critters

Genre : science-fiction, comédie
Année : 1986
Durée : 1h22

Synopsis : Une flopée de créatures toutes en fourrure venues d'un autre monde s'avance dans une petite ville suivie par des chasseurs de primes intergalactiques. Ces terribles boules de poils ne rencontrent aucun obstacle sinon des villageois militants.  

La critique :

1984. Une date fatidique et rédhibitoire pour le cinéma fantastique avec la sortie de Gremlins, réalisé par Joe Dante. A travers ce conte goguenard, Joe Dante crée et invente un nouveau type de créature, à savoir des petites boules de poils, à priori courtoises et avenantes, qui saccagent et étrillent une petite communauté fictive des Etats-Unis le soir de Noël. Prière de ne pas enfreindre les trois règles essentielles : 1. Ne pas exposer les monstres égrillards à la lumière du soleil.
2. Ne jamais les mouiller sous peine de voir les Gremlins pulluler. 3. Ne jamais les nourrir après minuit. Tel est par ailleurs l'avertissement emphatique d'un vieux commerçant asiatique. Hélas, ces trois commandements seront bafoués par mégarde.

Narquois, Joe Dante s'ébaudit de ces créatures, les vraies stars du film. Pour le cinéaste, les Gremlins symbolisent la quintessence de notre société consumériste, hédoniste et libertaire. Une fois lâchés dans la nature, les petites boules de poil se bâfrent, consomment, provoquent des accidents domestiques et massacrent ceux qui ont le malheur de croiser leur route. De surcroît, le réalisateur nimbe sa pellicule fantastique de nombreuses références, entre autres E.T. L'Extra-Terrestre (Steven Spielberg, 1982), Le Magicien d'Oz (Victor Fleming, 1939), Planète Interdite (Fred McLeod Wilcox, 1956), ou encore La Machine à explorer le temps (George Pal, 1960).
Que soit. Gremlins restera probablement à tout jamais le plus gros succès commercial de Joe Dante. Par la suite, le metteur en scène ne réitérera pas une telle prouesse au box-office américain, malgré la sortie d'un Gremlins 2 : la nouvelle Génération (1990). 

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Gremlins premier du nom s'inscrit alors promptement dans la culture populaire américaine et influence de nombreux avatars. La plupart de ces productions sont au mieux des séries B impécunieuses et funambulesques. Ainsi, les thuriféraires du cinéma bis et de séries Z gentiment obsolescentes citeront aisément des pellicules telles que Hobgoblins (Rick Sloane, 1988), Ghoulies (Luca Bercovici, 1985), ou encore Troll (John Carl Buechler, 1986). Vient également s'ajouter Critters, réalisé par Stephen Herek en 1986. En l'occurrence, Critters reste probablement le plus célèbre épigone de Gremlins. Alors que le film de Joe Dante est en pleine effervescence, Critters profite à son tour de cet élan populaire pour imposer son diktat dans les salles obscures.
Corrélativement, le film cartonne aussi par le biais de la vidéo, suffisamment pour engendrer une tétralogie, avec Critters 2 (Mick Garris, 1988), Critters 3 (Kristine Peterson, 1991) et Critters 4 (Rupert Harvey, 1992).

Le premier Critters s'illustrera également dans divers festivals, notamment à Fantasporto et lors des Young Artist Awards, en s'arrogant plusieurs récompenses. Reste à savoir si Critters peut prétendre - ou non - à chiper la couronne, à priori indétrônable, de son auguste devancier, à savoir Gremlins (au cas où vous n'auriez pas suivi...). Réponse dans les lignes à venir... La distribution du film se compose de Dee Wallace, M. Emmet Walsh, Billy Green Bush, Scott Grimes, Nadine Van Der Velde, Don Keith Opper et Billy Zane. Attention, SPOILERS ! (1) Les Critters sont de rondouillardes créatures poilues dont l'appétit semble ne connaître aucune limite.
Leur gueule démesurée est garnie de dents pointues. Ces horribles créatures venues de l'Espace se sont échappées de leur geôle intersidérale où elles étaient retenues prisonnières. 

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Elles s'écrasent à bord de leur vaisseau dans une bourgade de l'Amérique profonde, Grover's Bend, non loin de la ferme de la famille Brown. Des chasseurs de primes extra-terrestres débarquent à leur tour dans la paisible petite ville, avec pour mission d'éradiquer les Critters (1). Pour l'anecdote, le scénario de Critters s'inspirerait (vraiment un verbe à guillemeter et à mettre au conditionnel...) d'un fait divers, à savoir la rencontre inopinée entre une famille de fermiers et des extraterrestres azimutés. Evidemment, de telles galéjades n'ont jamais été accréditées.
Ensuite, pour Stephen Herek et ses producteurs, c'est une façon comme une autre de se différencier de Gremlins. En l'occurrence, Critters personnifie à merveille les séries B désargentées des années 1980. En outre, le film de Stephen Herek peut embrasser langoureusement le premier Gremlins (toujours la même antienne...), soit son véritable bréviaire.

Certes, Critters se distingue par le lieu des inimitiés. Ici, point de fête de Noël ni de communauté fictive. Les animosités se déroulent dans une ferme éculée et dans une famille de la middle class américaine. Pourtant, cet endroit claustré va bientôt devenir le théâtre d'une rencontre du troisième type. Dès lors, Stephen Herek multiplie les bons vieux poncifs et archétypes habituels. Le casting met donc en exergue un fils facétieux, un patriarche vachard, une mère débonnaire, une soeur concupiscente et deux chasseurs extraterrestres grivois. Heureusement, Stephen Herek est un honnête artisan du cinéma bis. 
Ce qui permet de fermer les yeux sur tous ces stéréotypes. Après Critters
, le cinéaste oeuvrera essentiellement dans le registre de la comédie via plusieurs pellicules notables et notoires, entre autres Panique chez les Crandell (1991), Les Trois Mousquetaires (1993), ou encore Les 101 Dalmatiens (1996). 

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A contrario, Herek ne possède pas la dextérité ni l'érudition d'un Joe Dante derrière la caméra. Critters pâtit inévitablement de la comparaison avec son illustre prédécesseur. Le long-métrage séduira avant tout les adulateurs du cinéma bis et de pellicules joliment absconses. Sur la forme, Critters s'apparente donc à un Gremlins chez les ploucs. Donc, pas de quoi pavoiser ni s'extasier devant cette bisserie sérieusement famélique, et qui accuse désormais le poids des années. 
Les suites, elles aussi avariées, corroboreront cette didactique. Le public désarçonné se lassera peu à peu de ces créatures hâbleuses, sournoises et obséquieuses. Vous l'avez donc compris. Aujourd'hui, Critters apparaît comme une série B désuète. D'un point de vue technique, le film est-il aussi catastrophique qu'il en a l'air ? Non... Enfin à condition de fermer les yeux sur la vacuité et l'inanité du scénario. Ma note finale fera donc preuve d'une infinie mansuétude... car objectivement, le film mérite moins, beaucoup moins...

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver