the strangers 2016

 

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans avec avertissement)
Année : 2016
Durée : 2h36

Synopsis : La vie d’un village de montagne est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués. L’enquête de police piétine alors qu’une épidémie de fièvre se propage et mène à la folie meurtrière les habitants de la petite communauté. Sans explication rationnelle à ce phénomène, les soupçons se portent sur un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attisant rumeurs et superstitions. 

La critique :

L'exorcisme au cinéma... Ou un genre qui va connaître son apogée avec le bien nommé L'Exorciste (William Friedkin, 1973). Au moment de sa sortie, cette oeuvre horrifique marque une rupture fatidique et rédhibitoire dans le cinéma d'épouvante. Pendant presque deux décennies, ce sont les productions de la Hammer qui caracolent en tête du cinéma d'horreur. Mais le public commence sérieusement à se lasser de toutes ses malédictions provenant d'outre-tombe. Dracula, Frankenstein, le loup-garou et la momie sont priés de retourner gentiment dans leurs sépulcres.
Que soit. Via L'Exorciste, William Friedkin réinvente et s'approprie le registre horrifique en visitant des contrées beaucoup plus nébuleuses. En outre, le mal et ses succubes se nourrissent de nos fêlures et des excoriations d'une société hédoniste et consumériste.

Et c'est ce qu'a parfaitement compris William Friedkin. A travers L'Exorciste, le cinéaste nous convie à plonger dans la solitude et la neurasthénie mentale de plusieurs personnages. Ainsi, la petite Regan, bientôt possédée par le démon, souffre de l'absence de son patriarche. Sa mère doit pourvoir ce rôle de paternel et déplore les errances récurrentes de son époux. Même remarque concernant le père Damien Karras, éploré depuis le décès brutal de sa mère.
Mais L'Exorciste, c'est aussi cette dissonance entre la science et la foi religieuse. Pour vaincre le mal, la famille de Regan optera pour les incantations divines. Le film de William Friedkin engendre et influence de nombreux avatars. Qu'ils se nomment Conjuring : les dossiers Warren (James Wan, 2013), Devil Inside (William Brent Bell, 2012), Le Dernier Exorcisme (Daniel Stamm, 2010), Le Dernier Rite (Peter Cornwell, 2009), ou encore L'Exorcisme d'Emily Rose (Scott Derrickson, 2005), toutes ces productions tenteront de reproduire, avec plus ou moins de méticulosité, l'uppercut asséné par le film de William Friedkin.

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En l'occurrence, le metteur en scène peut dormir tranquillement sur ses deux oreilles. 45 ans après la sortie de L'Exorciste, personne n'a pu contrarier l'hégémonie de cette pellicule horrifique. Personne ou presque... Car The Strangers, réalisé par Na Hong-jin en 2016, a bien l'intention d'intervertir cette dialectique. Scénariste et réalisateur sud-coréen, Na Hong-jin s'est déjà illustré par le passé via The Chaser (2008) et The Murderer (2010), deux thrillers qui ont eu l'heur de traverser leurs frontières asiatiques, et même de connaître une exploitation dans les salles occidentales.
Les deux longs-métrages se distinguent lors de divers festivals. Na Hong-jin devient alors la nouvelle égérie des festivals. Son style iconoclaste et brut de décoffrage ne tarde pas à éveiller la curiosité des cinéphiles avisés.

Evidemment, son troisième long-métrage, The Strangers, est attendu impatiemment par les thuriféraires. Le film est même sélectionné hors compétition lors du festival de Cannes en 2016. La majorité des spectateurs ressortent ébaubis de la séance. A fortiori, The Strangers serait le digne épigone de L'Exorciste, en réitérant les mêmes fulgurances visuelles, fantasmatiques et outrancières. Reste à savoir si cette oeuvre horrifique mérite de telles flagorneries.
Réponse à venir dans la chronique... La genèse de The Strangers remonte à 2010 juste après la sortie de The Murderer. A l'époque, Na Hong-jin aspire à visiter d'autres tortuosités du noble Septième Art. Plus question, pour le moment, de réaliser un thriller érubescent et/ou à consonance vindicative. Le cinéaste souhaite se tourner vers le genre horrifique.

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Qu'à cela ne tienne. Na Hong-jin est victime de cauchemars récurrents dans lesquels il serait question de "victimes et de leurs morts" (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Strangers_(film,_2016). Un sujet pour le moins spinescent. Opiniâtre, Na Hong-jin griffonne et ratiocine pendant plus de deux ans sur une ébauche de scénario. The Strangers doit se nimber d'une ambiance putride et mortifère. Le film a donc une vraie connotation douloureuse et personnelle puisque la vie de Na Hong-jin est émaillée par de nombreux décès... Corrélativement, le cinéaste souhaite aussi réfréner ses ardeurs.
The Strangers n'a donc pas pour vocation de réitérer les turpitudes et le machiavélisme de The Murderer. Lors de sa sortie, le film a "seulement" écopé d'une interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement. La distribution de The Strangers se compose de Kwak Do-won, Hwang Jeong-min, Cheon Woo-hee, Kim Hwan-hee et Jun Kunimura.

Attention, SPOILERS ! La vie d’un village de montagne est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués. L’enquête de police piétine alors qu’une épidémie de fièvre se propage et mène à la folie meurtrière les habitants de la petite communauté. Sans explication rationnelle à ce phénomène, les soupçons se portent sur un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attisant rumeurs et superstitions. L'inspecteur Jong-goo mène son enquête.
Mais bientôt, c'est sa propre fille, Hyo-jin âgée de 10 ans, qui est menacée... Premier constat, The Strangers rompt littéralement avec le didactisme ânonné par L'Exorciste et sa litanie de succédanés. Contrairement à la concurrence, The Strangers ne cloître pas une seule et unique famille dans une demeure hantée ou aux prises avec un démon particulièrement virulent.

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Cette fois-ci, l'esprit luciférien assaille et mutile toute une communauté. Pour le vaincre, les villageois devront se coaliser et s'unir. Une chimère. Bientôt, les cadavres s'entassent et c'est l'incompréhension qui domine. Dubitatif, l'inspecteur Jong-goo suspecte une sorte de troglodyte, curieusement aphonique, qui erre en solo dans sa cabane. Cet étranger semble s'adonner à des rituels méphistophéliques et serait donc le coupable tout désigné. Finalement, The Strangers, c'est un peu comme si L'Exorciste s'acoquinait avec The Wicker Man (Robin Hardy, 1973).
Bientôt, la studiosité de l'enquête est supplantée par les rumeurs, les superstitions et les galéjades. Le démon, beaucoup plus malicieux que ses hôtes d'infortune, s'ébaudit de leur ingénuité. Pis, ce dernier se joue de nos pulsions archaïques et ourdit de savants complots.

Ainsi, Na Hong-jin revisite à sa manière cette xénophobie ambiante et inhérente à chaque communauté humaine. En filigrane, c'est bien cette peur de l'étranger qui est étayée par cette pellicule terrifiante. Pour Na Hong-jin, pas question de faire monter la pression crescendo. Dès le second meurtre, le piège est posé. L'absoute est prononcée à travers un scénario malicieux et retors. Derrière des sourires angéliques et bienveillants, se tapissent sournoisement nos pulsions les plus archaïques. Le vrai mal, ce n'est pas forcément cet esprit qui frappe, sans crier gare, toute une communauté. 
Le vrai mal, c'est notre propre sournoiserie, notre propre pleutrerie et notre propre pusillanimité. Na Hong-jin opacifie son propos via plusieurs plans panoramiques via une nature primordiale. C'est d'ailleurs au coeur de cette forêt que Jong-goo et ses acolytes, le temps d'une poursuite effrénée, retrouvent leurs réflexes barbares et ancestraux. A l'instar de William Friedkin en son temps, Na Hong-jin a parfaitement cerné la quintessence du mal. Cela faisait plusieurs décennies que l'on attendait, que l'on n'osait plus y croire... Pourtant, Na Hong-jin l'a fait. 
Il a réalisé le digne épigone de L'Exorciste. Ou un vrai moment de terreur...

Note : 17/20

sparklehorse2 Alice In Oliver