abominable dr

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 1971
Durée : 1h35

Synopsis : Le docteur Phibes ne peut pardonner la mort de sa femme, survenue au cours d'une opération chirurgicale. Reproduisant les plaies d'Egypte, relatées dans la Bible, il commence à supprimer les chirurgiens qu'il juge responsables. Piqûres d'insectes, morsures de chauve-souris opèrent leur oeuvre macabre...

La critique :

A la fois cinéaste et scénariste britannique, Robert Fuest débute sa carrière cinématographique vers le milieu des années 1960 avec le méconnu Just like a woman (1967). Le réalisateur se démarquera surtout dans le petit monde étriqué des séries télévisées, notamment avec Revenge of the stepford wives (1980) et The Big Stuffed Dog (1981), qui n'ont pas bénéficié d'une distribution sur nos chaînes de télévision hexagonales. Corrélativement, Robert Fuest officie à l'écriture et au tournage de plusieurs épisodes de la série Chapeau melon et Bottes de Cuir (1961 - 1969).
De surcroît, il signe plusieurs longs-métrages notoires, entre autres Les Hauts de Hurlevent (1970), Les Décimales du Futur (1973), ou encore La Pluie du Diable (1975). Viennent également s'ajouter L'Abominable Dr. Phibes (1971) et Le retour de l'abominable Docteur Phibes (1972).

Aujourd'hui, c'est donc le premier chapitre, soit L'Abominable Dr. Phibes (au cas où vous n'auriez pas compris...), qui fait l'objet d'une critique dans nos colonnes. Au moment de sa sortie, le long-métrage de Robert Fuest reçoit des critiques unanimement dithyrambiques. Mieux, le métrage se distingue dans divers festivals, notamment au festival international du film de Catalogne et au festival international du film fantastique d'Avoriaz.
L'abominable Dr. Phibes peut s'enorgueillir d'une distribution prestigieuse puisque cette dernière se compose de Vincent Price, Joseph Cotten et Terry-Thomas. A l'époque, ces trois acteurs connaissent des carrières et des trajectoires bien différentes. Vincent Price est déjà devenu une sommité du genre horrifique. Les thuriféraires ont déjà pu apprécier tout le raffinement du comédien dans La Mouche Noire (Kurt Neumann, 1959), La Nuit de tous les Mystères (1959), La Chute de la Maison Usher (Roger Corman, 1961), La Chambre des Tortures (Roger Corman, 1961), Je Suis Une Légende (Ubaldo Ragona et Sidney Salkow, 1964), ou encore dans La Tombe de Ligeia (Roger Corman, 1964).

86080098_o

Bref, la liste des classiques et des chefs d'oeuvre de l'épouvante est foisonnante et exhaustive ! Joseph Cotten est une autre figure emblématique du cinéma britannique puisqu'on a pu découvrir le comédien dans Citizen Kane (Orson Welles, 1941), L'Ombre d'un doute (Alfred Hitchcock, 1943), Les Amants du Capricorne (Alfred Hitchcock, 1949), La Soif du Mal (Orson Welles, 1958), ou encore Tora ! Tora ! Tora ! (Richard Fleischer, 1970). Quant à Terry-Thomas, l'acteur compte plus d'une soixantaine de films à son actif, parmi lesquels on note Ces merveilleux fous du volant dans leurs drôles de machines (Ken Annakin, 1965), La Grande Vadrouille (Gérard Oury, 1966), Le Mur de l'Atlantique (Marcel Camus, 1970), ou encore Le Chien des Baskervilles (Paul Morrissey, 1978).
On avait donc hâte de voir à la fois Vincent Price, Joseph Cotten et Terry-Thomas réunis dans un film d'épouvante.

Viennent également s'ajouter Virginia North, Sean Bury, Hugh Griffith et Susan Travers. A l'époque, L'Abominable Dr. Phibes marque durablement les persistances rétiniennes, à la fois par sa mise en scène dramaturgique, sa folie jubilatoire et l'atrocité des meurtres perpétrés. Attention, SPOILERS ! (1) Angleterre, dans les années 1930. Ancienne vedette de music-hall, le docteur Phibes veut se venger des chirurgiens qu'il considère comme responsables de la mort de sa femme, Victoria, survenue au cours d'une opération. Assisté par une jeune femme énigmatique, il met en scène une série de meurtres spectaculaires pour punir les coupables. La première victime est tuée par les piqûres d'un essaim d'abeilles. La seconde, le docteur Dunwoody, est déchiqueté par des chauves-souris.
Le docteur Hargreaves a la tête écrasée par un masque diabolique. 

téléchargement (1)

Le docteur Longstreet est retrouvé intégralement vidé de son sang. Cette série de crimes horribles mobilise la police, qui établit une corrélation grâce à un médaillon en hébreu laissé par le docteur Phibes : tous les crimes ont été inspirés par les dix plaies d'Egypte dont parle la Bible... Indubitablement, L'Abominable Dr. Phibes marque à la fois la naissance et la quintessence du genre "torture porn". Nul doute que James Wan et Eli Roth, les célèbres démiurges de Saw (2004) et de Hostel (2006) se sont inspiré de ce classique du cinéma horrifique pour satisfaire un public pré-pubère des plus impressionnables. Cependant, ne vous attendez pas ici à voir des tortures un peu débiles, ainsi qu'une série d'ignominies perpétrées pendant un peu plus d'une heure et demie de bobine.
En outre, L'Abominable Dr. Phibes possède une classe irréfutable et un charme typiquement britannique, érigeant immédiatement cette pellicule dans le haut du panier.

Certes, les contempteurs pointeront et pesteront, à raison, contre un scénario des plus falots et rudimentaires, se résumant à une banale histoire de vengeance. A contrario, la virtuosité et la somptuosité de la mise en scène l'emportent sur ce script anomique. De surcroît, Robert Fuest peut s'appuyer sur l'extraordinaire composition de Vincent Price. Le comédien incarne une nouvelle variante du fantôme de l'opéra via ce visage tuméfié et un esprit d'une redoutable sagacité.
Son but ? Rejoindre son épouse dans les ténèbres. Mais avant d'atteindre ce pacte mortifère, le sociopathe compte bien accomplir sa terrible vengeance. En outre, le forcené se joue et s'ébaudit de la police britannique. Les crimes ne manquent pas non plus d'ingéniosité et s'inspirent des dix plaies d'Egypte (je renvoie au synopsis...), la séquence la plus impressionnante se soldant par ce médecin assailli par des rongeurs, ou encore par cette conclusion finale en apothéose. 
Et comment ne pas évoquer cette jeune femme insouciante tortorée par des sauterelles ? En l'état, difficile d'en dire davantage. Evidemment, la suite (Le Retour de l'abominable Docteur Phibes) se montrera beaucoup moins éloquente, tout en gardant une certaine probité. La grande force de ce premier chapitre ne repose pas seulement sur son casting, ni sur la majestuosité de sa mise en scène, mais aussi sur cette nonchalance, cette truculence et cette irrévérence qui ponctuent le long-métrage. Curieux par ailleurs que le film soit aussi méconnu à l'aune des productions actuelles. 
Ne vous fiez surtout pas à l'affiche du long-métrage, il est vrai délicieusement kitsch et ringarde ! Bref, en trois mots : une excellente surprise !

 

Note : 15.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver