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Genre : giallo, inclassable, thriller, épouvante 
Année : 2012
Durée : 1h32

Synopsis : 1976 : Berberian Sound Studio est l'un des studios de postproduction les moins chers et les plus miteux d'Italie. Seuls les films d'horreur les plus sordides y font appel pour le montage et le mixage de leur bande sonore. Gilderoy, un ingénieur du son naïf et introverti tout droit débarqué d'Angleterre, est chargé d'orchestrer le mixage du dernier film de Santini, le maestro de l'horreur. Laissant derrière lui l'atmosphère bon enfant du documentaire britannique, Gilderoy se retrouve plongé dans l'univers inconnu des films d'exploitation, pris dans un milieu hostile, entre actrices grinçantes, techniciens capricieux et bureaucrates récalcitrants. À mesure que les actrices se succèdent pour enregistrer une litanie de hurlements stridents, et que d'innocents légumes périssent sous les coups répétés de couteaux et de machettes destinés aux bruitages, Gilderoy doit affronter ses propres démons afin de ne pas sombrer… 

La critique :

Qui aurait gagé sur le retour inopiné du giallo en vidéo ? Pour ceux qui ne connaissent pas ce registre cinématographique, aujourd'hui désuet, le giallo se définit comme un genre qui combine, avec plus ou moins de méticulosité, le policier, l'érotique, le thriller et l'épouvante. C'est à la lisière des années 1960 que le giallo connaît ses toutes premières lettres de noblesse avec La Femme qui en savait trop (Mario Bava, 1963). Ainsi, plusieurs cinéastes transalpins font du giallo leur principal leitmotiv.
Bien sûr, les thuriféraires citeront aisément le nom de Mario Bava (Le Corps et le fouet, L'île de l'épouvante, Une Hache pour la lune de miel...), Dario Argento (L'oiseau au plumage de cristal, Quatre mouches de velours gris, Les frissons de l'angoisse...), ou encore Umberto Lenzi (Si douces, si perverses, Le tueur à l'orchidée, L'emmurée vivante...).

Mais vers le milieu des années 1980, le giallo s'étiole, se délite et se désagrège jusqu'à disparaître subrepticement des écrans radars. Seule exception notable, en 2009, Hélène Cattet et Bruno Forzani signent un vibrant hommage à ce registre si particulier avec le méconnu Amer. Depuis, le giallo semble condamné à croupir dans les affres des oubliettes. C'est sans compter sur la sortie de Berberian Sound Studio, réalisé par Peter Strickland en 2012.
La carrière cinématographique de ce metteur en scène britannique démarre en 1997 avec un premier court-métrage, sobrement intitulé Bubblegum. Puis, en 2004, Peter Strickland enchaîne avec un second court-métrage, A Metaphysical Education. Par ailleurs, Berberian Sound Studio n'est autre que l'adaptation cinématographique de cette dernière pellicule.

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Si le long-métrage n'a pas bénéficié d'une exploitation dans les salles de cinéma, il se solde, à l'inverse, par toute une pléthore de récompenses dans divers festivals. C'est ainsi qu'il s'octroie la mention spéciale du jury lors du festival international du film de Catalogne, le prix de la meilleure production lors du British Independent Film Awards, ou encore le prix de la critique lors du festival international du film fantastique de Gérardmer. Inutile alors de préciser que ce déluge de récompenses a de quoi attiser la curiosité. Reste à savoir si Berberian Sound Studio mérite un tel panégyrisme.
Réponse dans les lignes à venir... La distribution du film se compose de Toby Jones, Tonia Sotiropoulou, Susanna Cappellaro, Cosimo Fusco, Chiara D'Anna et Eugenia Caruso. Dans ce casting, on ne relève donc aucun acteur vraiment notable ni notoire.

Seul Toby Jones, dans le rôle principal (Gilderoy), fait figure d'exception. En l'occurrence, le comédien a surtout accumulé les personnages subsidiaires au cinéma. On a notamment pu l'apercevoir dans Jeanne d'Arc (Luc Besson, 1999), Neverland (Marc Foster, 2004), Scoop (Woody Allen, 2006), The Mist (Frank Darabont, 2007), ou encore dans La Taupe (Tomas Alfredson, 2011). Berberian Sound Studio permet donc à l'acteur de tenir enfin le haut de l'affiche.
Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse du film. Attention, SPOILERS ! 1976 : Berberian Sound Studio est l'un des studios de postproduction les moins chers et les plus miteux d'Italie. Seuls les films d'horreur les plus sordides y font appel pour le montage et le mixage de leur bande sonore. Gilderoy, un ingénieur du son naïf et introverti tout droit débarqué d'Angleterre, est chargé d'orchestrer le mixage du dernier film de Santini, le maestro de l'horreur.

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Laissant derrière lui l'atmosphère bon enfant du documentaire britannique, Gilderoy se retrouve plongé dans l'univers inconnu des films d'exploitation, pris dans un milieu hostile, entre actrices grinçantes, techniciens capricieux et bureaucrates récalcitrants. À mesure que les actrices se succèdent pour enregistrer une litanie de hurlements stridents, et que d'innocents légumes périssent sous les coups répétés de couteaux et de machettes destinés aux bruitages, Gilderoy doit affronter ses propres démons afin de ne pas sombrer… Autant l'annoncer de suite.
Par son schéma narratif, son scénario retors et alambiqué et ses directions spinescentes, Berberian Sound Studio risque de décontenancer le grand public, peu accoutumé à ce genre de pellicule. En l'occurrence, le métrage de Peter Strickland mélange savamment plusieurs styles cinématographiques.

Si le film s'apparente bel et bien à un hommage aux giallos de jadis, il peut aussi se voir comme un thriller, un drame profondément humain et surtout comme un long-métrage totalement inclassable. 
La principale qualité de Berberian Sound Studio, c'est cette polarisation, quasi lymphatique, sur son protagoniste principal, un certain Gilderoy. Dépêché sur le tournage d'un film d'horreur, l'ingénieur du son arrive dans un milieu hostile. Enfermé dans un studio étroit et lugubre, le cinquantenaire doit subir les sarcasmes et l'humeur labile de techniciens rigoristes.
L'homme peut toujours réclamer continûment le remboursement de son billet d'avion. Sa requête ne sera jamais ouïe par ses propres hiérarques. Isolé dans sa pièce de travail, Gilderoy doit également supporter les bruits inconvenants fomentés par un film qu'il ne verra jamais.

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Peu à peu, Peter Strickland plante le décor, pour le moins minimaliste, pour mieux se focaliser sur les bruits perpétrés par le hachage sourcilleux de fruits et de légumes. Tous ces sons malencontreux doivent servir les effets horrifiques d'un long-métrage outrancier : étranglement, écrasement de crâne et de nombreuses stridulations inopportunes font partie des tristes réjouissances. Que les esprits les plus poltrons et les plus pusillanimes se ravisent. Vous ne verrez pas la moindre goutte de sang à l'écran. A l'instar de Gilderoy, le spectateur hagard est prié d'imaginer les saynètes érubescentes d'un film fictif. De facto, nous sommes également conviés à pénétrer dans la psyché en déliquescence d'un technicien troublé. Dès lors, Berberian Sound Studio propose plusieurs niveaux de lecture en décryptant la psychasthénie mentale de son personnage principal.

Le film fonctionne alors comme un exercice complexe d'autoscopie mentale. Pour Peter Strickland, les images véhiculées par les films ont forcément un impact sur notre capacité à conscientiser la violence et l'idéologie sous-jacente qui en découle. De surcroît, Berberian Sound Studio nous interroge sur notre propre rapport à l'épouvante. "L'horreur fait partie de la condition humaine" s'écrie Francesco, un réalisateur éminent. A partir de là, bienvenue en enfer !
Berberian Sound Studio adopte un ton rédhibitoire via une immersion dans la folie. Les bruitages des fruits et des légumes découpés se transmutent en une cacophonie étourdissante. D'un homme pudibond et timoré, Gilderoy se transmue en un être pernicieux, factieux et obséquieux qui hurle son amertume à la face du monde. Vous l'avez donc compris. Berberian Sound Studio est un film éminemment complexe qui exigerait sans doute une analyse beaucoup plus vétilleuse.
En outre, cette oeuvre cinématographique questionne également notre propre rapport entre la fiction et la réalité. 
Or, la frontière entre ces deux notions est souvent imperceptible. Et c'est la douloureuse expérience que va vivre Gilderoy à travers ce tournage aventureux. Evidemment, une telle pellicule s'adresse à des spectateurs chevronnés et exige une certaine clairvoyance pour apprécier les sinuosités d'un tel périple à l'intérieur du psychisme. Parfaitement non notable, donc !

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver