baise-moi

Genre : thriller, érotique, pornographique (interdit aux - 18 ans)
Année : 2000
Durée : 1h15

Synopsis : Nadine et Manu sont deux filles dingues, appliquées au possible, voire perfectionnistes. Elles ont plusieurs points communs : le sexe extrême, la drogue, la bière et la gâchette. Elles arrangent les problèmes à coups de flingue et gare à ceux qui se mettent sur leur passage ! 

La critique :

Au fil des années, la romancière et la réalisatrice française, Virginie Despentes, s'est peu à peu imposée comme la porte-parole, l'oratrice et le parangon d'une génération "X", celle qui a connu à la fois l'hédonisme des années 1980, ainsi que cette lente déréliction d'une société hexagonale divisée en plusieurs classes sociales : ceux qui détiennent la pécune et le capital, la classe moyenne et cette périphérie banlieusarde gangrénée par la violence, le chômage et la consommation de substances illicites. Virginie Despentes appartient donc à cette oligarchie de femmes savantes prodiguant un féminisme ostenstatoire qui tente de s'émanciper d'une hégémonie dite "masculine".
C'est dans ce contexte qu'elle décide d'adapter son célèbre opuscule, Baise-Moi (1993), en version cinématographique éponyme en l'an 2000.

Dans un premier temps, Virginie Despentes souhaite réaliser un long-métrage dénué de toute séquence sexuelle et/ou à caractère explicite. Mais son producteur, Philippe Godeau, l'en dissuade. De surcroît, la romancière est bientôt suppléée par une certaine Coralie Trin Thi, une jeune réalisatrice et ancienne actrice pornographique. A travers Baise-Moi, le but est aussi d'aborder certaines thématiques de prédilection, notamment la banlieue et son univers amer, la prostitution, la drogue et bien sûr, la violence inhérente à ce milieu collatéral. Avec Baise-Moi, Virginie Despentes aspire aussi épouser le pessimisme (voire l'hypocondrie...) du cinéma de Gaspar Noé, le célèbre réalisateur d'Irréversible (2002). En l'occurrence, Baise-Moi s'apparente davantage à une version débridée et surtout féministe de Seul contre tous (Gaspar Noé, 1998), une oeuvre alarmiste et quasi eschatologique, à laquelle Baise-Moi fait directement référence (via un court extrait du film).

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Pour Virginie Despentes, pas question d'euphémiser ses ardeurs. La réalisatrice écoute doctement les précieuses instigations de Philippe Godeau. Baise-Moi sera donc un film transgressif, une sorte de Thelma et Louise (Ridley Scott, 1991) version trash et pornographique. Le long-métrage contient donc des scènes sexuelles non simulées. Virginie Despentes se nimbe d'un casting essentiellement issu du milieu pornographique via la présence de Karen Lancaume (créditée sous le nom de Karen Black) et de Raffaëla Anderson. Les thuriféraires relèveront également l'apparition élusive de Jean-Louis Costes dans le rôle d'un homme dans un bar échangiste.
Voilà pour l'essentiel du casting ! Evidemment, Baise-Moi n'échappe pas au couperet acéré et au courroux de la commission de censure.

Pour son incitation à la violence, le film écope d'une classification "X", soit d'une interdiction aux moins de 18 ans. Dans un second temps, une commission plénière se ravise. Baise-Moi est alors interdit aux moins de 16 ans avec avertissement. Mais, en raison de ses nombreuses saynètes à caractère pornographique (toujours la même antienne...), le long-métrage est, in fine, interdit aux moins de 18 ans. Evidemment, tous ces atermoiements et toutes ces prorogations agacent fortement Virginie Despentes et Coralie Trin Thi. Exaspérées, les deux réalisatrices considèrent que Baise-Moi dépasse allègrement le cadre pornographique pour revêtir les oripeaux d'un film à caractère sociologique. Une telle pellicule suscite immanquablement les anathèmes et les quolibets.
Le film est notamment interdit de diffusion et de distribution au Québec. 

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Quant aux critiques, elles se montrent plutôt mitigées. Si certaines saillies sont rédhibitoires, d'autres, à l'inverse, se montrent beaucoup plus panégyriques et louent les qualités intrinsèques du film. Reste à savoir si Baise-Moi mérite de telles acrimonies, ou à contrario, les dithyrambes dans nos colonnes. Réponse dans les lignes à venir... Attention, SPOILERS ! (1) Nadine aime regarder des films pornographiques, se livre à la prostitution pour gagner sa vie et pour son plaisir, et a pour meilleur ami Francis, un toxicomane.
Ce dernier est bientôt assassiné en pleine rue par des inconnus.
Par ailleurs, le mode de vie de Nadine insupporte sa colocataire qui jacasse à longueur de journée. Un soir, elles en viennent aux mains et Nadine l'étrangle. 
Manu, jeune Maghrébine à la langue bien pendue, a une vie qui la satisfait.

Elle tient tête régulièrement aux mecs de son quartier. Mais un soir, alors qu'elle se promène avec une autre fille, trois hommes les emmènent dans un hangar et les violent. Manu rentre chez elle sans changer ses habitudes ni porter plainte. En voyant son état, son frère se doute de quelque chose et s'indigne. Manu prend le pistolet de son frère et l'abat. Un peu plus tard, Manu rencontre Nadine près d'une gare. Elles se trouvent un but commun : ne plus subir la vie, prendre la route et vivre à cent à l'heure. Elles deviennent vite inséparables et prennent leur pied dans des partouzes sans lendemain et des tueries sanglantes, qu'elles opèrent sur des inconnus sans aucune discrimination ni motif autre que l'éclate. Elles sont conscientes que l'aventure se terminera sans doute mal, et alors ? (1)
Sur la forme, Baise-Moi s'apparente presque à un documentaire avec pour vocation de sonder, dans sa première partie, le quotidien morose de deux jeunes femmes issues de la plèbe : Manu et Nadine.

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Puis, après le viol de Manu et de l'une de ses acolytes, le long-métrage se transmute en une pellicule transgressive qui dissémine, ici et là, plusieurs messages élusifs. En l'occurrence, Baise-Moi inocule un vrai discours idéologique et en particulier féministe. A travers le périple de Manu et de Nadine, le film conte aussi l'histoire de deux femmes qui tentent de se débarrasser d'un joug masculin, mais pas seulement. De facto, attention à ne pas caricaturer Baise-Moi à un simple film féministe !
A travers leurs meurtres et leurs exactions, Manu et Nadine ne massacrent pas seulement des hommes d'infortune, mais aussi des femmes de passage. Baise-Moi s'apparente donc à un doigt pointé et morigéné à l'égard des travers de la société consumériste. Les deux jeunes femmes exécutent aussi bien les forces de l'ordre (en l'occurrence, deux gendarmes) qu'une inconnue aux abords d'un guichet de banque.

Par conséquent, le long-métrage tergiverse sans cesse entre cette hédonisme ostentatoire, ce désir épris mais impossible de totale liberté et cette cruauté volontairement outrageante. Baise-Moi s'ébaudit de cette liaison inhérente entre le désir, la satisfaction sexuelle et la mort. La violence est donc consubstantielle à la libido, et inversement, semble claironner une Virginie Despentes corrosive. Hélas, le discours péroré par la réalisatrice n'est désormais plus d'actualité.
Cette histoire de femmes transgressives, qui vilipendent et admonestent les codes et les valeurs de notre société, n'est désormais plus d'actualité. Dorénavant, le féminisme n'aspire plus à cette volonté farouche de s'arroger les attributs masculins, mais à transformer cette distinction hommes/femmes en un égalitarisme à tous crins, et donc à une uniformisation sexuelle, nouvel apanage de la loi du marché. D'où un certain désappointement lors du générique final, comme si Baise-Moi s'apparentait, finalement, à une pellicule joliment désuète ; un film de son époque (donc du début des années 2000).
Bref, pas de quoi effaroucher son audimat, à l'exception évidemment des néophytes qui seront doute désarçonnés par l'irrévérence et l'outrecuidance d'un tel long-métrage. En outre, Baise-Moi ne parvient pas à atteindre ni à sublimer le paroxysme nonchalant de Seul contre tous. Néanmoins, Baise-Moi reste intéressant pour son analyse sociologique (mais erratique) de cette banlieue dépitée et désarçonnée à l'orée d'un nouveau cycle, le 21e siècle.

 

Note : 12/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Baise-moi_(film)