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Genre : documentaire, trash, pornographique (interdit aux - 18 ans)

Année : 2009

Durée : 1h26

Synopsis : En 1997 apparaissait sur le web un site dont le créateur Brent Scott, plus connu sous le nom de « pd », dira que « Tout le monde semblait n'attendre que lui. » Son nom ? insex.com, site spécialisé en photos et vidéos de bondage et sadomasochisme extrêmes. Mené par un ancien professeur d'université passionné par le fétichisme et l'art du bondage depuis l'enfance, insex.com dû cependant fermer ses portes en 2005 malgré une communauté de près de 35 000 membres, suite au vaste mouvement anti pornographique lancé par le gouvernement américain dans le cadre du Patriot Act. Trois ans plus tard, Barbara Bell et Anna Lorentzon, anciennes collaboratrices de insex.com, respectivement en tant que scénariste et monteuse, s’associent pour réaliser comme premier long métrage ce documentaire retraçant le parcours d'un site resté culte sur la toile...

 

La critique :

Pour comprendre la genèse du sadomasochisme, il faut au moins remonter aux écrits et surtout à la vie tumultueuse et libidineuse du Marquis de Sade (Donatien Alphonse François de Sade de son vrai nom). A travers son oeuvre littéraire et sa vie de débauche, le Marquis de Sade exalte et érige un plaisir lié à la douleur physique et morale. Pour cet homme de lettres, la relation sexuelle est intrinsèquement reliée à la domination, au pouvoir, à l'humiliation et, in fine, à la fascination.
Inutile alors de préciser que le célèbre Marquis a provoqué le scandale, les anathèmes et les quolibets en son temps ! Or, le Marquis de Sade n'a rien inventé, si ce n'est le terme un peu galvaudé de "sadomasochisme", ce philosophe s'inspirant des rites, des us et des coutumes des civilisations gréco-romaines, pour qui la sexualité correspond à une éducation et à un ensemble de rituels ; le but étant de découvrir et d'explorer toutes les parties intimes et sensuelles de son corps.

Pourquoi cet interminable aparté en guise de préambule ? Tout simplement pour comprendre les tenants et les aboutissants de la pornographie actuelle. De sa création officielle (à l'orée des années 1970) à aujourd'hui, le milieu de la pornographie traduit notre propre relation au désir et au plaisir charnel. Ainsi, durant la décennie 1970, le cinéma pornographique (ou cinéma "X") proposait essentiellement toute une série de bacchanales sur fond de triolisme, de candaulisme, de lesbianisme et de libertinage. Sur la forme comme sur le fond, cette pornographie d'agapes et de priapées s'apparentait donc à une sorte d'immense orgie et de fantasmagorie essentiellement visuelle.
A ce moment-là, le sadomasochisme symbolise le point culminant du plaisir orgasmique. Puis, à partir des années 1980 jusqu'au début des années 2000, le sadomasochisme évolue de plus en plus vers le bondage.

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En vérité, le bondage est une pratique ou un dérivé du sadomasochisme qui consiste à ligoter ou à bâillonner son partenaire (avec évidemment l'assentiment de ce dernier) afin de provoquer cette "petite mort", soit la quintessence du plaisir. Or, ce plaisir paroxystique ne peut s'obtenir qu'à condition de soumettre le corps et la chair à de longues séances d'avilissement. Le plaisir, l'orgasme et la satisfaction sexuelle sont donc intimement liés à la souffrance charnelle et psychologique.
Pour certains auteurs et spécialistes de la question, les origines du bondage remontent quasiment à la nuit des temps, soit toujours (et encore...) aux civilisations gréco-romaines, cette pratique se délectant, entre autres, de la dialectique du maître et de l'esclave ; et donc de ce rapport inhérent entre la domination, l'assouvissement, le pouvoir et la fascination.

Toujours la même antienne. Mais de telles pratiques sexuelles, considérées comme ignobles et déviantes par une certaine "Médiacratie" politique et idéologique, doivent être bannies au nom de la moraline habituelle, de la religion, du féminisme actuel, de l'égalité et de principes démocratiques. En ce sens, Graphic Sexual Horror, réalisé par Anna Lorentzon et Barbara Bell en 2009, traduit les nouvelles orientations d'une société à priori hédoniste et libertaire. Un oxymore.
Désormais, le plaisir sexuel ne doit plus se confronter à "L'empire des sens", ni se nourrir de cette dichotomie entre la fascination et la domination. Plus jamais. Le désir doit s'asseoir sur le pied chimérique de l'égalité, ou plutôt de l'égalitarisme, à tous crins. C'est le constat amer dressé et admonesté par Anna Lorentzon et Barbara Bell, deux anciennes adeptes d'un site de bondage, insex.com.

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Pour comprendre la genèse de Graphic Sexual Horror, il est donc indispensable de procéder à son exégèse. Attention, SPOILERS ! En 1997 apparaissait sur le web un site dont le créateur Brent Scott, plus connu sous le nom de « pd », dira que « Tout le monde semblait n'attendre que lui. » Son nom ? insex.com, site spécialisé en photos et vidéos de bondage et sadomasochisme extrêmes. Mené par un ancien professeur d'université passionné par le fétichisme et l'art du bondage depuis l'enfance, insex.com dû cependant fermer ses portes en 2005 malgré une communauté de près de 35 000 membres, suite au vaste mouvement anti pornographique lancé par le gouvernement américain dans le cadre du Patriot Act. Trois ans plus tard, Barbara Bell et Anna Lorentzon, anciennes collaboratrices de insex.com, respectivement en tant que scénariste et monteuse, s’associent pour réaliser comme premier long métrage ce documentaire retraçant le parcours d'un site resté culte sur la toile...

A l'aune de ce synopsis, chacun aura compris les enjeux d'un tel documentaire. Non, Graphic Sexual Horror n'est pas seulement un documentaire pornographique et sadomasochiste érigeant le bondage comme la quintessence du plaisir sexuel. Le film d'Anna Lorentzon et de Barbara Bell apparaît quasiment comme le témoignage mortifère d'un autre pan du porno. Une époque désormais révolue où pornographie, douleur, souffrance et humiliations se devaient de revêtir les oripeaux d'un art à part entière, évidemment avec le consentement de ses participantes.
Ainsi, Graphic Sexual Horror correspond à un curieux maelström entre photographies et saynètes impudiques, le tout corseté par divers témoignages. Pour une certaine communauté moralisatrice et bien-pensante, Graphic Sexual Horror ne sera la traduction que d'esprits torturés et azimutés qu'il faut prestement rééduquer, un peu à la manière d'un Big Brother dans 1984, tout en prônant les valeurs de la liberté, de la paix et de l'égalité.

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Pour les esprits un peu moins bornés et réfractaires, Graphic Sexual Horror signera avant tout la dernière absoute d'une pornographie dévoyée par le diktat d'une nouvelle forme de consumérisme, celui qui moralise, tance, vilipende, censure, interdit, mercurialise et admoneste. De facto, je renvoie à la longue introduction de cette chronique. Sur la forme comme sur le fond, Graphic Sexual Horror ne fait que réitérer ces pratiques immémoriales, celles du Marquis de Sade en son temps, ou encore celles des civilisations anciennes mais déjà modernes. Bien sûr, Graphic Sexual Horror ne manquera pas d'effaroucher son audimat. Le film de Barbara Bell et d'Anna Lorentzon contient tout de même de nombreuses séquences explicites à base d'enfermement, d'isolement, de bâillonnement et de diverses ignominies, évidemment toujours consenties... Je sais, je me répète...
Toujours est-il que le film interroge sur l'industrie du sexe et sur cette curieuse filiation que nous entretenons avec le désir, le plaisir et la fascination originelle. Or, ce désir ancestral doit être phagocyté au profit de nouvelles normes pieuses et harangueuses. Tel est le message claironné par Graphic Sexual Horror. Evidemment, le documentaire n'est pas exempt de tout reproche. Si le film a au moins le mérite de ne pas sombrer dans la complaisance ni dans la surenchère, il souffre néanmoins d'une certaine récursivité dans ses séquences souvent outrageantes, celles que vous ne devez plus voir.
Plus jamais.

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver