mondwest

 

Genre : science-fiction, western (interdit aux - 12 ans)
Année : 1973
Durée : 1h28

Synopsis : Un parc d'attractions peuplé de robots propose aux visiteurs de se replonger dans plusieurs époques. Lancés dans l'ouest sauvage, deux amis se retrouvent plongés en plein cauchemar quand l'un des androïdes se détraque et les prend en chasse...  

La critique :

Le nom de Michael Crichton n'est pas seulement associé à l'univers de la littérature, mais aussi à celui du noble Septième Art et pour cause... puisque certains opuscules du célèbre cacographe ont connu une adaptation cinématographique. C'est par exemple le cas de Le Mystère Andromède (Robert Wise, 1971), L'homme terminal (Mike Hodges, 1972), Soleil Levant (Philip Kaufman, 1993), Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993), Le Monde Perdu : Jurassic Park (Steven Spielberg, 1997), ou encore de Prisonniers du Temps (Richard Donner, 2003).
Mais Michael Crichton, c'est aussi un réalisateur, un producteur et un scénariste pour le cinéma. Ainsi, sa carrière cinématographique débute à la lisière des années 1970 via un téléfilm, Pursuit (1972), par ailleurs inédit en France.

Michael Crichton enchaîne alors avec plusieurs longs-métrages notables et notoires, entre autres Morts Suspectes (1978), La Grande Attaque du Train d'Or (1979), Looker (1981) et Runaway - L'Evadé du Futur (1983). Parmi ses thèmes de prédilection, on retrouve cette ferveur pour la technologie de masse, le consumérisme ad nauseam, une société alanguie par les progrès scientifiques, ainsi que ce complexe d'Icare. A travers de nouvelles découvertes, l'homme cherche à atteindre le divin et à jouer au Supérieur hiératique via les thèmes du clonage et de la robotisation.
Evidemment, Mondwest, réalisé en 1973, ne fait pas exception. L'air de rien, cette pellicule science-fictionnelle va influencer plusieurs générations de films et de cinéastes, notamment Terminator (James Cameron, 1984) et Robocop (Paul Verhoeven, 1987).

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En l'occurrence, les androïdes de Mondwest sont les dignes épigones de Maria, la femme robotique et dégingandée de Metropolis (Fritz Lang, 1927). Thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. Si Mondwest s'est octroyé le statut de film culte avec les années, il reste néanmoins confiné dans un certain anonymat. Objectivement, le long-métrage ne soutient pas la comparaison avec des productions beaucoup plus modernes et dispendieuses. En outre, cette oeuvre science-fictionnelle, par ailleurs teintée de western, est surtout connue des cinéphiles avisés.
Présenté en compétition dans divers festivals, Mondwest essuie un camouflet mais obtient un certain succès aux Etats-Unis. Sans doute trop iconoclaste, le film préfigure, plusieurs décennies à l'avance, un monde humain bientôt régenté par le diktat de l'intelligence artificielle.

Une thématique que reprendra, bien des années plus tard, Steven Spielberg avec le bien nommé A.I. Intelligence Artificielle (2001). Ensuite, comment ne pas citer Blade Runner (Ridley Scott, 1982), un autre parangon de la science-fiction ? Le même Steven Spielberg s'inspirera à son tour du scénario de Mondwest pour le permuter en Jurassic Park, à la seule différence que ce seront des dinosaures qui viennent tarabuster des touristes dans un parc d'attractions.
Mondwest s'inscrit également dans une époque culturelle, politique, sociologique et sexuelle en plein chambardement. Le film se présente donc comme une parabole, voire même une hyperbole, de ce que l'Amérique hédoniste tendrait à devenir sous le poids de l'eudémonisme, à savoir cette curieuse juxtaposition entre l'être humain et la machine.

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En l'occurrence, difficile de différencier les deux, surtout lorsque l'androïde revêt à la fois la peau, le caractère, l'intelligence et la conscience humaine. Autrement dit, pendant que la machine s'humanise, l'homme s'abêtit et se déshumanise. C'était déjà la thématique prédominante de Metropolis. Toujours la même antienne... La distribution de Mondwest se compose de Yul Brynner, James Brolin, Richard Benjamin, Dick Van Patten, Anne Randall, Majel Barrett et Terry Wilson.
Attention, SPOILERS ! (1) 
En l'an 1983, le parc d'attractions Delos permet à ses visiteurs de se retrouver à l'époque de leur choix (romaine, médiévale ou conquête de l'Ouest), au milieu de robots presque humains. Deux hommes d'affaires, Peter Martin et John Blane, ont choisi de passer quelques jours dans le vieux Far West. 

Malgré toutes les précautions et sécurités prises dans ce parc d'attractions hyperréalistes, leur séjour ne va pas se dérouler exactement comme ils l'espéraient : peu à peu, le centre de contrôle perd tout pouvoir sur les machines (1). Bis repetita. Les robots de Mondwest ne sont, in fine, que les reliquats de Maria, l'androïde féminin de Metropolis. Ou lorsque l'intelligence artificielle se pare des attributs humains, même dans les menus détails. Indubitablement, Michael Crichton s'ébaudit de cette contiguïté, à la seule différence que ce sont les machines qui sont au service de l'homme, et non l'inverse. Mais que se passerait-il si cette intelligence artificielle prenait conscience de sa condition de servitude s'emparant, de facto, de la psyché humaine et de ses pulsions primitives ?
C'est l'essence même de Mondwest via cette polarisation sur ces instincts archaïques.

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Finalement, le parc Delos s'apparente à un immense défouloir dans lequel les participants humains peuvent massacrer et satisfaire leur soif de pouvoir en toute impunité. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si le western et les époques gréco-romaines sont privilégiés. Ces deux époques, à priori antagonistes, marquent aussi la quintessence de cette primauté antédiluvienne. Le temps d'un séjour, Peter Martin et John Blane peuvent jouer à la fois les shérifs, les criminels et les renégats sans jamais sourciller.
Mais la dialectique, pourtant sous l'égide de scientifiques aguerris, tend à s'inverser. Dans un premier temps, c'est un ophidien, pourtant sous contrôle électronique, qui vient se regimber et mordre l'un de nos vacanciers. Puis, c'est Yul Brynner, grimé en robot cowboy, qui s'insurge à son tour contre nos deux comparses d'infortune. Malgré ses quarante-cinq années au compteur, le propos de Mondwest reste d'une étonnante actualité. A force de sombrer dans l'hédonisme et le consumérisme, l'humanité finira par s'avilir jusqu'à s'atrophier. Inexorablement.
Pour l'anecdote, Mondwest se transmutera en diptyque avec Les Rescapés du Futur (Richard T. Heffron, 1976), une suite hélas beaucoup moins éloquente.

 

Note : 16/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mondwest