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Genre : Drame, historique, érotisme (interdit aux - 16 ans)

Année : 1979

Durée : 1h40 (version censurée), 2h24 (version non censurée)

 

Synopsis :

La vie de Caligula, Empereur de Rome, sur fond d'orgies et d'intrigues. Une reconstitution historique impressionnante de la décadence érotique romaine au Ier siècle de notre ère.

 

La critique :

Eh oui ! Cela fait déjà la 50ème chronique de cette dernière liste initiée mi-août et pour fêter cet événement d'être arrivé à mi-chemin, j'ai décidé de chroniquer l'oeuvre sympathique du nom de Caligula, sortie en 1979 et réalisée par Tinto Brass. Un réalisateur méconnu du grand public mais qui n'est pas un inconnu des cinéphiles, adeptes de transgression et polémiques en tout genre. En effet, à une époque où la Nazisploitation avait le vent en poupe à travers toute une série de pellicules fauchées et outrancières, Brass sortait son célèbre Salon Kitty qui lui permit d'atteindre une certaine notoriété. Une notoriété qui amènera Bob Guccione, propriétaire de la revue érotique Penthouse, à le choisir pour l'adaptation à gros budget, donc CaligulaUn film pour le moins polémique et qui sera à l'origine de nombreuses dissensions entre le réalisateur et le producteur.
De fait, contrairement à la volonté de Brass qui préférait se cantonner à de l'érotisme soft, le producteur inséra volontairement plusieurs scènes purement pornographiques et orgiaques, après avoir mis Brass à la porte. Cependant, deux versions existent et la censurée se voit amputer de, quand même, 44 minutes de bobine. Evidemment, ce n'est pas cette version qui sera chroniquée.

La grosse prise de bec entre les deux personnages explique, en partie, la nature de long projet de cette pellicule initiée en 1972 par Roberto Rossellini qui écrivit une première version de scénario. Faites le compte, il aura fallu 7 ans pour que le film puisse débarquer sur les écrans entre le tournage pharaonique, les scènes additionnelles filmées sans le réalisateur, le renvoi de celui-ci au beau milieu du montage et les problèmes de censure. En effet, d'autres tensions seront aux abonnées présentes lors du montage, vu que la police londonienne, au retour d'Italie où s'étaient effectuées les prises de vue, confisquera ces images jugées pornographiques. Bref, compte tenu de ces diverses anecdotes, on tient là un candidat de choix qui a entièrement sa place sur le blog.
L'ironie fera de Caligula, la plus célèbre des oeuvres de Brass, alors que celui-ci la désavouera. Qu'en est-il réellement ? Réponse dans la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Pour obtenir le pouvoir, le sanguinaire Caligula n'hésite pas à tuer l'empereur de Rome, son grand-père adoptif. Très vite, les signes de sa folie se manifestent, notamment lorsqu'il se met à parler à son cheval. C'est de plus un homme débauché, qui couche avec sa soeur Drusilla. Il se proclame dieu, nomme son cheval sénateur et fait construire un bateau-bordel où il oblige les filles des sénateurs à se prostituer.

C'est un beau programme, n'est-ce pas ? Je dois avouer que tout ceci me rappelle l'époque où j'étais dans le secondaire à suivre les cours de latin et où, forcément, l'histoire romaine faisait partie du programme. Il était plus qu'évident que, avec Néron, l'empereur Caligula était l'un des chapitres phares de ce cours, au vu de la folie du personnage. Avant le visionnage du film, je me posais la question suivante : Pourquoi ne pas avoir regardé ce film en cours vu que l'empereur tenait une place prépondérante dans l'histoire romaine ? Bon, j'ai très vite compris pourquoi Caligula ne fut pas au programme mais il n'empêche que, sous ses airs de film polémique, on tient là une oeuvre de qualité et pour le moins ambitieuse. L'idée est de représenter la vie de Caligula rythmée par la débauche sexuelle et la folie sanguinaire.
La vie d'un homme, d'abord prince vertueux et respectable, qui, pris dans la spirale de l'avarice et de l'envie de domination, ira tuer son grand-père adoptif, alors empereur de Rome. Rapidement, Brass tient à focaliser son attention sur la psyché de plus en plus vacillante d'un homme pourri par l'argent, la luxure et le pouvoir.

Le réalisateur ne tient pas à faire preuve d'analyse rigoureuse ou d'étude sur le pourquoi du comment. Il tient à aller droit au but et à filmer la déliquescence mentale de cet empereur autoproclamé dieu. Et, dès le début, Brass nous plonge dans un état de malaise à la vue de tous ces individus sales et souillés, qu'ils soient esclaves ou hauts représentants de l'Etat. On peut faire facilement mention à cette séquence où Tibère nage dans une gigantesque piscine en compagnie d'individus déshumanisés qu'il considère comme ses poissons. Une parabole qui n'est pas sans rappeler le mythique Salo ou les 120 Jours de Sodome où l'individu tout puissant avait droit de vie ou de mort sur des victimes réduites à quia. Rome ne nous a jamais parue aussi dégueulasse, loin de l'image que nous nous faisions d'une ville où démocratie et raffinement en étaient les tenants. Ici, nous naviguons dans l'épicurisme dépravé où l'être humain est avant tout une marchandise pouvant être consommée à but uniquement sexuel. Qu'on se le dise, il y a un trait dérangeant planant tout au long du visionnage. 

