SSSSnake-le-cobra

Genre : horreur, épouvante 
Année : 1973
Durée : 1h39

Synopsis : David, étudiant de son état, trouve un travail dans un laboratoire faisant des expériences sur des serpents. Le directeur, Stoner, trouve un sérum capable de transformer un homme en cobra. Il décide de l'utiliser sur David... 

La critique :

Le nom de Bernard L. Kowalski ne doit pas vous évoquer grand-chose... et pour cause... Puisque le cinéaste a essentiellement sévi dans la réalisation de séries télévisées américaines, notamment en signant plusieurs épisodes de Columbo (Faux témoins, Exercice Fatal, Play Back et Deux en un). Corrélativement, le metteur en scène réalise plusieurs longs-métrages, par ailleurs méconnus du grand public. Les cinéphiles les plus avisés se souviendront peut-être de films tels que Stiletto (1969), Krakatoa à l'est de Java (1969), ou encore de Macho Callahan (1970).
Bernard L. Kowalski signe même quelques longs-métrages horrifiques avec Night of the Blood Beast (1958) et L'attaque des sangsues géantes (1959), deux bisseries impécunieuses qui ne laissent pas un souvenir indélébile.

Indubitablement, SSSSnake, le cobra reste son long-métrage le plus proverbial. Pour le scénario de cette pellicule horrifique, Bernard L. Kowalski souhaite réaliser un curieux maelström entre Frankenstein (James Whale, 1931) et L'île du Docteur Moreau (Don Taylor, 1977). Petite piqûre de rappel. Pour ceux qui ont eu l'heur de visionner L'île du docteur Moreau, le métrage nous transportait sur une île (d'où l'intitulé du film...) habitée par des créatures anthropomorphes.
Ce lieu à priori désertique est l'endroit idéal pour s'adonner à des expériences contre-nature. Ainsi, l'homme est condamné à retourner en bas de l'échelle alimentaire et surtout à se métamorphoser en animal primitif, retrouvant de ce fait, sa nature reptilienne et archaïque. En ce sens, SSSSnake, le cobra s'apparente à un avatar de L'île du Docteur Moreau, mais pas seulement...

critique-ssssnake-kowalski7

A la seule différence que Bernard L. Kowalski se polarise sur l'univers des ophidiens. C'est par ailleurs ce que confirme l'affiche du film via ce cobra royal à l'intérieur de la cavité buccale d'une femme. De surcroît, tous les reptiles utilisés par Bernard Kowalski et ses prosélytes sont bien réels. Point d'effet spécial, d'image de synthèse ni de recours à la bonne vieille technique de la stop-motion. Selon le propre aveu de Bernard L. Kowalksi et des dresseurs, le tournage du film a requis des heures et des heures de dressage et de dur labeur, nécessitant la présence de plus 155 serpents !
Tel est l'avertissement emphatique pour amorcer le générique de SSSSnake, le cobra, sorti en 1973. Le film est même présenté en compétition lors du festival international du film fantastique d'Avoriaz, sans néanmoins remporter le moindre prix.

La distribution de cette production horrifique se compose de Strother Martin, Dirk Benedict, Heather Menzies et Richard B. Shull. Attention, SPOILERS ! (1) Scientifique autant qu’ermite, le Docteur Carl Stoner consacre son existence à l’étude des serpents et à la collecte de leur venin. C’est du moins ce que l’homme laisse transparaître car en réalité, ses expériences vont bien au-delà de la simple observation. Rendu fou par son admiration du monde reptilien, Stoner entend ainsi créer une nouvelle race. Une espèce alliant à merveille la puissance, l’intelligence et l’agilité.
Pour cela, notre scientifique concocte une substance miracle qu’il inocule sans sourciller à son jeune cobaye… (1) 
Vous l'avez donc compris. A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas percevoir, à travers ce SSSSnake, le cobra, les nombreuses accointances avec L'île du Docteur Moreau (déjà précité).

hqdefault

Pour mémoire, le film de Don Taylor était déjà l'adaptation d'un opuscule éponyme d'H.G. Wells. Via son budget désargenté, SSSSnake, le cobra fait également office de série B. Néanmoins, le film de Bernard L. Kowalski parvient à se démarquer du roman d'H.G. Wells en se focalisant sur le monde des reptiles. Les ophiophobes sont donc priés de quitter gentiment leur siège et d'aller faire un petit tour. Le long-métrage exploite malicieusement cette peur panique en se centrant sur un serpent majestueux et hiératique : le cobra royal. Pis, l'animal rampant et particulièrement venimeux (sa morsure pouvant provoquer une paralysie intégrale) est considéré comme la créature la plus dangereuse de la Création.
Ainsi, la première partie de SSSSnake, le cobra s'apparente à un cours vétilleux d'herpétologie (la science des serpents).

A la base de la genèse, la bactérie se transmute peu à peu en cellule vivante puis en amphibien. La nature humaine serait donc intrinsèquement reliée aux reptiles. Le docteur Carl Stoner joue donc au thaumaturge averti et atteint par le complexe d'Icare. Dans un avenir peut-être lointain, l'homme serait appelé à évoluer vers de curieuses anfractuosités. Ainsi, l'homme idéal serait donc un être protéiforme, une sorte de métempsychose entre l'intelligence humaine et la complexion longiligne du reptile rampant. Cette déclinaison quasi darwinienne trouve sa quintessence lorsqu'un collaborateur du Docteur Stoner, un certain David Blake (Dirk Benedict), subit les roueries et les expériences médicales du scientifique.
C'est la seconde partie du film. 
Cette fois-ci, SSSSnake, le cobra revêt les oripeaux d'un film d'épouvante. Bernard L. Kowalski se polarise alors sur la métamorphose du jeune garçon. 

ssssnake-film

Evidemment, le long-métrage n'est pas sans faire référence à la genèse biblique et a donc une consonance théologique. Le serpent symbolise le péché originel. L'oaristys entre David Blake et Kristina Stoner (la fille du médicastre) préfigure cette relation à la fois érotique, amoureuse, sensuelle et charnelle. Hélas, le film de Bernard L. Kowalski n'est pas exempt de tout reproche. En outre, le manque de pécunes se fait furieusement sentir. Par exemple, difficile de ne pas pouffer devant certains effets spéciaux joliment désuets, à l'instar de la transformation finale. De surcroît, Bernard L. Kowalski n'est pas un grand metteur en scène. On lui préférera largement L'île du docteur Moreau, ainsi que d'autres pellicules traitant peu ou prou des mêmes thématiques, en particulier La Mouche (David Cronenberg, 1986).
Toutefois, ne soyons pas si sévère. En dépit de quelques extravagances, SSSSnake, le cobra reste un long-métrage horrifique tout à fait probe et recommandable. Le film parvient notamment à transcender son récit grâce à l'excellente partition de son casting. Strother Martin campe un médecin spécieux et fallacieux pendant que Dirk Benedict joue les cobayes candides. En quatre petits mots : une sympathique série B.

Note : 13/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film : http://devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=1860&NamePage=sssssss--sssnake-le-cobra-