La_Liste_de_Schindler

Genre : drame, historique
Année : 1993
Durée : 3h15

Synopsis : Evocation des années de guerre d'Oskar Schindler, fils d'industriel d'origine autrichienne rentré à Cracovie en 1939 avec les troupes allemandes. Il va, tout au long de la guerre, protéger des juifs en les faisant travailler dans sa fabrique et en 1944 sauver huit cents hommes et trois cents femmes du camp d'extermination de Auschwitz-Birkenau.  

La critique :

Bien étrange cas et bien étrange paradoxe que celui d'Oskar Schindler, un industriel allemand qui a fait voeu d'allégeance au Parti Nazi dès 1935. A fortiori, rien ne prédestine ce chef d'entreprise à jouer un rôle actif durant la Seconde Guerre Mondiale. Pour Oskar Schindler, la guerre constitue surtout un potentiel pécuniaire. Les Juifs prisonniers sont alors enrôlés dans son usine et deviennent, bon gré mal gré, une main d'oeuvre docile et quasiment bénévole.
A la fin de la guerre et après la défaite de l'armée allemande, Oskar Schindler prend la poudre d'escampette et émigre en Argentine. Il reviendra dans son pays natal en 1958 mais échoue dans sa reconquête du pouvoir industriel. Pourtant, en dépit de son insigne allemande et "nazillarde", Oskar Schindler va sauver plus de 1200 Juifs durant l'Holocauste - la Shoah - arguerait péremptoirement Claude Lanzmann.

Cette période particulière de sa vie (et de l'Histoire...) va tout d'abord inspirer un opuscule, La Liste de Schindler, puis un long-métrage éponyme, réalisé par les soins de Steven Spielberg en 1993. Est-il absolument nécessaire de présenter ce cinéaste hollywoodien ? Après avoir connu la gloire et la consécration avec Les Dents de la Mer (1975), Steven Spielberg s'oriente essentiellement vers des divertissements grand public. Des films tels que Rencontres du Troisième Type (1977), E.T. L'Extra-Terrestre (1982), Les Aventuriers de l'Arche Perdue (1982) assoient sa notoriété et sa réputation. Corrélativement, Steven Spielberg s'investit dans des longs-métrages beaucoup plus intimistes.
C'est par exemple le cas de La Couleur Pourpre (1985) et d'Empire du Soleil (1987). Cependant, La Liste de Schindler revêt un parfum particulier puisque Steven Spielberg est lui-même de confession judaïque. 

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A l'époque, "Spielby" ressort du tournage harassant de Jurassic Park (1993), un blockbuster qui propose un retour vers la période paléontologique sur fond de clonage. A travers La Liste de Schindler, Steven Spielberg souhaite donc se détourner des productions homériques et dispendieuses via un film beaucoup plus personnel. Dès le départ, le cinéaste hollywoodien est intéressé par la personnalité clivante d'Oskar Schindler. Dans un premier temps, le film doit échoir entre les mains et sous le regard avisé de Roman Polanski, le futur réalisateur de Le Pianiste (2002).
Mais le metteur en scène refuse poliment le projet, estimant que l'histoire ressemble un peu à la sienne. Spielberg se tourne alors vers Martin Scorsese. Nouvelle déconvenue pour le producteur. Steven Spielberg accepte alors de réaliser La Liste de Schindler.

Pour l'anecdote, l'auteur de l'opuscule originel, un certain Thomas Keneally, avait pour projet d'adapter son propre roman à l'écran. Dans les années 1980, Thomas Keneally griffonne même un scénario de 220 pages, néanmoins sans susciter l'enthousiasme. De surcroît, Steven Spielberg apparaît comme le metteur en scène le plus avisé pour sonder et analyser la personnalité versatile d'Oskar Schindler. La distribution de ce drame historique se compose de Liam Neeson, Ben Kingsley, Ralph Fiennes, Caroline Goodall, Jonathan Sagalle, Embetz Davidtz et Mark Ivanir.
Pour le rôle d'Oskar Schindler, plusieurs acteurs ne tardent pas à manifester leur opportunisme, notamment Mel Gibson, Kevin Costner, Bruno Ganz ou encore Stellan Skarsgard. Mais Steven Spielberg préfère enrôler Liam Neeson, un acteur qu'il a découvert dans une pièce de théâtre à Broadway (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Liste_de_Schindler). 

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Pour les besoins du tournage, plus de 30 000 figurants seront embauchés. Corrélativement, La Liste de Schindler se solde par un succès colossal lors de son exploitation dans les salles et se hisse durablement parmi les premières places du box-office américain. Pourtant, c'est à l'étranger que le film réalise ses meilleurs scores. Mieux, le long-métrage est même encensé, adulé et adoubé par les critiques et la presse spécialisée. Le top 100 de l'American Institute le place à la huitième position des meilleurs films de tous les temps. En l'espace de 25 années, La Liste de Schindler s'est même octroyé le statut de film culte et de classique du noble Septième Art.
Reste à savoir si le long-métrage mérite de telles louanges et de tels dithyrambes. Réponse à venir dans cette chronique...

Attention, SPOILERS ! (1) La Seconde Guerre Mondiale fait rage en Europe avec son cortège d’horreurs. Mais la période n’est pas noire pour tout le monde. Un riche industriel, membre du parti nazi, Oskar Schindler, profite au contraire des événements pour développer ses usines et s’enrichir. Mais si Schindler ne soupçonne pas l’existence de la Shoah à ses débuts, il prend vite conscience de la tragédie que le peuple juif est en train de subir et décide de prendre tous les risques pour sauver 1100 Juifs. 
Depuis le ghetto où ils ont été parqués jusqu’au camp de concentration de Płaszów, près de Cracovie, dirigé par un homme d’une cruauté inouïe, Amon Göth, Schindler va marcher sur un fil fragile : fraterniser avec ses amis du parti… tout en protégeant des hommes et des femmes que ce même parti traque jusqu’à l’anéantissement (1). 

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Premier constat. Pas facile d'évoquer un film tel que La Liste de Schindler. Indubitablement, le personnage d'Oskar Schindler mérite à lui tout seul une véritable analyse, à la limite de la psychanalyse freudienne. Tout d'abord impassible, l'industriel apparaît comme un homme cynique et un capitaliste qui se sert tout simplement de la guerre et d'un contexte historique en déliquescence pour s'enrichir. L'homme baigne dans l'opulence et peut donc outrageusement exploiter une armée de réserve (les Juifs) condamnés à périr dans les camps de la mort. 
C'est sûrement pour cette raison que ses premiers liens avec son comptable juif, Itzhak Stern (Ben Kingsley), sont, de prime abord, discourtois, puis s'affineront par la suite. Mais le sens de l'histoire va donner une nouvelle trajectoire à cet industriel mercantile et d'une rare arrogance.

Sous le regard complice et éberlué de l'une de ses nombreuses maîtresses, Schindler assiste au démantèlement d'un ghetto. Jusqu'ici entièrement tourné en noir et blanc, le film de Steven Spielberg se nimbe de couleurs rougeoyantes pour se polariser sur une fillette de 4 ou 5 ans (tout au plus), évidemment condamnée à la mort et à croupir au fond d'une fosse commune, carbonisée parmi des milliers (des millions...) de dépouilles putrescentes.
Dès lors, l'industriel prend conscience de l'Histoire. La Seconde Guerre Mondiale n'est pas une guerre comme les autres. C'est le sort de l'Humanité qui est scellée à tout jamais, ainsi que le fatum de toute une civilisation. Non, Oskar Schindler ne laissera pas seulement l'empreinte d'un entrepreneur cupide et vaniteux. 

 

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Philanthrope, Schindler décide d'abandonner gloire et fortune pour sauver des vies, en tout cas, un maximum de vies. En ces temps eschatologiques, chaque vie, chaque nom et chaque visage ont évidemment un prix. Ainsi, Spielberg dissémine une vision de l'Holocauste dans toute son horreur, sa barbarie et sa véhémence. "Spielby" filme alors les ghettos et les camps de la mort comme des endroits fantômes, insistant largement sur cette fumée, puis sur cette brume pestiférante se dégageant des usines de la mort. Indubitablement, le réalisateur s'est beaucoup inspiré de Nuit et Brouillard (Alain Resnais, 1955), entre autres, pour ce souci de réalisme et d'authenticité.
Finalement, l'Holocauste n'est qu'un marché lucratif comme un autre. 
Spielberg montre, avec beaucoup de méticulosité, le fonctionnement de cette entreprise de la mort. La peau, les cheveux et même l'émail des dents doivent servir à confectionner des objets. En ce sens, le camp d'Auschwitz constitue probablement la quintessence de cette entreprise funeste destinée à éradiquer hommes, femmes, vieillards et enfants. Factuel, Steven Spielberg élude l'écueil de la surenchère et de la complaisance, et signe son plus beau film, en tout cas le plus personnel.
Je défie quiconque de ne pas verser une petite larme lors de la conclusion finale, elle aussi sur fond de procession et de commémoration funéraire.

 

Note : 20/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://www.serial-lectrice.com/la-liste-de-schindler-steven-spielberg/