Ill-Never-Die-Alone-2008-movie-Adrián-García-Bogliano-13

 

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2008
Durée : 1h26

Synopsis : Quatre jeunes filles rentrent de leur année scolaire par une route de province peu fréquentée. Pendant leur voyage, elles sont témoins d'un crime. Après avoir signalé le funeste incident à la police locale, elles deviennent à leur tour les proies d'un groupe de brutes peu enclin à la galanterie mais tout disposé à leur faire subir le même sort...  

La critique :

Toujours la même antienne. Si le rape and revenge a connu ses premiers relents de notoriété avec La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972), ce registre virulent et érubescent trouve sa genèse dans un film d'Ingmar Bergman, sobrement intitulé La Source (1960). L'histoire ? Une jeune femme candide et pudibonde est torturée, violée puis massacrée par trois individus patibulaires et loqueteux. Le supplice se déroule dans une nature primordiale et plus particulièrement à la lisière d'une rivière. Pour Ingmar Bergman, cette nature archaïque et primitive est censée réveiller nos pulsions ancestrales. Aussitôt le supplice terminé, les tortionnaires trouvent refuge dans une demeure opulente.
Ils l'ignorent encore. Mais leurs charmants samaritains ne sont autres que les parents de la blondinette qu'ils ont abominablement violentée.

En outre, la vengeance du patriarche sera terrible. Personne ne sera épargné. Consciencieux, Ingmar Bergman nimbe sa pellicule vespérale d'une tonalité mortifère et métaphysique. Opportuniste, Wes Craven reprendra peu ou prou la même trame narrative. En l'état, La Dernière Maison sur la Gauche est le remake officieux de La Source. Toujours est-il que c'est le film de Wes Craven qui déclenche les invectives, les anathèmes et les quolibets. Interdit dans plusieurs pays, cette production trash et rougeoyante devient la nouvelle égérie du rape and revenge, d'autant plus dans une Amérique déboussolée par les chambardements sociologiques, sexuels et culturels des années 1970.
La Dernière Maison sur la Gauche inspire et engendre de nombreux homologues. Parmi les références les plus notables, les thuriféraires citeront aisément Oeil pour Oeil (Meir Zarchi, 1978), Irréversible (Gaspar Noé, 2002), Crime à Froid (Bo Arne Vibenius, 1974), L'Ange de la Vengeance (Abel Ferrara, 1981), ou encore Baise-Moi (Virginie Despentes et Coralie Trinh Tih, 2000).

i-ll-never-die-alone-1

Avant tout, le rape and revenge signe à la fois la revanche et la quintessence du féminisme sur le sexe "fort", à savoir ce pénis turgescent - Phallus - et prédominant décrété, depuis des millénaires, par les civilisations gréco-romaines. La femme doit donc s'extirper du diktat d'une société dite patriarcale pour s'émanciper et clamer haut et fort sa vindicte personnelle, quitte à clouer au pilori cette fragile dichotomie entre le féminin et le masculin ; et à bousculer tous les codes moraux et sociaux inhérents à cette dialectique. Tel est l'aphorisme dogmatique et comminatoire de I'll Never Die Alone, ou No Morire Sola de son titre original, et réalisé par Adrian Garcia Bogliano en 2008.
La carrière du cinéaste ibérique remonte à la fin des années 1990 via plusieurs courts-métrages, par ailleurs inconnus dans nos contrées hexagonales.

En l'occurrence, Adrian Garcia Bogliano est surtout "connu" (enfin connu... c'est un terme à guillemeter et à minorer) pour avoir réalisé plusieurs pellicules horrifiques, notamment Cold Sweat (2010), Here Comes The Devil (2012), ainsi qu'une collaboration à ABCs of Death (2012). Selon nos informations (source : http://www.imdb.com/name/nm0305563/), I'll Never Die Alone serait donc sa toute première réalisation. Inutile de le préciser mais le casting du film est inconnu au bataillon, à moins que vous connaissiez les noms d'Andres Aramburu, Gimena Blesa, Leonardo Canga, Leonardo Cuchetti, Magdalena De Santo, Andrea Duarte, Rolf García, Marisol Tur et Victoria Witemburg ; mais j'en doute... 
Attention, SPOILERS ! (1) Quatre jeunes filles partent en voyage à bord d'une voiture d'un modèle indéterminé.

Ill-Never-Die-Alone-2008-movie-Adrián-García-Bogliano-4

Elles papotent gentiment de tout et de rien, lorsque l'une d'elle croit voir quelque chose d'étrange sur le bord de la route. Après avoir fait demi-tour, elles découvrent une autre jeune femme ensanglantée et visiblement violée, au loin elles aperçoivent un troupeau de chasseurs qui ne tardent pas à les repérer. Elles embarquent la victime dans la voiture, mais celle-ci meurt rapidement. Arrivées à Trinidad, un village paumé et oublié de Dieu, elles signalent l'incident à la police.
Malheureusement, le sergent du commissariat n'est autre que le chef de la bande responsable des exactions sur la jeune fille. 
Prises en chasse, elles se feront kidnapper, humilier, torturer, violer et pour certaines tuer. Les survivantes se vengeront avec brutalité de leurs bourreaux (1). A l'aune de cette exégèse, difficile de s'extasier devant la frugalité d'un tel synopsis.

Sur la forme comme sur le fond, I'll Never Die Alone s'apparente à un curieux maelström entre Crime à Froid, Oeil pour Oeil (deux pellicules déjà mentionnées) et Délivrance (John Boorman, 1972). Seule différence et pas des moindres, Adrian Garcia Bogliano adopte un ton quasi documentaire afin de scruter, au plus près, le quotidien de quatre jeunes femmes parties en villégiature. Hélas, leur séjour tourne rapidement au cauchemar. Tout d'abord, elles croisent par hasard une jeune femme mutilée et abandonnée sur le bord de la route. La police est alertée.
Une injure pour les braconniers du coin qui décident de kidnapper nos quatre héroïnes. Emmenées dans la forêt, elles subissent toute une série d'ignominies, de tortures, de supplices et d'impudicités. Cette séquence, pour le moins nauséeuse, s'étale aisément sur un bon quart d'heure de bobine et ne manquera pas d'effaroucher durablement les persistances rétiniennes.

photo-90750-630-0-90

Paradoxalement, c'est vraiment tout ce qu'il y a à retenir de I'll Never Die Alone. Certes, l'interprétation est plutôt correcte et sauve cette production de l'indigence intégrale. Mais pour le reste, le film d'Adrian Garcia Bogliano accumule les tares, les carences, les ellipses et les aberrations. La première et pas des moindres, l'erratisme de la mise en scène. Adrian Garcia Bogliano nous gratifie de plusieurs cadrages et de plans acérés beaucoup trop approximatifs pour ne pas agacer sur la durée.
Indiscutablement, Adrian Garcia Bogliano n'est pas Gaspar Noé et ne parvient pas à nimber sa pellicule de cette sensation malaisante (exit la scène de viols collectifs...). De surcroît, I'll Never Die Alone a toutes les peines du monde à se démarquer de la concurrence pléthorique. Dans le même genre, on lui préférera largement La Dernière Maison sur la Gauche, ainsi que ses nombreux succédanés. In fine, I'll Never Die Alone ne véhicule aucune réflexion idéologique et s'apparente, ipso facto, à une production un brin surannée, laissant une impression plutôt nauséabonde lors de son générique final.

Note : 07.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/1264-ill-never-die-alone