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C'est comme si il n'y avait aucune âme qui ressortait du visionnage, aucune chaleur quelconque. Tout est froid et austère dans cette nécropolis où les individus n'ont jamais su s'émanciper de leurs instincts les plus primaires, rythmés par le sexe, la débauche et la violence. Alors que Rome se voulait pourfendeur de la démocratie, se voulait le berceau de la véritable civilisation, l'envers du décor nous montre que tout est loin de ce cas de figure. Tout au long du visionnage, Brass nous confronte aux orgies, parmi les plus impressionnantes, avec Eyes Wide Shut, du cinéma et multiplie les symboles phalliques et vaginaux, à l'image de ce plat aux formes peu orthodoxes que nous pouvons voir juste au-dessus. Tout est axé autour du sexe et encore du sexe, à un point tel que les lapins sont plus pudiques. On peut dire que l'association controversée entre Tinto Brass et Bob Guccione n'y va pas de main morte vu que l'inceste et les scènes d'homosexualité se succèdent à un rythme épileptique.
Des scènes se déroulant dans des décors d'un raffinement sans égal, en totale contradiction avec la saleté suintante des romains. Au total, c'est 22 millions de dollars qui se sont vus injecter dans la réalisation de Caligula. Une somme effarante qui ne pourrait être réitérée à notre époque de bien-pensance débile. 

Il est d'ailleurs assez étonnant que la version non-censurée ait écopée d'une simple interdiction aux moins de 16 ans alors que des actes de pénétration sont filmées en gros plan et que fellations et touchers vaginaux lesbiens sont montrés sans retenue. La décadence sexuelle dans toute sa splendeur où l'empereur en est le capitaine du navire vu qu'il se montre amoureux de sa soeur et n'hésite pas à s'immiscer dans la dépravation la plus perverse. Souvenons-nous du "fist fucking" qu'il effectue sur un jeune marié ou encore de ce bateau-bordel qui est probablement la séquence la plus à même d'abasourdir le spectateur, incapable de s'imaginer qu'une pareille oeuvre à 22 millions de dollars de ce genre pouvait exister. Et encore, je n'ai pas parlé des sévices physiques, actes de torture et autres meurtres sanguinaires.
Le gavage de vin sur un pauvre centurion en est un très bon exemple. Alors oui, dis comme ça, on pourrait voir en Caligula un bête film érotique pseudo-historique et sans fond mais il n'empêche que Brass parvient à capter constamment notre attention au travers d'une réelle intensité de tous les instants. La notion historique est bien traitée, de même que les différentes intrigues qui amèneront à l'effondrement du règne de l'empereur fou. Par contre, oui, il faut bien avouer que le cinéaste en fait parfois un peu trop et fait preuve d'un étalage trop prononcé de l'érotico-pornographie. Certains risqueront d'être lassés par ces perpétuelles bacchanales.

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Bon, comme je l'ai dit auparavant, on sent qu'il y a une belle bagatelle de 22 millions de dollars vu que l'esthétique est tout simplement renversante. Les décors romains sont d'un rendu superbe et bien mis en évidence par le biais de plans larges et aérés. Des décors ayant parfois un fort aspect de théâtre morbide. Les effets spéciaux sont d'un rendu remarquable et on a une bande sonore aux petits oignons. On pense bien sûr à "Dance of the Knights" de Prokofiev en musique d'ouverture. Enfin, la prestation des acteurs est exemplaire aussi avec notre célèbre Malcolm McDowell ayant troqué ses oripeaux d'un Alex sadique pour revêtir celui d'un autre sadique du nom de Caligula. On le sent complètement inspiré par son personnage dont le grain de folie est d'un rendu crédible.
Vu qu'il y a eu près de 2500 comédiens mobilisés, on se passera de tous les citer mais soulignons au hasard Teresa Ann Savoy, Helen Mirren, Peter O'Toole ou encore John Steiner. Aucun réel faux pas n'est à noter ! Enfin, un point sur les 3600 costumes somptueux créés dont 26 rien que pour Caligula. 

En conclusion, Caligula est une oeuvre mégalomane d'un rendu remarquable en termes de qualité et de prise de risque. C'est l'un des nombreux reflets d'une époque définitivement révolue où transgression et liberté étaient érigées par toute une troupe de cinéastes loin de la lamentable bien-pensance, de la retenue et du manque de prise de risque d'aujourd'hui. Il n'est guère étonnant que l'on pourra pester sur une overdose de scènes de sexe faisant plus dévier le film dans le graveleux qu'autre chose. Pourtant, une attraction inexplicable nous tient entre les griffes de Tinto Brass et ses nombreuses orgies que nous ne sommes pas prêt d'oublier. La qualité est davantage renforcée par tout ce qui concerne la plastique et l'esthétique du film. Le contexte est d'une crédibilité impressionnante et McDowell crève l'écran, comme à son habitude quand il est dirigé par un réalisateur compétent. Caligula, c'est la représentation même de la déchéance morale et sexuelle se cachant sous le manteau d'un ersatz de démocratie.
C'est la mise en forme de l'humanité souillée et libérée de toute éthique. Une oeuvre sale et pour le moins dérangeante dont les séquences outrancières se succèdent à un rythme vertigineux. Caligula, c'est peut-être bien la débauche la plus chère de toute l'histoire.

 

Note : 15/20

 

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