daddy's little girl 2012

Genre : horreur, gore, trash, drame (interdit aux - 16 ans)
Année : 2012
Durée : 1h47

Synopsis : Suite au meurtre de sa fille, dont le corps a été découvert sur une plage par la police, un père fou de douleur et assoiffé de vengeance décide de faire payer le prix fort au coupable, même si celui-ci fait éventuellement partie de sa propre famille. Pour ce faire, il se plonge dans des ouvrages consacrés à l'histoire de la torture et aménage sa cave dans le but de faire connaître à l'assassin de sa fille les pires souffrances... 

La critique :

Difficile de trouver des informations, même élusives, sur le réalisateur américain Chris Sun, si ce n'est que ce dernier est déjà l'auteur de trois longs-métrages horrifiques. A fortiori, Daddy's Little Girl, sorti en 2012, constituerait sa toute première réalisation. Viennent également s'agréger Charlie's Farm (2014) et dernièrement Boar (2017). Aujourd'hui, c'est le cas de Daddy's Little Girl qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes. Merci de ne pas confondre cette pellicule trash et horrifique avec le film quasi éponyme (Daddy's Little Girls), sorti en 2006 et réalisé par les soins de Tyler Perry.
Dans le dernier cas, il s'agit d'une comédie romantique, sirupeuse et sentimentale. A travers Daddy's Little Girl, soit le film qui nous intéresse aujourd'hui, Chris Sun s'attelle à une thématique à la fois douloureuse et spinescente puisqu'il est question ici du kidnapping, puis du meurtre d'une fillette de six ans.

Par le passé, d'autres productions tendancieuses ont abordé ce sujet térébrant. C'est par exemple le cas de Hard Candy (David Slade, 2006), Silenced (Hwang Dong-Hyuk, 2011), Megan is missing (Michael Goi, 2011), Festen (Thomas Vinterberg, 1998), Mysterious Skin (Gregg Araki, 2004), ou encore de Les Sept Jours du Talion (Podz, 2010). Bref, autant de pellicules qui ont marqué durablement les persistances rétiniennes. En l'occurrence, Daddy's Little Girl fait office de production absconse et quasi anonyme parmi ce panthéon de références.
Seule exception notable : le film semble avoir tourmenté certains thuriféraires du cinéma gore et horrifique. Pour certains adulateurs, Daddy's Little Girl supplanterait allègrement A Serbian Film (Srdjan Spasojevic, 2010) pour sa violence et son uppercut rédhibitoire. 

daddys-little-girl-2

Or, les deux films sont incomparables. Pendant que l'un traite d'un sujet tabou et difficile, l'autre se focalise sur l'état de déliquescence d'une nation (la Serbie) via la pornographie clandestine. Reste à savoir si Daddy's Little Girl est bien et bien le choc décrié par les adulateurs du cinéma trash. Réponse à venir dans la chronique... En l'occurrence, on ne relève aucun acteur notoire ni notable parmi le casting, à moins que vous connaissiez les noms de Mirko Grillini, Michael Tompson, Allira Jacques, Holly Phillips, Rebecca Plint, Brooke Chamberlain et Christian Radford ; mais j'en doute...
Attention, SPOILERS ! Suite au meurtre de sa fille, dont le corps a été découvert sur une plage par la police, un père fou de douleur et assoiffé de vengeance décide de faire payer le prix fort au coupable, même si celui-ci fait éventuellement partie de sa propre famille.

Pour ce faire, il se plonge dans des ouvrages consacrés à l'histoire de la torture et aménage sa cave dans le but de faire connaître à l'assassin de sa fille les pires souffrances... A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas songer au film Les Sept Jours du Talion (précédemment mentionné dans nos lignes), qui était déjà lui-même l'adaptation d'un roman homonyme de Patrick Sénécal. En l'état, Daddy's Little Girl se distingue par sa duplicité et son côté hébéphrénique.
Ainsi, le film de Chris Sun se divise en deux parties bien distinctes. La première section, d'une durée d'une heure environ, se polarise sur le drame. L'histoire se focalise alors sur un père de famille, Tony, et sa fillette de six ans, Georgia. Ensemble, les deux acolytes coulent des jours paisibles. 
Seul petit bémol, Tony entretient des relations tumultueuses avec Stacey, son ex-femme. 

Daddys-Little-Girl-2012-Chris-Sun-movie-1

La garde de Georgia est sujette à de nombreuses controverses. La mère débonnaire refuse catégoriquement de réparer la fenêtre de chambre défectueuse de sa fille. Un menu détail qui va néanmoins prendre une importance primordiale par la suite... Et pour cause... Puisqu'un soir, Georgia disparaît sans laisser de traces. Une fugue ? Impossible. Ce n'est pas le tempérament de Georgia qui apparaît comme une fillette sage, courtoise et disciplinée. Visiblement, le ravisseur est passé par la fenêtre compromise. Tony et Stacey sont en état d'alerte. Puis, après plusieurs heures de recherches et d'investigations, Georgia est finalement retrouvée par la police.
Extatique, Tony accourt vers la plage mais découvre déjà les agents de sécurité sur les lieux. Le corps de Georgia gît dans le sable.

Les cris d'orfraie et les stridulations du patriarche se font entendre. La dernière absoute de la fillette est recueillie dans une église endeuillée. Tony et son ex-femme sont inconsolables. Fin de la première partie. Vous l'avez donc compris. La première section de Daddy's Little Girl fonctionne à la fois comme un drame infantile et une enquête policière. De facture classique mais studieuse, ce premier segment est parfois un peu trop longuet. Rien de grave nonobstant.
Place à la seconde partie du film. Cette fois-ci, place aux inimitiés ! Chris Sun délaisse donc ce ton tragique pour se centrer sur le processus de deuil. Après six mois de neurasthénie mentale, Tony tente laborieusement de retrouver une once de béatitude. Une chimère. Mais le hasard va bouleverser son existence.

images

Alors qu'il se rend à une soirée chez son frangin (Derek), il découvre dans la maisonnée de ce dernier un journal intime. A la lecture des premières lignes, il comprend que Derek est un serial killer. Pire, c'est un pédophile qui a déjà occis plusieurs enfants par le passé. Alors que l'enquête policière se poursuit, Tony, fou de rage, kidnappe son propre frère. Ce dernier se retrouve alors dare-dare sur une table d'opération chirurgicale et à fond de cave.
Depuis plusieurs semaines, Tony a préparé et médité sa vengeance. L'homme atrabilaire a pris ses renseignements sur Internet et en particulier sur les tortures pratiquées au moment de l'Inquisition. A partir de là, bienvenue en enfer ! La seconde partie de Daddy's Little Girl s'apparente donc à un torture porn, néanmoins très éloigné de Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006).

En outre, le film se rapprocherait davantage des joyeusetés perpétrées par Stephen Biro dans American Guinea Pig : Bouquet of Guts and Gore (2014). Au programme des tristes réjouissances, on stipulera un crâne clouté par un étrange appareillage, des doigts sectionnés, un genou atrophié, des mains écrasées à coup de massue, ou encore une sodomie pratiquée à grand coup de barbelés ! C'est d'ailleurs ce qui étonne (détonne...) dans Daddy's Little Girl, à savoir cette immense césure entre la sobriété de la première partie et la virulence assénée lors la seconde partie.
Un antagonisme totalement assumé par Chris Sun. Ainsi, les séances de torture vont s'étaler sur six longues journées. A chaque nouveau jour, une révélation. A chaque nouvelle transgression, une humiliation. A chaque nouvel aveu, une punition corporelle. 

daddys-little-girl-2012-1080p-screenshot3

En filigrane, se pose la question de la justice qui doit être appliquée envers les pédophiles. Faut-il les incarcérer avec le risque qu'ils réitèrent leurs ignominies ? Faut-il les punir et les supplicier pour mettre en exergue leurs pulsions sadiques et obsessionnelles ? Faut-il les condamner à la peine de mort ? Quelle justice appliquerions-nous à ce genre de personnalité sociopathique ? Ou encore faut-il s'interroger sur notre société et sur la place accordée à notre progéniture ?
Autant de questions qui tarabustent tout au long de cette oeuvre à la fois scabreuse, choquante et répugnante. Daddy's Little Girl ne manquera pas donc de diviser suscitant, de facto, la polémique et la controverse. 
Etonnant que le film n'ait pas connu le même sort que A Serbian Film, ainsi que d'autres pellicules inconvenantes.

A contrario, Daddy's Little Girl n'est pas exempt de tout reproche. Par exemple, on notera, ici et là, quelques ellipses et incohérences. Par exemple, on pourra s'étonner qu'un criminel pédophile puisse laisser son journal intime quasiment à portée de main du père de la victime (qui plus est, son propre frère). Même remarque concernant d'autres menus détails. De surcroît, on aurait apprécié que Chris Sun étaye davantage sa pellicule d'introspections et de réflexions personnelles.
Sur ce dernier point, le cinéaste se montre plutôt pingre et se contente de déverser complaisamment dans le torture porn (surtout dans la seconde partie). 
Mais ne soyons pas trop sévère. Daddy's Little Girl n'a pas à rougir de la comparaison avec Les Sept Jours du Talion et ses nombreux avatars. Bref, plutôt une bonne surprise, surtout pour ce film sorti de nulle part.

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver