deadly spawn

Genre : horreur, science-fiction, gore (interdit aux - 12 ans)
Année : 1983
Durée : 1h18

Synopsis : Une météorite s’écrase sur Terre, lâchant dans la nature une créature extra-terrestre affamée. Après s’être fait les dents sur deux campeurs, cette dernière va investir la cave d’une maison dans une banlieue résidentielle pour y dévorer tous ceux qui passeront y faire un tour. Mais quelle gourmande celle-là ! 

La critique :

Dans les années 1950, le cinéma fantastique, horrifique et de science-fiction est influencé par un contexte international houleux désormais sous l'égide de la Guerre Froide. Les belligérances opposent principalement les Etats-Unis à l'U.R.S.S. Ou lorsque le capitalisme patriarcal se regimbe contre la doxa communiste et un drapeau rouge qui arbore une faucille et un marteau. C'est dans ce contexte de tension et de paranoïa ambiante que se constitue peu à peu une xénophobie latente.
Certains Américains éberlués croient voir des espions partout. Cette peur se traduit par d'autres effets délétères et anxiogènes. Une peur alimentée par l'existence d'une Zone 51 et par l'arrivée (chimérique) d'extraterrestres aux intentions bellicistes. Certains films alimentent cette angoisse intrinsèque. C'est par exemple le cas de La Chose Venue d'un autre Monde (Christian Niby et Howard Hawks, 1951).

Un extraterrestre d'origine végétale s'introduit dans une base américaine claustrée au milieu de nulle part en Alaska. Mais cette créature dolichocéphale ne menace pas seulement la pérennité de quelques scientifiques et militaires dans une base en déshérence. Si le monstre parvient à se reproduire et à s'escarper, c'est aussi la paix du monde qui est menacée. Bien des décennies plus tard, John Carpenter exploitera à nouveau cette idée à travers un remake, The Thing (1982).
Dans cette nouvelle version, le cinéaste américain accentue les inimitiés, toujours avec ce sentiment d'oppressement, d'isolement et de paranoïa. Ainsi, la "Chose" se transmute en un virus imitant et dupliquant à la perfection les personnes qu'elle assaille. Certains thuriféraires de ce chef d'oeuvre horrifique y voient une allégorie sur le Sida.

deadly-2-500x330

D'autres le considèrent comme un film apocalyptique et eschatologique. Toujours est-il que The Thing influence et engendre de nombreux épigones. C'est par exemple le cas de The Deadly Spawn, réalisé par Douglas McKeown en 1983. Nanti d'un budget impécunieux, le film n'a pas les mêmes ambitions ni les mêmes velléités narratives. A contrario, le long-métrage est considéré, à l'époque, comme la suite logique de The Thing. De surcroît, The Deadly Spawn sort sous plusieurs intitulés, notamment Return of the Aliens : The Deadly Spawn et surtout La Chose.
En outre, l'oeuvre de Douglas McKeown fait surtout office de série B. Le film ne bénéficiera pas d'une sortie dans les salles obscures mais sera distribué dans les vidéos clubs. C'est même par l'intermédiaire de la vidéo que The Deadly Spawn va s'octroyer le statut de film culte.

Mieux, par sa violence et son érubescence, la pellicule marque durablement les persistances rétiniennes, ainsi que plusieurs générations de fans du cinéma bis. Succès commercial oblige, The Deadly Spawn connaîtra une suite, à savoir Metamorphosis : The Alien Factor (Glenn Takakjian, 1990), qui s'enlisera dans les méandres de l'immondice et de la "nanardise". En l'occurrence, la distribution de The Deadly Spawn risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Charles George Hildebrandt, Tom DeFranco, Richard Lee Porter, Jean Tafler, Karen Tighe, James Brewster et Elissa Neil ; mais j'en doute... Attention, SPOILERS !
(1) Une météorite s’écrase sur Terre, lâchant dans la nature une créature extra-terrestre affamée. Après s’être fait les dents sur deux campeurs, cette dernière va investir la cave d’une maison dans une banlieue résidentielle pour y dévorer tous ceux qui passeront y faire un tour (1). 

deadlyspawn02

La créature protéiforme s'attaque alors à la famille de Charles, un jeune éphèbe qui passe son temps à se grimer en monstre afin d'effrayer sa matriarche. En manque de sensations fortes, le jouvenceau va bientôt connaître l'expérience la plus effroyable de son adolescence... En vérité, The Deadly Spawn n'est pas la suite avariée de The Thing, mais plutôt une relecture - pour le moins très personnelle - de La Chose d'un Autre Monde. Sur la forme, The Deadly Spawn est donc un remake officieux du film de Christian Niby et Howard Hawks. Toutefois, la comparaison entre les deux films s'arrête bien là. 
Pour Douglas McKeown, pas question de nimber son long-métrage du contexte politique, idéologique ni international de l'époque. Par ailleurs, dans les années 1980, l'Amérique vit encore sous le courroux de la peur et d'une hypothétique Troisième Guerre Mondiale.

Pour l'anecdote, The Deadly Spawn constitue également le seul et unique long-métrage de Douglas McKeown. Qu'est devenu ce réalisateur par la suite ? Difficile de répondre... En l'état, The Deadly Spawn s'apparente surtout à un hommage vibrant au cinéma bis et à ces vieilles pellicules désuètes des années 1950. Impossible de ne pas songer, par certaines accointances, au style iconoclaste de Jack Arnold, et en particulier à Tarantula ! (1955).
A l'instar du film de Jack Arnold, The Deadly Spawn met en exergue une menace inconnue qui provient du ciel et plus précisément de nulle part. C'est la théorie du tout ou rien. La menace de The Deadly Spawn n'obéit à aucune logique ni explication rationnelle. La créature provient du vide et, in fine, d'un néant indicible.

deadly2

Pourtant, The Deadly Spawn cherche clairement à se démarquer de The Thing et d'Alien : le huitième passager (Ridley Scott, 1979). Dans le film de Ridley Scott, l'extraterrestre xénomorphe symbolise cette xénophobie prégnante qui se transmue prestement en huis clos spatial. Dans The Thing, la créature polymorphe est un virus d'origine inconnue qui se nourrit de nos pulsions archaïques et reptiliennes. Or, dans The Deadly Spawn, le monstre échappe à toutes ces complexités narratives. L'Alien du film signe donc le grand retour à cette sobriété de jadis, celle encensée et adoubée par Paul Blaisdell (le célèbre démiurge de l'extraterrestre de It Conquered The World) en son temps.
La créature de The Deadly Spawn se démarque donc par son incongruité, ses déplacements presque archaïques, ses crocs acérés et cette façon presque unique de se dégingander.

Certes, les contempteurs fustigeront et gourmanderont, à raison, une pellicule délicieusement kitsch et ringarde. 
Paradoxalement, c'est cette même obsolescence qui concourt au charme de cette bisserie désargentée. The Deadly Spawn justifie presque intégralement son visionnage pour l'ingénuité de sa créature. Ensuite, le film peut s'enhardir de saynètes gore et outrancières qui ne manqueront pas de susciter quelques cris d'orfraie. A l'inverse, le long-métrage de Douglas McKeown n'est pas exempt de tout reproche. En outre, les déflations budgétaires du film se font furieusement sentir.
Ainsi, de nombreuses séquences se déroulent dans le noir absolu et sont difficilement perceptibles. D'un point de vue technique, la mise en scène pâtit de choix approximatifs et de mouvements de caméra souvent hasardeux. Vous l'avez donc compris. Sur la forme, The Deadly Spawn est une pellicule amateure qu'il conviendra de visionner au second degré. Nonobstant toutes ces carences, hélas préjudiciables à la qualité du film, The Deadly Spawn possède un charme ineffable. 
Ma note finale fera donc preuve d'une infinie mansuétude.

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=1248