, le cinéaste se dira dans la dernière partie que cela serait bien de le mettre plus en évidence mais bon...

En conclusion, Rupture est un véritable fiasco que l'on n'était pas en droit d'attendre. Si l'illusion d'un film expérimental et atypique était d'application au début, la curiosité fait rapidement place au scepticisme, puis à la déception et l'agacement. Le problème primordial est que le film est prétentieux dans son approche et n'a guère de subtilité et du coup, ni de cohérence vu que Shainberg réfute le surréalisme et tient à se rattacher le plus possible au réalisme. Ce qui fait que tout le concept étrange, qui aurait pu être sympathique à exploiter dans les mains d'un cinéaste compétent, se casse la gueule dans un gloubi-boulga sans recherche. Rupture s'inspire énormément de Martyrs mais se concentre essentiellement sur les phobies, plutôt que sur la douleur physique. Du kidnapping et de la "torture" psychologique sans but apparent malgré ce que le réalisateur veut nous faire croire.
Même s'il y a un certain sentiment claustrophobique, une atmosphère savant être glauque par moment et une esthétique ravissante, le long-métrage a bien du mal à susciter un semblant d'intérêt. Quelque part, Rupture est le reflet du cinéma actuel de thriller horrifique : Assez fade, sans surprise et prise de risque.

 

Note : Navet

 

 

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