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Genre : drame
Année : 1955
Durée : 1h51

Synopsis : Jim Stark est le petit nouveau au lycée. Un jeune homme accablé de problèmes familiaux et brimé par ses camarades mais qui n'aspire qu'à se faire une place parmi ses camarades. Entraîné malgré lui dans un défi de vitesse face à Buzz, chef d'un groupe un peu rebelle, ce dernier y perdra la vie. Suite à ce drame, Jim est entraîné dans une spirale de violence.  

La critique :

Réalisateur, scénariste et producteur américain, Nicholas Ray fait partie de ces grandes figures iconiques du cinéma hollywoodien d'après-guerre. A l'époque, les premières prémices de la colère adolescente commencent à se faire ouïr. Un prélude à une colère qui s'intensifiera avec les révoltes estudiantines des années 1960. Malicieux, Nicholas Ray décide d'exploiter cette thématique, de plus en plus prégnante dans la société américaine, à travers plusieurs oeuvres cinématographiques. Ainsi, sa carrière de cinéaste débute dès la fin des années 1940 avec Les Amants de la Nuit (1949). 
Viennent également s'agréger Les Ruelles du Malheur (1949), Le Violent (1950), Born to be bad (1950), La Maison dans l'ombre (1952), Le Paradis des Mauvais Garçons (1952), Les Indomptables (1952), ou encore Johnny Guitar (1954). 

Toutes ces pellicules préfigurent déjà cette insubordination estudiantine. Une insurrection qui trouvera sa quintessence presque dix années plus tard. Impression corroborée par La Fureur de Vivre, sortie en 1955, et qui reste sans aucun doute le film le plus populaire de Nicholas Ray. En l'occurrence, cette tragédie va marquer plusieurs générations de spectateurs et de cinéastes, tout d'abord parce qu'il signe cette rupture générationnelle entre ce cercle familial appelé à péricliter et cette jeunesse atrabilaire et en dissidence. On tient déjà les premiers reliquats de cette génération hédoniste et consumériste qui va triompher entre la fin des années 1960 et l'orée des années 1970.
Le capitalisme mécanique et patriarcal va bientôt disparaître pour se transmuter en une globalisation eudémoniste et exponentielle. 

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Et c'est ce qu'a parfaitement compris Nicholas Ray à travers la figure insouciante de James Dean, acteur principal du film. La carrière cinématographique du comédien connaît son apogée avec la sortie d'A l'Est d'Eden (Elia Kazan, 1955). L'acteur se voit arroger l'étiquette de jeune rebelle et symbolise, bon gré mal gré, cette adolescente en pleine rémission. Impression accréditée par La Fureur de Vivre et Géant (George Steven, 1956). Les cinéphiles avisés connaissent parfaitement la trajectoire funeste de James Dean. Ce dernier obliquera dans la mauvaise direction et décédera dans un accident de voiture un mois seulement après le tournage du film.
Même remarque concernant Sal Mineo, dans le rôle de John "Platon" Crawford, qui sera poignardé en 1976. Natalie Wood finira noyée en 1981.

Nick Adams mourra d'une overdose médicamenteuse en 1968, et Edward Platt se suicidera à son tour vers la fin des années 1970 (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Fureur_de_vivre). Autant d'anecdotes moribondes qui vont concourir à la réputation sulfureuse du film. D'autant plus que La Fureur de Vivre s'inscrit également dans un contexte social, culturel, sociologique et international marqué par la Guerre de Corée, puis par l'essor de la Guerre Froide. La jeunesse se regimbe à la fois contre la bourgeoisie, la middle class américaine et un gouvernement américain jugé un peu trop retors et autocratique. Ainsi, dans La Fureur de Vivre, la jeunesse arbore crânement des jeans, des santiags et des chevelures gominées. Inutile alors de préciser que Rebel Without A Cause, titre original du long-métrage, s'est octroyé le statut de film culte, et même de classique du cinéma avec les années.

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Hormis les acteurs précédemment mentionnés, la distribution du film se compose également de Jim Backus, Ann Doran, Dennis Hopper, Corey Allen, Rochelle Hudson et William Hopper. Attention, SPOILERS ! Jim Stark est le petit nouveau au lycée. Un jeune homme accablé de problèmes familiaux et brimé par ses camarades mais qui n'aspire qu'à se faire une place parmi ses camarades. Entraîné malgré lui dans un défi de vitesse face à Buzz, chef d'un groupe un peu rebelle, ce dernier y perdra la vie. Suite à ce drame, Jim est entraîné dans une spirale de violence.
La Fureur de Vivre, c'est avant tout ce regard désabusé et désenchanté sur cette société en déliquescence. Dès lors, Nicholas Ray explore, avec beaucoup de sobriété et de sagacité, des thématiques telles que le passage délicat de l'adolescence à l'âge adulte.

Cette étape charnière et prééminente est marquée par les relations tumultueuses que Jim Stark (James Dean) entretient avec son père et sa mère. On remarque déjà les premiers balbutiements d'une autorité patriarcale en plein marasme. Ainsi, Jim Stark n'hésite pas à se colleter avec son paternel sous le regard hébété et courroucé de sa matriarche. De surcroît, La Fureur de Vivre a une vraie connotation oedipienne via la séquence culte de duel au couteau.
Pour affirmer bravement sa masculinité et sa virilité, il faut risquer sa propre vie. Impression attestée lors d'une saynète beaucoup plus tragique : la fameuse course de voiture (la course des dégonflés...). Une course hélas symbolique, que ce soit dans cette fiction cinématographique et même dans le fatum dramatique de plusieurs acteurs du film. 

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Il n'est donc pas surprenant que La Fureur de Vivre ait engendré et influencé de nombreux avatars, entre autres, Outsiders (Francis Ford Coppola, 1983), Rusty James (Francis Ford Coppola, 1983), ou encore Stand By Me (Rob Reiner, 1986). On comprend mieux alors pourquoi La Fureur de Vivre a contribué à ériger le mythe de James Dean auprès d'une jeunesse désillusionnée. Malgré ses 63 années au compteur, le film tient un discours universel et intemporel, celui de la résolution de sa propre enfance, de sa propre construction identitaire et de sa propre adolescence.
A aucun moment, Nicholas Ray ne s'attaque sournoisement à cette jeunesse qui se mutine, s'invective ou essuie des baisers chastes. Il ne tance même pas ce cercle parental à l'agonie. A contrario, il s'insurge contre cette incompréhension et cette scission qui se sont peu à peu immiscées entre deux générations antagonistes. Mais La Fureur de Vivre, c'est aussi cette diatribe d'une société qui a abandonné cette jeunesse et le prolétariat au nom du profit, du lucre et de l'appât du gain. Bien des années plus tard, cette jeunesse en révolte ne tentera même plus de palabrer ni de communiquer.
Elle revêtira bientôt d'autres oripeaux pour se transmuer en serial killer et en sadique obsessionnel. Tel sera, par ailleurs, l'apanage d'Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971).

Note : 18/20

sparklehorse2 Alice In Oliver