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Genre : Drame (interdit aux - 12 ans)

Année : 2012

Durée : 1h43

 

Synopsis :

Lucia est morte dans un accident de voiture il y a six mois ; depuis, son mari Roberto et sa fille Alejandra, tentent de surmonter ce deuil. Afin de prendre un nouveau départ, Roberto décide de s’installer à Mexico. Alejandra se retrouve, nouvelle, dans une classe. Plus jolie, plus brillante, elle est rapidement la cible d’envie et de jalousie de la part de ses camarades. Refusant d’en parler à son père, elle devient une proie, un bouc émissaire.

 

La critique :

Contrairement à ce que l'on peut penser, je ne vais pas vous emmener faire un petit tour en Espagne mais bien au Mexique. Un pays voyant son cinéma peu connu de tout un chacun et même d'un certain nombre de cinéphiles. Pourtant, il reste l'un des cinémas les plus développés d'Amérique latine aux côtés de l'Argentine et du Brésil. Dites-vous bien que la première oeuvre filmée au Mexique date quand même de 1896 et que la première fiction, du nom de Don Juan Tenorio, date de 1898. Et, je viens à l'instant même de l'apprendre, mais il a existé un âge d'or du cinéma mexicain, localisé de 1935 à 1958. Que soit, la chronique d'aujourd'hui ne naviguera pas dans cette époque pour le moins intrigante mais, plutôt, à notre époque, en 2012 plus exactement. Etant un profane de ce cinéma, difficile de trouver des oeuvres percutantes et choquantes issues de ce pays. On pourra retenir dans le cinéma ultraviolent le méconnu Mexico Barbaro. Une oeuvre, davantage apparentée au pétard mouillé selon les critiques.

Loin de ce genre de débauche, je vais vous parler de Después de Lucia. Un film relativement confidentiel chez le grand public et signé Michel Franco. Un film qui permit justement au réalisateur de se faire connaître un minimum et qui remporta le prix Un Certain Regard au festival du film de Cannes. Ce qui est une récompense loin d'être négligeable. Paradoxalement, ce n'est plus un secret que les films primés à Cannes déchaînent souvent les passions avec les thuriféraires du festival d'un côté et ceux crachant sur ce festival qu'ils jugent envahi de puristes.
Personnellement, j'avoue me situer dans la première catégorie, bien que je ne sois pas toujours en accord avec les choix du jury. Une pensée encore pour La Grande Bellezza n'ayant pas remporté la Palme d'Or. Bref, chroniquer un film prisé à Cannes n'est jamais chose aisée, alors Después de Lucia mérite-t-il tant que ça ces éloges ? Réponse dans la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Après la mort de Lucía survenue six mois auparavant dans un accident de voiture, Roberto et sa fille Alejandra quittent leur ancien domicile de Puerto Vallarta pour emménager à Mexico. Au cours de son intégration dans son nouveau lycée, Alejandra se rend à une soirée avec ses nouveaux camarades, au cours de laquelle elle a une relation sexuelle avec José, qui la filme avec son portable. Le lendemain, la vidéo circule dans l'école, et Alejandra commence à être victime de harcèlement scolaire de la part de ses camarades. Voulant protéger son père, elle s'enferme dans le silence et préfère mentir plutôt que révéler les exactions dont elle est victime.

A la lecture du synopsis, nous pouvons voir que Franco a de solides ambitions et a le mérite de s'aventurer sur un terrain très sensible qui est celui du harcèlement scolaire. Un phénomène plus ou moins en constante augmentation rendu tabou dans notre société. En l'occurrence, Después de Lucia est un pur film d'actualité et met en avant les ravages des réseaux sociaux sur la vie d'une personne sans défense. Alors qu'Alejandra est l'une de ces filles qui est dans l'âge où l'on développe une certaine curiosité pour les rapports sexuels, celle-ci acceptera naïvement d'être filmée par José. L'innocence d'Alejandra est mise en évidence car elle ne mesure pas la conséquence de tout ceci au moment même.
Si elle a l'âge de vouloir goûter à la chair, elle n'a pas cette lucidité de connaître les dérives des réseaux sociaux. Aujourd'hui, en l'espace d'un clic, à une époque toujours plus déshumanisée, nous sommes capables de ruiner la vie d'une personne et le film l'illustre en beauté. La vidéo deviendra virale et va se propager dans toute l'école. Ses amis la renieront par pur phénomène de masse en suivant les autres, les filles développeront une haine féroce, jalouses du coït qu'elle a eu avec José. 

Alejandra sera ostracisée par ceux qu'elle considérait comme ses amis. La crainte de se retrouver face à une oeuvre larmoyante et politiquement correcte était de mise mais Franco va au-delà de ça et repousse les limites que nous en attendions. D'une part, le corps enseignant semble complètement fermer les yeux et se dédouaner sur les agissements que Alejandra subit. D'autre part, la trahison que vivra la jouvencelle atteindra des proportions inquiétantes. Subissant des attaques physiques et des violences psychologiques, elle est tournée en ridicule et réduite à une poupée de chair que les adolescents peuvent maltraiter comme ils veulent. Le bouquet étant l'intention de viol qu'un ancien ami fera dans une salle de bain où Alejandra est retranchée. Une séquence que nous ne verrons jamais et qui n'est pas sans rappeler le procédé employé par Haneke dans son terrible Funny Games.
Quelque part, dans un monde banalisant toujours plus la violence tant physique que morale, Después de Lucia est le reflet d'une adolescence perdue se complaisant dans l'humiliation afin de s'imposer face aux autres. L'école secondaire est vue comme un ring où les adolescents doivent se battre pour éviter d'être au tapis et subir les quolibets d'une jeunesse désabusée et sans repère.

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Franco confère à son oeuvre un trait inquiétant mais terriblement réaliste sur la dureté de la jeunesse qui ne peut trouver de réconfort au sein des instances scolaires et n'ose souvent pas en parler à leurs parents, de peur des représailles. Suite à la mort de sa mère, un climat froid hante la maison et les rapports père-fille sont difficiles. Chacun ayant du mal à se confier à l'autre. A la suite d'un incident assez fâcheux, la dernière partie du film verra la vendetta du père que l'on soupçonne vouloir se racheter une conduite et opter pour la vengeance. La fin se montrera d'ailleurs pour le moins glaçante. Vous l'aurez compris, le cinéaste a su travailler intelligemment son film sans verser dans la surenchère et toujours avec un détachement lugubre propre à Michael Haneke. Seulement, il y a un hic et un énorme hic qui empêche Después de Lucia de prétendre au titre de chef d'oeuvre.
Ce hic concerne la mise en scène lente dans le mauvais sens du terme où léthargie et apathie sont en étroite collaboration. 

Franco rallonge inutilement la durée de son long-métrage en le meublant de scènes strictement inutiles qui ne racontent rien. Certains silences pesants sont mal amenés et le récit manque sérieusement d'énergie. Au final, l'aspect "cinéma français de seconde zone" ressort à certaines reprises devant la platitude d'une histoire qui aurait gagné à saisir le spectateur par la gorge. Alors, on pourra venir me rétorquer que ça ne sert à rien de balancer du gore à tout bout de champ mais Funny Games parvenait à étrangler le spectateur sans faire preuve de quelconque artifice. Hors ici, c'est difficilement le cas et les 1h40 de bobine risquent d'assommer le spectateur et de le faire vaquer à autre chose.
On ne retrouve pas cette étincelle caractéristique qui fait de Después de Lucia une oeuvre réellement percutante et ça c'est un défaut qui fait drastiquement chuter la note du film. Oui, il y a bel et bien (et heureusement) un aspect dérangeant, révoltant même mais qui n'arrive pas à tenir longtemps en tête. 

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En termes d'esthétique, Franco parvient à se débrouiller correctement et nous livre de beaux décors ensoleillés en total contraste avec les moqueries repoussantes que subit Alejandra. Les plans sont posés, très peu de travelling sont au programme. La bande sonore est inexistante et le silence seul est maître des lieux en renforçant la solitude d'Alejandra gardant tous ses maux pour elle. Enfin, la prestation des acteurs est assez réaliste. Tessa Ia, dans le rôle d'Alejandra, est d'une sensibilité à fleur de peau. Elle est empreinte d'une profonde tristesse et d'un sentiment d'incapacité à réagir face aux éventuelles représailles. Hernan Mendoza, dans le rôle du père, est, par contre, assez apathique et n'a pas la fougue que l'on aurait pu en attendre. Le reste du casting se composera, entre autres, de Gonzalo Vega Sisto, Tamara Yazbek Bernal, Paco Rueda ou Paloma Cervantes. Le trait sadique des adolescents est réaliste et le dégoût ne peut que germer en nous à leur vision.

En conclusion, Después de Lucia avait tout pour être un film choc et percutant que n'aurait pas renié Haneke en personne. S'enorgueillissant de moult thématiques d'actualité et tabous (harcèlement scolaire, monde enseignant aveugle aux sévices faits sur des élèves, justice personnelle), le cinéaste parvient à offrir beaucoup de subtilité à son oeuvre, tout en apportant un trait dérangeant. Le principal problème viendra de l'apathie de la mise en scène, rendue lourde et soporifique à de nombreux moments de temps morts. Clairement, une injection de RedBull aurait été plus que nécessaire pour offrir cette tension que nous n'observons pas suffisamment ici.
Sans ça, Después de Lucia aurait été l'un de ces drames préoccupants injustement méconnus qui mériterait plus de publicité. Si le film n'est, bien sûr, pas mauvais, il en demeure tout de même très dispensable. Une réflexion intéressante sur la dureté de l'environnement scolaire et du sadisme d'une jeunesse désabusée n'étant pas conscience de la portée de ses actes qui aurait mérité une mise en scène plus énergique. 

 

Note : 12/20

 

 

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