Live_Feed

 

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2006
Durée : 1h17

Synopsis : Un groupe de cinq amis (trois filles et deux gars) connaissent quelques péripéties lors d'un voyage en Asie. Alors qu'ils sont à l'intérieur d'un bar de danseuses, l'un d'entre eux passe près de se faire tirer par un chef de gang. Quelque peu ébranlé, le groupe se dirige ensuite vers un cinéma pour adultes. La cocaïne est alors au rendez-vous et le désir sexuel de certains d'entre eux atteint des sommets. Cependant, l'endroit est crasseux et n'est pas ce qu'il y a de plus invitant pour s'envoyer en l'air. Un couple du groupe se loue une chambre spécifiquement pour la chose. Lorsqu'ils se rendent enfin compte de la véritable nature de l'endroit, il est déjà trop tard.  

La critique :

Réalisateur, scénariste et producteur, Ryan Nicholson n'a jamais caché sa fascination pour le cinéma trash, gore et extrême. En outre, le cinéaste américain affectionne tout particulièrement le cinéma indépendant et ses pellicules impécunieuses. Sa carrière cinématographique débute vers le milieu des années 2000 avec Torched (2004), un premier film qui signe immédiatement de réelles dispositions pour l'horreur et ses fantaisies érubescentes.
Impression corroborée par ses longs-métrages suivants, notamment Gutterballs (2008) qui reste son oeuvre la plus proverbiale, mais aussi Necrophagia : Nightmare Scenarios (2004), La Petite Mort (2009), Hanger (2009), Star Vehicle (2010), Famine (2012), Blood Valley : Seed's Revenge (2012) et Collar (2014). Vient également s'ajouter Live Feed, sorti en 2006.

A l'époque, ce troisième long-métrage profite du succès pharaonique de Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006). 
Les deux pellicules initiées par James Wan et Eli Roth signent le grand retour du torture porn, un registre pornographique qui avait déjà connu son apogée durant les années 1970, avec plusieurs cinéastes notoires, entre autres Tobe Hooper (Massacre à la Tronçonneuse, 1974) et Wes Craven (La Dernière Maison sur la Gauche en 1972 et La Colline A Des Yeux en 1977). A travers Live Feed, Ryan Nicholson réalise son "Hostel" à lui puisque le film renâcle, sans ambages, du côté de ce torture porn produit par Quentin Tarantino.
Mais que Ryan Nicholson se rassérène. 
D'autres réalisateurs opportunistes tenteront de réitérer les mêmes fulgurances rougeoyantes. 

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Que ces films se nomment Wolf Creek (Greg McLean, 2006), Hoboken Hollow (Glen Stephens, 2006), ou encore Borderland (Zev Berman, 2008), tous tenteront de marcher dans le sillage et le continuum d'Hostel premier du nom. De facto, Live Feed doit donc se colleter avec une concurrence pléthorique. A travers cette nouvelle production fauchée comme les blés, Ryan Nicholson va-t-il parvenir à impacter durablement les persistances rétiniennes ? Réponse à venir dans la chronique.
En l'occurrence, le cinéaste n'a jamais été réputé pour sa bienséance ni pour faire dans la dentelle. A l'instar de Torched, son tout premier film, Live Feed n'a pas pour vocation de verser dans la pudibonderie ni dans les règles de convenance. Tel 
est par ailleurs l'apanage de Ryan Nicholson. En outre, la distribution du long-métrage risque de ne pas vous grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Kevan Ohtsji, Taayla Markell, Stephen Chang, Colin Foo, Greg Chan et Rob Scattergood ; mais j'en doute...

Attention, SPOILERS ! (1) Un groupe de cinq amis (trois filles et deux gars) connaissent quelques péripéties lors d'un voyage en Asie. Alors qu'ils sont à l'intérieur d'un bar de danseuses, l'un d'entre eux passe près de se faire tirer par un chef de gang. Quelque peu ébranlé, le groupe se dirige ensuite vers un cinéma pour adultes. La cocaïne est alors au rendez-vous et le désir sexuel de certains d'entre eux atteint des sommets. Cependant, l'endroit est crasseux et n'est pas ce qu'il y a de plus invitant pour s'envoyer en l'air. Un couple du groupe se loue une chambre spécifiquement pour la chose. 
Lorsqu'ils se rendent enfin compte de la véritable nature de l'endroit, il est déjà trop tard (1). A l'aune de cette exégèse, difficile - encore une fois - de ne pas songer à Hostel. Seul menu détail, les animosités ne se déroulent plus dans une ville fictive de l'Europe de l'Est, mais quelque part en Asie. 

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Pour le reste, Live Feed suit le même didactisme rédhibitoire. Suite à une rixe dans un bar, plusieurs étudiants tentent d'oublier ce petit incident en allant copuler dans un cinéma pornographique (je renvoie au synopsis). Mais l'endroit est diligenté par la mafia locale. Des clients opulents et peu scrupuleux sont prêts à débourser leur pécune pour assister béatement à des séances de mutilations, de tortures, d'agapes et de priapées. Hagards, Miles, son énamouré et le reste de la bande ne sont pas au bout de leurs surprises. Une fois sur place, ils doivent se démancher avec une sorte de bibendum de plus de deux mètres sévèrement cagoulé. Après avoir subi tout un tas d'ignominies et d'impudicités, leurs corps et leur chair sont précautionneusement découpées pour être ensuite revendus par un boucher peu amène. Tel est le sort mortifère et peu enviable qui les attend.

Vous avez baillé durant cette longue exégèse ? Rassurez-vous, c'est normal ! Bienvenue dans Live Feed ! A aucun moment, le film de Ryan Nicholson ne parvient à faire sourciller la concurrence. Eli Roth et ses fidèles prosélytes peuvent dormir tranquillement sur leurs deux oreilles tant Live Feed brille par sa vacuité, son amateurisme et son inanité. Pour le spectateur avisé, il faudra faire preuve de longanimité et patienter un long moment avant de voir une première séquence de débauche.
Ainsi, la première partie du film s'apparente à une longue exhibition des divers protagonistes. Hélas, et vous vous en doutez, ces derniers ne présentent aucun intérêt. En outre, il faudra donc se contenter de protagonistes libidineux qui ne pensent qu'à coïter. 
A contrario, Live Feed retrouve un peu de fougue et de virulence lorsque Ryan Nicholson décide enfin à passer aux inimitiés.

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Côté boucherie et autres réjouissances, Live Feed n'a rien à envier à Hostel et à ses nombreux succédanés. Au détour d'une saynète élusive, c'est un ophidien qui est dissimulé, via un tube transparent et opaque, dans la cavité buccale d'une pauvre mijaurée. D'emblée, on reconnaît le style atypique (et amateur) de Ryan Nicholson. On relève donc de nombreuses digressions et ellipses au niveau scénaristique. Même remarque concernant la mise en scène, d'une frugalité étonnante.
Concernant les effets spéciaux, là aussi, il faudra faire preuve de tolérance et de circonspection. Si un certain effort a été déployé au niveau des maquillages et des effets spéciaux, certaines tortures laissent sacrément à désirer. A l'image de toutes ces têtes en plastique savamment sectionnées. Faute de budget, Ryan Nicholson utilise essentiellement des prothèses. Difficile de ne pas percevoir la plasticité ainsi que la sobriété des turpitudes perpétrées. Finalement, Ryan Nicholson est égal à lui-même et verse arrogamment dans la série B écervelée. C'est tout ce qu'il y a à retenir de Live Feed.
Sans sa deuxième partie, par ailleurs en apothéose, le film aurait sans doute sombré dans les méandres de la fastidiosité et échappe de justesse à la mention "naveton" avarié.

 

Note : 06.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.horreur-web.com/livefeed.html