The_Horseman

Genre : action, thriller (interdit aux - 16 ans)
Année : 2008
Durée : 1h36

Synopsis : Traumatisé par la mort de sa fille victime d'une overdose, Christian découvre une vidéo pornographique dans laquelle cette dernière est présente tout en étant droguée. Il cherche alors à se venger en tuant tous ceux qui se rattachent à cette vidéo. En même temps, il rencontre une adolescente qu'il prend en stop. 

La critique :

Les thèmes de la vengeance et de la loi du Talion ont toujours inspiré le noble Septième Art. Que soit sous l'égide de Sam Peckinpah (Les Chiens de Paille, 1971) qui abhorre cette pulsion virulente et inhérente à la condition humaine, sous la férule de Park Chan-Wook (Old Boy, 2003 et Lady Vengeance, 2005), ou encore sous le regard avisé de James Wan (Death Sentence, 2007), la vengeance constitue, la plupart du temps, l'apanage du cinéma d'action.
De temps à autre, cette thématique se pare de velléités science-fictionnelles (V pour Vendetta, James McTeigue, 2005) et même d'aspérités horrifiques (Phantom of the Paradise, Brian de Palma, 1974). Bref, la vengeance reste une thématique oecuménique et intemporelle qui continue d'alimenter la controverse. On pouvait donc légitimement se demander de quelle manière The Horseman, réalisé par les soins de Steven Kastrissios en 2008, allait agrémenter cette même thématique.

D'autant plus que le long-métrage n'a pas bénéficié d'une exploitation dans les salles obscures et a dû se contenter d'une sortie furtive dans les bacs à dvd. Visiblement, The Horseman semblait condamné à croupir dans les méandres de la fastidiosité. Sauf que... le film a eu l'occasion de s'illustrer dans divers festivals. S'il n'a obtenu aucune récompense, il a laissé, à l'inverse, un souvenir indélébile auprès du public et de critiques unanimement panégyriques.
Reste à savoir si cette oeuvre vindicative mérite de telles flagorneries. Réponse à venir dans la chronique... De surcroît, Steven Kastrissios est lui aussi inconnu au bataillon. Il faut se rendre sur le site IMDb (source : http://www.imdb.com/name/nm2704895/) pour obtenir quelques informations élusives sur ce metteur en scène.

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A priori, The Horseman constitue sa toute première réalisation. Depuis, Steven Kastrissios s'est montré plutôt discret. Le cinéaste a effectué un retour impromptu récemment avec la sortie de Badlands en 2017. A fortiori, Steven Kastrissios n'est donc pas un auteur prolifique. Mais ne nous égarons pas et revenons à la distribution de The Horseman. Cette dernière se compose essentiellement d'acteurs méconnus du grand public. Donc, si quelqu'un connaît les noms de Peter Marshall, Caroline Marohasy, Brad McMurray, Jack Henry, Evert McQueen, Christopher Sommers, Bryan Probets, Steve Tandy et Chris Betts ; merci de me téléphoner de toute urgence !
Mais trêve de plaisanterie et place à l'exégèse du film. En outre, le synopsis du long-métrage est plutôt laconique et tient sur trois petites lignes.

Attention, SPOILERS ! Alice rencontre Christian qui la prends en stop et ils décident de faire un bout de chemin ensemble. Ce qu'Alice ignore, c'est que Christian est à la recherche des membres d'une équipe de tournage de film X, à la suite duquel sa fille décéda d'une overdose. Ils se retrouvent alors pris dans une spirale de violence que personne ne pourra arrêter. A l'aune de cette exégèse, rien ne distingue The Horseman de la litanie de vigilante movies qui sortent à profusion dans les bacs à DTV (direct-to-video). A fortiori, la pellicule de Steven Kastrissios n'est qu'un nouveau succédané d'Un Justicier dans la Ville (Michael Winner, 1974) et d'A Vif (Neil Jordan, 2007).
La question consiste donc à se demander comment The Horseman va parvenir (ou non)  à renouveler un sujet à la fois spinescent et rébarbatif. Sur le fond, aucunement. 

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Pourtant, en dépit d'évidentes apparences, The Horseman renvoie, avec une aisance déconcertante, toute cette concurrence pléthorique dans ses pénates. Prière de phagocyter toute idéologie politique et idéologique, comme c'était parfois le cas dans A Vif et Un Justicier dans la Ville, au profit d'une production qui se veut être le plus réaliste possible. Par certaines accointances, The Horseman n'est pas sans rappeler la brutalité, l'impartialité et l'âpreté de Dead Man's Shoes (Shane Meadows, 2004). Toutefois, le film de Steven Kastrissios n'a pas vraiment pour vocation de présenter longuement ses divers protagonistes via une introduction cérémonieuse.
Ainsi, les premières minutes du film placent immédiatement les belligérances au coeur de l'intrigue. Un quinquagénaire et père de famille, Christian, est sur la piste de ceux qui ont participé de près ou de loin au meurtre de sa fille.

Aux dernières nouvelles, cette dernière officiait sur le tournage d'un film pornographique. Sous l'effet de substances illicites et après avoir subi de nombreuses impudicités, la jeune femme succombe. Son corps tuméfié git quelque part dans la pénombre. Bien triste oraison funèbre. Contrairement aux héros invincibles habituels, Christian est un homme simple et avant tout un père éploré par la mort de sa fille. Pour lui, ses actions spectaculaires sont censées corroborer sa soif inextinguible de vengeance. Or, à chaque nouvel endroit, à chaque nouvelle victime (par ailleurs atrocement suppliciée), la réponse est toujours analogue. Personne n'a forcé la fille de Christian à se droguer et à participer au tournage d'un film pornographique. Corrélativement à cette débauche de violence, se posent donc les questions de la responsabilité et de la culpabilité.

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Comment Christian a-t-il pu laisser sa fille s'escarper du domicile familial et tomber entre les mains de vils proxénètes ? De facto, n'est-il pas lui aussi responsable de sa mort et de cette lente déréliction ? Autant d'interrogations qui se posent en filigrane. En dépit de ce cheminent inextricable et à vocation meurtrière, Christian arbore un visage humain. De facto, le spectateur est prié à prendre fait et cause pour ce patriarche contristé. A contrario, Christian remet parfois en cause ce parcours escarpé, surtout lorsqu'il entraîne - malgré lui - une certaine Alicia, une jeune femme du même âge que sa fille. Voilà pour l'ensemble des inimitiés ! Vous l'avez donc compris.
Personne ou presque n'attendait The Horseman. Et pourtant le film de Kastrissios remplit doctement son office et n'a pas à rougir de la comparaison avec les grands classiques du vigilante movie. Brutal, sanglant et viscéral, le film de Steven Kastrissios ne fait pas vraiment dans la demi-mesure et s'adresse, par conséquent, à un public averti. Surtout dans sa dernière partie en mode apocalyptique. Même les acteurs, en particulier Peter Marshall (dans le rôle de Christian), resplendissent devant la caméra rougeoyante de Steven Kastrissios. Malicieux, le cinéaste adopte un ton quasi documentaire et agrémente sa pellicule de teintes vespérales. Seul petit bémol, The Horseman reste d'une étonnante frugalité narrative. Le film n'ébranlera donc pas l'hégémonie imposée par Shane Meadows et son Dead Man's Shoes, mais c'est vraiment histoire de ratiociner...

 

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver