million dollar baby

 

Genre : drame
Année : 2005
Durée : 2h12

Synopsis : Rejeté depuis longtemps par sa fille, l'entraîneur Frankie Dunn s'est replié sur lui-même et vit dans un désert affectif, en évitant toute relation qui pourrait accroître sa douleur et sa culpabilité. Le jour où Maggie Fitzgerald, 31 ans, pousse la porte de son gymnase à la recherche d'un coach, elle n'amène pas seulement avec elle sa jeunesse et sa force, mais aussi une histoire jalonnée d'épreuves et une exigence, vitale et urgente : monter sur le ring, entraînée par Frankie, et enfin concrétiser le rêve d'une vie. Après avoir repoussé plusieurs fois sa demande, Frankie se laisse convaincre par l'inflexible détermination de la jeune femme. Une relation mouvementée, tour à tour stimulante et exaspérante, se noue entre eux, au fil de laquelle Maggie et l'entraîneur se découvrent une communauté d'esprit et une complicité inattendues... 

La critique :

Est-il encore nécessaire de présenter Clint Eastwood, désormais réalisateur octogénaire ? Avant d'épouser une carrière de cinéaste, l'artiste interprète essentiellement des personnages subsidiaires dans de modestes séries B. Ainsi, les thuriféraires du comédien remarqueront sa présence élusive dans La Revanche de la Créature (Jack Arnold, 1955) et dans Tarantula ! (Jack Arnold, 1955). Pour Clint Eastwood, il faudra s'accrocher, faire preuve de longanimité et patienter jusqu'à l'orée des années 1960 avant de connaître ses premiers relents de notoriété.
Après avoir tourné dans la série télévisée Rawhide (Charles Marquis Warren, 1959 - 1965), puis dans Le Jour le plus long (Ken Annakin et al., 1962), Clint Eastwood se voit offrir l'opportunité de sa carrière avec Pour Une Poignée de Dollars (Sergio Leone, 1964), un long-métrage qui marque la naissance du western spaghetti.

Dès lors, Clint Eastwood devient cet "homme sans nom", ce cowboy taciturne et solitaire qui décime et massacre les renégats dans un Far West tuméfié et gangréné par la violence. Au côté de Sergio Leone qui va bientôt devenir son mentor, Clint Eastwood s'aguerrit à la fois devant et derrière la caméra. C'est dans cette didactique qu'il réalise son tout premier film, Un Frisson dans la Nuit, en 1971. Viennent également s'agréger Josey Wales hors-la-loi (1976), Le retour de l'inspecteur Harry (1983), Pale Rider, le cavalier solitaire (1985), Impitoyable (1992), Sur la route de Madison (1995), Mystic River (2003), ou encore le diptyque formé par Mémoires de nos pères (2006) et Lettres d'Iwo Jima (2007). Au niveau des idées politiques, Clint Eastwood n'a jamais tari d'éloges pour les gouvernements formés par les Présidents Nixon et Reagan en leur temps.

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Ce qui est plutôt paradoxal surtout à l'aune d'un film tel que Million Dollar Baby, sorti en 2005. A travers cette oeuvre tragique et sportive, Clint Eastwood explore, à sa manière, une autre facette de l'Amérique, à savoir cette plèbe répudiée et ostracisée par l'Oncle Sam depuis plusieurs décennies, soit le futur électorat de Donald Trump et donc celui qui n'a pas compris ni accepté les profondes mutations d'une nation sur le déclin. Bref, autant de thématiques sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement.
A l'origine, Million Dollar Baby est l'adaptation de plusieurs nouvelles semi-autobiographiques, et en particulier de La Fille à un Million de Dollars de F.X. Toole. Après La Route de Madison, Impitoyable et Mystic River, Million Dollar Baby érige à la fois la quintessence et la virtuosité de Clint Eastwood derrière la caméra.

Par le passé, certaines critiques s'étaient montrées plutôt sceptiques quant aux réelles qualités du réalisateur. Mais depuis la sortie d'Impitoyable, chaque nouveau film de Clint Eastwood est scruté par les thuriféraires avec un oeil avisé. Impression corroborée par la sortie de Mystic River, le précédent film du cinéaste. Million Dollar Baby n'échappe pas à cette dialectique et se solde par un succès triomphal lors de sa sortie en salles. De surcroît, le long-métrage s'arroge toute une myriade de récompenses, notamment plusieurs Oscars (entre autres, celui du meilleur réalisateur et du meilleur film), ainsi que plusieurs Golden Globes. Reste à savoir si Million Dollar Baby mérite de telles flagorneries. Réponse à venir dans la chronique... Hormis Clint Eastwood, à la fois devant et derrière la caméra, la distribution du film se compose également d'Hilary Swank, Morgan Freeman, Jay Baruchel, Mike Colter, Lucia Rijker, Brian F. O'Byrne, Anthony Mackie et Margo Martindale.

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Attention, SPOILERS ! Rejeté depuis longtemps par sa fille, l'entraîneur Frankie Dunn s'est replié sur lui-même et vit dans un désert affectif, en évitant toute relation qui pourrait accroître sa douleur et sa culpabilité. Le jour où Maggie Fitzgerald, 31 ans, pousse la porte de son gymnase à la recherche d'un coach, elle n'amène pas seulement avec elle sa jeunesse et sa force, mais aussi une histoire jalonnée d'épreuves et une exigence, vitale et urgente : monter sur le ring, entraînée par Frankie, et enfin concrétiser le rêve d'une vie. Après avoir repoussé plusieurs fois sa demande, Frankie se laisse convaincre par l'inflexible détermination de la jeune femme.
Une relation mouvementée, tour à tour stimulante et exaspérante, se noue entre eux, au fil de laquelle Maggie et l'entraîneur se découvrent une communauté d'esprit et une complicité inattendues...

Par certaines accointances, le scénario de Million Dollar Baby n'est pas sans évoquer celui du tout premier Rocky (John G. Avildsen, 1976). A l'instar de Sylvester Stallone en son temps, Clint Eastwood se polarise à son tour sur cette populace qui vit dans cette cité urbaine répudiée par les élites, les médias et les édiles politiques. D'autre part, le metteur en scène se focalise aussi sur ces vieilles salles de boxe et fait parler la sueur. L'endroit tenu et régenté par Frankie Dunn (Clint Eastwood) n'est pas ce lieu clinquant et adoubé par les sponsors, les pubs et les sociétés marketing.
Un de ces élèves, promis à une carrière de champion du monde des poids lourds, lui échappe pour échoir entre les mains d'un vil manager. Telle est la loi de la boxe moderne, un noble art qui a été dévoyé par le diktat de la loi du marché.

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Sur la forme comme sur le fond, Clint Eastwood établit ce constat amer. Une rhétorique acrimonieuse déjà dressée par Sylvester Stallone à travers les aventures de Rocky Balboa. Cependant, Eastwood se distingue de son auguste homologue et réalise un film noir. L'arrivée inopinée de Maggie Fitzgerald (Hilary Swank) dans la vie de Frankie Dunn va bouleverser l'existence de cet entraîneur acariâtre. A fortiori, rien ne prédestine cette boxeuse, déjà âgée de 31 ans, à soulever les trophées et à collectionner les ceintures sur les rings de combat. Mais la jeune femme fait montre d'opiniâtreté.
Sous les instigations de Frankie et sous l'oeil borgne et désabusé d'Eddie (Morgan Freeman), Maggie s'aguerrit et allonge toutes ses adversaires dès le premier round. C'est la première partie du film. Corrélativement, Clint Eastwood se centre sur la famille de sa boxeuse pugnace.

Pour le metteur en scène, c'est l'occasion de mettre en exergue cette dichotomie entre le combat mené par Maggie et les relations houleuses qu'elle entretient avec sa matriarche. Contrairement aux apparences, Clint Eastwood n'épargne pas la populace, cette armée de réserve du capitalisme qui vit dans les ténèbres et quelque part dans les bidonvilles éculés de l'Amérique. Puis, dans sa seconde partie, Million Dollar Baby se transmute en une tragédie à la trajectoire funeste et inexpugnable.
En l'état, difficile d'en dire davantage... A travers le parcours escarpé de cette jeune boxeuse, Clint Eastwood aborde plusieurs thématiques douloureuses et spinescentes, notamment ce regard désenchanté sur cette Amérique alanguie par l'impécuniosité, la religion, la foi en soi et éventuellement pour les autres, la mansuétude, l'opiniâtreté, la famille, l'euthanasie et cette relation presque amoureuse entre un entraîneur et une boxeuse qu'il considère comme sa propre fille.
In fine, Clint Eastwood adopte, lors de sa conclusion finale, un ton fatidique et rédhibitoire. Frankie Dunn ne retournera jamais dans cette salle de boxe insalubre et poussiéreuse. A l'instar de Maggie, l'entraîneur éploré choisira de partir dans la pénombre. Voilà pour les inimitiés ! Inutile alors de préciser que Million Dollar Baby est probablement le film le plus sombre de Clint Eastwood. Car Million Dollar Baby, c'est aussi cette critique au vitriol d'une société indolente, curieusement endormie par les feux des projecteurs. Personne n'est épargné, du star-system à la middle class américaine.

Note : 17.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver