SOS Fantômes 1984

Genre : fantastique, comédie
Année : 1984
Durée : 1h45

Synopsis : Peter, Raymond et Egon effectuent des recherches sur la parapsychologie. Virés par le Doyen de la faculté, ils décident de fonder une société destinée à chasser les revenants. Son nom : S.O.S. Fantômes. Le succès frappe tant et si bien à leur porte qu'ils en sont bientôt à travailler à la chaîne.   

La critique :

A l'instar de Steven Spielberg, de Robert Zemeckis, de George Lucas, de Joe Dante ou encore de Brian de Palma, Ivan Reitman fait partie de ces cinéastes hollywoodiens adoubés et déifiés qui ont marqué plusieurs générations de cinéphiles. La carrière cinématographique du réalisateur débute vers le milieu des années 1960 via plusieurs courts-métrages, Guitar Hing (1966), Orientation (1968) et Freak Film (1968). En 1971, Ivan Reitman signe son tout premier long-métrage avec Foxy Lady.
Par la suite, le metteur en scène s'oriente vers le registre de la comédie roublarde via Cannibal Girls (1973), Les Bleus (1981) et Arrête de ramer, t'es sur le sable (1979). Ivan Reitman devra donc faire preuve de longanimité et patienter jusqu'au milieu des années 1980 avant de connaître les aléas de la notoriété.

Indubitablement, la sortie de S.O.S. Fantômes en 1984 marque un tournant fatidique et rédhibitoire dans sa carrière. Non seulement, le film se solde par un succès colossal dans les salles obscures mais devient un véritable phénomène populaire. Rapidement, la culture américaine s'empare de ces chasseurs de fantômes qui symbolisent, outrageusement, cette génération d'individus eudémonistes et libertaires en pleine expansion durant la décennie 1980.
Thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. Par la suite, la filmographie d'Ivan Reitman s'ingéniera à suivre cette dialectique via plusieurs comédies hâbleuses et goguenardes, notamment Un Flic à la Maternelle (1990), Président d'un jour (1993), Junior (1994), 6 Jours 7 Nuits (1998), Evolution (2001), ou encore Ma Super Ex (2005).

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Succès oblige, S.O.S. Fantômes sera même suivi par un second chapitre, S.O.S. Fantômes 2 (1989), et un reboot éponyme, cette fois-ci réalisé par les soins de Paul Feig en 2016. La genèse initiale de S.O.S. Fantômes premier du nom remonte à une idée iconoclaste de l'acteur Dan Aykroyd et de son fidèle comparse, John Belushi. Facétieux, les deux trublions imaginent un scénario sur des chasseurs de fantômes qui traverseraient les dimensions spinescentes de l'espace et du temps. Hélas, le décès de John Belushi en 1982 proroge les délais.
Le comédien est alors remplacé par Bill Murray. Dans un premier temps, le métrage doit s'intituler Ghost Smashers mais finalement, Ivan Reitman et ses producteurs optent pour Ghostbusters, soit le titre original du film dans la langue de Shakespeare.

Le concept du film s'achemine et fait preuve de sobriété. Plus question d'envoyer des scientifiques dans une machine à remonter le temps. L'action de S.O.S. Fantômes se déroulera dans la cité gargantuesque de New York. Nonobstant son succès retentissant, S.O.S. Fantômes s'octroie plusieurs récompenses, notamment le British Academy film Award pour la meilleur chanson originale - Ghostbusters de Ray Parker, Jr. (sic...) - et le Saturn Award du meilleur film fantastique.
Mieux, S.O.S. Fantômes s'arroge, sans barguigner, le statut de film culte. Reste à savoir si le long-métrage d'Ivan Reitman mérite un tel panégyrisme. 
Réponse dans les lignes à venir... Hormis Dan Aykroyd et Bill Murray (déjà précités), la distribution de ce premier chapitre se compose de Sigourney Weaver, Harold Ramis, Rick Moranis, Annie Potts, William Atherton, Ernie Hudson et David Margulies.

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Pour l'anecdote, le rôle de Winston Zeddemore, qui échoira finalement à Ernie Hudson, devait initialement être attribué à Eddie Murphy. Mais l'acteur décline poliment l'invitation préférant vaquer sur le tournage de Le Flic de Beverly Hills (Martin Brest, 1984). Attention, SPOILERS ! (1) Peter Venkman, Raymond Stantz et Egon Spengler, chercheurs à l'université, sont radiés de leurs postes. Ils décident alors d'ouvrir une société d'investigations paranormales nommée SOS Fantômes (en VO Ghostbusters). Rejoints par un quatrième membre, Winston Zeddemore, ils deviennent bientôt le seul espoir du monde face à Gozer, un dieu sumérien malveillant qui se téléporte dans notre monde grâce à un immeuble maléfique érigé par ses fidèles à Central Park West, dans la ville de New York (1).
Finalement, S.O.S. Fantômes, c'est un peu la quintessence de la comédie fantastique, celle qui verra, un an plus tard, poindre un autre parangon d'outrecuidance, j'ai nommé Gremlins (Joe Dante, 1985).

Les thuriféraires du cinéma fantastique retiendront pendant longtemps cette époque bénie, une période durant laquelle toutes les excentricités sont permises. Qu'ils se nomment Indiana Jones, les Goonies ou encore Marty McFly, tous ces héros délicieusement condescendants, préfigurent cette décennie hédoniste et libertaire. Les chasseurs écervelés de S.O.S. Fantômes ne font donc pas exception. Ce n'est pas un hasard si le film nous fait part d'un jargon scientifique sibyllin et amphigourique. Et peu importe si la pellicule se nimbe de longueurs superflues (la fermeture de la société par une sorte d'avocat véreux) et d'une interprétation en mode cabotinage.
Mention spéciale à Rick Moranis et à ses nombreuses facéties. Au grand dam de l'acteur, le reste du casting ne fait pas beaucoup mieux. 

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Sur ce dernier point, le spectateur sidéré devra supporter les déhanchements d'une Sigourney Weaver en mode pilotage automatique. L'actrice rayonnante d'Alien : le huitième passager (Ridley Scott, 1979) est méconnaissable et se transforme, le temps de quelques cabrioles, en sorcière harangueuse et libidineuse. Pour le reste, S.O.S. Fantômes met largement en exergue Bill Murray, la vedette phagocytant matoisement le jeu timoré du reste du quatuor, Ernie Hudson en tête.
Mais S.O.S. Fantômes, c'est aussi cette oriflamme publicitaire, celui qui transforme un bibendum chamallow en un spectre redoutable arpentant les rues de New York. Nonobstant son espièglerie et ses nombreuses épigrammes, le film n'est pas exempt de tout reproche. Indubitablement, S.O.S. Fantômes est une production estampillée "années 1980". Les effets spéciaux ont bien souffert du poids des années (presque 35 ans au compteur tout de même !). 
Il faudra donc fermer les yeux sur cette stop-motion joliment obsolescente, ainsi que sur la vacuité du scénario. Dénué de cette folie jubilatoire, S.O.S. Fantômes serait probablement condamné à croupir au fond des oubliettes. Un sort que connaîtra, par ailleurs, son invraisemblable reboot. Mais ne soyons pas si vachard. Il faudrait tout de même être indécent pour ne pas reconnaître les qualités inhérentes de cette pellicule sardonique. Presque un plaisir coupable en fin de compte...

Note : 14.5/20

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