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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 2012
Durée : 1h24

Synopsis : Un jeune père de famille, agoraphobe suite à l'agression de sa femme, s'associe avec un prêtre afin de sauver sa fille des griffes d'une bande de sauvages tordus et ultra-violents. Pour se libérer de ses peurs, il va devoir affronter ses démons et pénétrer dans le lieu qui l'effraie le plus au monde : la Citadelle.  

La critique :

Le nom de Ciaran Foy ne doit pas vous évoquer grand-chose et pour cause... Puisque le réalisateur, scénariste, producteur et monteur irlandais a essentiellement oeuvré dans les courts-métrages. Sa carrière cinématographique démarre à l'orée des années 2000 avec 1902 (2001), Wired : 03:36 (2001), The Puppet (2002), Scumbot (2007) et Hotel Darklight (2009). Mais c'est avec le court-métrage intitulé The Faeries of Blackhaelth en 2006 que Ciaran Foy connaît ses premiers relents de notoriété. Une pellicule qui sera justement couronnée par plusieurs récompenses.
Grisé par ce petit succès, le cinéaste s'attelle à la réalisation de son premier long-métrage, sobrement baptisé Citadel, et sorti en 2012. La genèse du métrage remonte à ses années estudiantines alors que Ciaran Foy est assailli puis rudoyé par une bande d'adolescents psychopathes.

Semoncé par des coups de marteau et de seringue, le jeune étudiant ressort tétanisé de cette agression. Il développe alors des tendances paranoïaques et agoraphobiques. Ciaran Foy n'ose même plus sortir de chez lui. Heureusement, il peut compter sur le soutien indéfectible de sa petite amie, ainsi que sur l'analyse psychothérapeutique de son psychiatre. C'est dans ce contexte de psychasthénie mentale qu'il ratiocine, élabore et griffonne le scénario de Citadel.
Inutile alors de préciser que le film constitue une expérience douloureuse, spinescente et personnelle. Le métrage est donc conçu comme une sorte de psychanalyse avec pour vocation de faire ressurgir les fêlures du passé, ainsi que le trauma originel. Présenté dans divers festivals, notamment à Paris et à Gérardmer, Citadel s'arroge plusieurs récompenses, notamment le Prix Narcisse et le Méliès d'argent, lors du festival international du film fantastique de Neufchâtel.

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Certains critiques, dont le journal Mad Movies en particulier, encensent le long-métrage de dithyrambes. Reste à savoir si Citadel mérite de telles flagorneries. Réponse à venir dans la chronique... La distribution du film se compose d'Aneurin Barnard, James Cosmo, Wunmi Mosaku, Jake Wilson et Amy Shiels. Attention, SPOILERS ! (1) Tommy, un père de famille, a vu sa compagne enceinte se faire battre par trois adolescents, sans rien pouvoir faire. Neuf mois plus tard, le voilà confronté à nouveau à ceux qui ont entrainé la mort de sa femme. Devenu agoraphobe à la suite de l'agression de celle-ci, il devra lutter pour défendre sa fille, rescapée de l'agression, née alors que la mère était dans le coma.
Mais ceux qui semblaient être des adolescents violents ne sont peut-être pas même humains... Tommy devra retourner sur les lieux de l'agression, 
La Citadelle, et y combattre ses démons et sa peur (1).

A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas être intrigué par Citadel. Ce n'est pas la première fois que le cinéma d'horreur se polarise sur des enfants tueurs et sociopathiques. Pour mémoire, ce registre cinématographique connaît ses premiers balbutiements avec Le Village des Damnés (Wolf Rilla, 1960). Ce film d'épouvante et de terreur inspire et engendre de nombreux succédanés, notamment Les Révoltés de l'An 2000 (Narciso Ibanez Serrador, 1976), Eden Lake (James Watkins, 2008), Chromosome 3 (David Cronenberg, 1979), Ils (Xavier Palud et David Moreau, 2006), Les Démons du Maïs (Fritz Kiersch, 1984), ou encore The Children (Tom Shankland, 2008).
Parmi toutes ces pellicules, Citadel tient une place à part et prééminente, tout d'abord par son concept, puisque le film est censé tarir les stigmates d'un cinéaste - Ciaran Foy - tuméfié et alangui suite à une agression.

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En l'occurrence, il n'est pas étonnant que le film ait obtenu de tels panégyrismes lors de L'Etrange Festival en 2012. Indubitablement, Citadel peut être considéré comme la suite logique et intrinsèque à Chromosome 3, un film auquel il fait directement référence. Ciaran Foy admire et louange l'oeuvre de Cronenberg. Cette flatterie, pour le moins très prégnante, nimbe cette pellicule à la lisière du thriller, de l'épouvante et du fantastique. Pour vaincre ses démons intérieurs, Tommy, un père de famille, doit accepter de se colleter avec des démons bien réels.
En outre, ces créatures arborent le visage de jeunes bambins. Mais attention, ces gamins n'ont plus rien d'enfantin, de candide ni de ce qui pourrait s'apparenter à cette innocence goguenarde. Furibonds, les gosses machiavéliques peuvent sourdre de nulle part et attaquer aléatoirement une mère de famille.

Tel est le traumatisme de Tommy. Depuis, le père de famille est victime d'agoraphobie et doit protéger sa fille. Car les jeunes démons menacent désormais Tommy et sa progéniture. Aidé par une assistante sociale, un prêtre peu orthodoxe (c'est le cas de le dire...) et un jeune gamin amblyope, Tommy doit se rendre dans une citadelle justement habitée par les enfants démoniaques. Pour y parvenir, le jeune homme devra aussi affronter ses propres démons...
"Sentir la peur et la laisser partir..." telle est l'assertion laconique de ce père poltron et débonnaire, tout du moins, dans un premier temps. Pour atténuer sa pleutrerie et sa pusillanimité, Tommy doit revêtir les oripeaux de ce patriarche vindicatif et redevenir ce prédateur de naguère. A l'instar de Chromosome 3 en son temps, Citadel est le résultat d'une longue introspection, ainsi que la conséquence d'une excoriation mentale.

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Pour abolir définitivement ses fêlures, Tommy doit pénétrer dans sa forteresse intérieure. La citadelle n'est donc que la réverbération de sa propre psyché et de ce travail d'autoscopie mentale. Au départ guidé par un prêtre et un enfant handicapé, le patriarche retrouve cette once de vaillance et de témérité pour affronter des créatures particulièrement virulentes. La citadelle se situe dans une zone de non-droit et abandonnée par les forces de l'ordre. Personne n'y ose s'y aventurer de peur d'effaroucher encore davantage cette jeunesse fougueuse et impudente. En l'occurrence, il semblerait que ces bambins criminels ne soient que la conséquence d'une société en pleine décrépitude.
Personne n'aidera réellement Tommy à devenir ce paternel responsable ni à prendre les armes pour défendre sa progéniture. Pour survivre dans ce monde chaotique, il faut agir seul et retrouver ses réflexes archaïques, les mêmes qui ont créé ces enfants méphistophéliques. Vous l'avez donc compris. Citadel est une oeuvre éminemment complexe qui mériterait sans doute une analyse beaucoup plus vétilleuse. Par certaines accointances, le film de Ciaran Foy renoue avec le cinéma viscéral et expérimental de David Cronenberg. De très bonne augure pour ce réalisateur talentueux, hélas beaucoup moins en verve avec son long-métrage suivant, Sinister 2 en 2015.

 

Note : 15/20

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(1) Synopsis du film : https://fr.wikipedia.org/wiki/Citadel