leatherface

Genre : horreur, gore (interdit aux - 16 ans)
Année : 2017
Durée : 1h32

Synopsis : Une jeune infirmière est kidnappée par quatre adolescents violents évadés d’un hôpital psychiatrique avant d’être embarquée dans une virée pour l'enfer. Poursuivi par un agent des forces de l’ordre dérangé et avide de vengeance, l’un de ces jeunes aura dès lors une destinée tragique et les horreurs auxquelles il va faire face vont peu à peu le transformer et faire de lui Le monstre connu aujourd'hui sous le nom de Leatherface

La critique :

Au départ, Massacre à la Tronçonneuse, c'est un seul et unique film, un chef d'oeuvre morbide et putride réalisé par Tobe Hooper en 1974. Si le scénario s'inspire directement d'un serial killer tristement notoire, un certain Ed Gein, aussi surnommé le Boucher de Plainfield ; Massacre à la Tronçonneuse apparaît également dans une époque troublée. L'Amérique anomique est en pleine crise identitaire, sociale, économique et culturelle. La guerre du Vietnam et le scandale du Watergate parachèvent cette longue période de déréliction. Surtout, le long-métrage doit marquer cette scission inexpugnable entre cette Amérique urbaine et opulente et la classe des opprimés.
Ainsi, l'affrontement entre Leatherface, un être au visage tuméfié, et une bande d'étudiants goguenards révèle, in fine, cette césure entre cette Amérique encore rurale et répudiée par ses pairs et une idéologie hédoniste et libertaire.

Au moment du générique final de Massacre à la Tronçonneuse premier du nom, c'est surtout l'incompréhension qui domine. Comment une famille de pervers peut-elle s'adonner à de telles forfaitures, se confinant dans la torture, les meurtres sadiques et le cannibalisme ? A cette question, point de réponse. Tobe Hooper laisse le soin au spectateur ulcéré de méditer sur ce film violent, nihiliste et barbare. Le cinéaste sait pertinemment qu'il ne réitérera pas les mêmes fulgurances érubescentes.
Corrélativement, Tobe Hooper s'enlise dans les productions absconses et fastidieuses. Une déliquescence corroborée par les sorties successives de Lifeforce (1985) et L'invasion vient de Mars (1986). Seul Poltergeist et ses spectres comminatoires permettront au cinéaste, largement suppléé par l'érudition de Steven Spielberg, de relever un peu les épaules.

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C'est dans cette dialectique qu'il décide de revenir vers Leatherface et sa bande de sociopathes azimutés avec Massacre à la Tronçonneuse 2 (1986). Mais cette suite essuie un camouflet et ne reproduit aucunement les fulgurations de son auguste prédécesseur. Que soit. Tobe Hooper délaisse la franchise et son croquemitaine forcené aux mains cupides des producteurs. La saga poursuivra sa débâcle avec les deux épisodes suivants, soit Leatherface : Massacre à la Tronçonneuse 3 (Jeff Burr, 1990) et Massacre à la Tronçonneuse 4 : la nouvelle génération (Kim Henkel, 1994).
La franchise ne s'en remettra pas... Ou presque. Il faudra presque une décennie avant que Leatherface et ses sbires effectuent un retour impromptu avec un remake éponyme (donc Massacre à la Tronçonneuse en 2003) réalisé par les soins de Marcus Nispel.

Le cinéaste s'adjoint les services de Michael Bay et livre une pellicule consciencieuse et convenable, néanmoins à des années-lumière des outrages et des outrecuidances de la version de 1974. Toutefois, le film de Marcus Nispel engendre suffisamment de pécune et de bénéfices pour justifier la mise en chantier de nouveaux épisodes. Une chimère. Massacre à la Tronçonneuse : le Commencement (Jonathan Liebesman, 2006) et Texas Chainsaw 3D (John Luessenhop, 2013) ne font pas illusion et revisitent, à leur manière, l'ombre scabreuse de Leatherface.
Autant dire que l'on ne frémissait pas vraiment d'impatience à l'annonce, déjà empressée, d'un huitième chapitre, sobrement intitulé Leatherface. Sorti en 2017, le film est le fruit de la collaboration entre Alexandre Bustillo et Julien Maury, deux réalisateurs français en partance pour les Etats-Unis.

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Ces deux-là n'ont jamais caché leur dilection pour le cinéma d'horreur et ont déjà oeuvré dans A l'intérieur (2007), Livide (2011) et Aux Yeux des Vivants (2014). A travers Leatherface, Alexandre Bustillo et Julien Maury vont-ils parvenir à réitérer avec cette fougue, cette tonitruance et cette ambiance mortifère de naguère ? Réponse dans les lignes à venir... La distribution de ce nouvel épisode se compose de Stephen Dorff, Lili Taylor, Sam Strike, Vanessa Grasse, James Bloor, Jessica Madsen et Sam Coleman. Attention, SPOILERS ! Lizzy, une jeune infirmière, est kidnappée par quatre adolescents violents évadés d’un hôpital psychiatrique avant d’être embarquée dans une virée pour l'enfer.
Poursuivi par un agent des forces de l’ordre dérangé et avide de vengeance, l’un de ces jeunes aura dès lors une destinée tragique et les horreurs auxquelles il va faire face vont peu à peu le transformer et faire de lui Le monstre connu aujourd'hui sous le nom de Leatherface

Si le précédent chapitre, Texas Chainsaw 3D, ne brillait pas vraiment par sa perspicacité, il retrouvait, de temps à autre, cette stridulation de jadis. Visiblement, pour le scénario de Leatherface, Alexandre Bustillo et Julien Maury renâclent du côté de Rob Zombie et de son Devil's Rejects (2006), la subtilité en moins. Ainsi, Leatherface fonctionne lui aussi comme un road movie sur fond de torture porn et d'escapade meurtrière. La première partie fait vaguement illusion en nous conviant à l'intérieur d'un asile psychiatrique. Philanthrope, une infirmière (Lizzy) tente de prodiguer des soins à des patients sérieusement malmenés par un psychiatre et sa bande de renégats.
Suite à une mutinerie, plusieurs patients s'évadent. Kidnappée, Lizzy doit s'efforcer de minorer les ardeurs criminelles de ses agresseurs.

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Dès lors, ce périple intrépide est censé nous expliquer la folie destructrice et sociopathique du fameux Leatherface. Là aussi, une hérésie. C'est la seconde partie du film. Certes, par certaines accointances, Leatherface (le film) s'empare de la légende et de ce mythe eschatologique via une séquence de débauche et de nécrophilie (faussement) déviante. Toutefois, pas de quoi pavoiser ni crier au génie devant cette pellicule anémique. Au mieux, Leatherface semble condamné à croupir et à écumer les bacs à dvd. Au pire, le long-métrage est appelé à disparaître subrepticement de nos mémoires.
Et pour cause... Puisque Bustillo et son comparse ne proposent rien, si ce n'est un vague torture porn avec son lot de personnages archétypaux. En outre, il faudra se contenter d'un shérif revêche et opiniâtre, d'un vulgaire trublion, d'une infirmière qui se demande comment elle a pu se fourrer dans une telle galère (ça tombe bien, nous aussi !), et d'un jeune aliéné qui ne cesse de copuler avec une jeune femme complètement hystérique. Voilà pour les inimitiés !
Pis, Alexandre Bustillo et Julien Maury passent complètement à côté de la genèse de leur croquemitaine. La raison de cette folie irrémissible ? Le "monstre" serait issu d'une parenté dégénérative... Sinon, c'est tout ? Oui, c'est tout... Vous l'avez donc compris. Leatherface s'extirpe difficilement des gouffres du "naveton" avarié grâce à sa mise en scène et à une photographie plutôt soignée. Cependant, il serait temps que la saga s'arrête car derechef, c'est l'amertume qui point lors du générique final.

Note : 07/20

 

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