we are what we are

 

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 2013
Durée : 1h45

Synopsis : Les Parker sont connus dans le village pour leur grande discrétion. Derrière les portes closes de leur maison, le patriarche, Franck, dirige sa famille avec rigueur et fermeté. Après le décès brutal de leur mère, Iris et Rose, les deux adolescentes Parker, vont devoir s'occuper de leur jeune frère Rory. Elles se retrouvent avec de nouvelles responsabilités et n'ont d'autre choix que de s'y soumettre, sous l'autorité écrasante de leur père, déterminé à perpétuer une coutume ancestrale à tout prix. Une tempête torrentielle s'abat sur la région, les fleuves débordent. Les autorités locales commencent à découvrir des indices qui les rapprochent du terrible secret des Parker…

La critique :

Il faut se rendre sur le site IMDb (source : http://www.imdb.com/name/nm0585344/) pour trouver quelques informations élusives sur le réalisateur Jim Mickle et pour cause... Puisque le cinéaste a essentiellement (exclusivement...) oeuvré pour le cinéma horrifique et indépendant. Ainsi, la carrière cinématographique de Jim Mickle démarre à l'orée des années 2000 via un court-métrage, sobrement intitulé The Underdogs (2002). Par la suite, le metteur en scène va surtout s'illustrer à travers des films festivaliers, qui n'ont pas connu l'heur d'une exploitation dans les salles.
C'est par exemple le cas de Mulberry Street (2006), Stake Land (2010) et de Cold in July : juillet de sang (2014). Vient également s'agréger We Are What We Are, sorti en 2013, et qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes.

A l'instar des précédents longs-métrages de Jim Mickle, We Are What We Are n'a pas bénéficié d'une distribution dans les salles obscures. Lui aussi s'est distingué à travers les festivals, entre autres, à Gérardmer, à Cannes dans la sélection "Quinzaine des réalisateurs", à Deauville en compétition officielle, à Sundance hors compétition et à Sydney dans la sélection "Freak me out" (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/We_Are_What_We_Are).
Hélas, We Are What We Are repart bredouille. A contrario, il laisse plutôt une bonne impression au public ainsi qu'au jury. Certains thuriféraires du cinéma de Jim Mickle décèlent chez ce cinéaste un immense potentiel. Selon certains adulateurs, We Are What We Are serait son film le plus personnel et le plus abouti. Reste à savoir si ce métrage horrifique mérite de telles flagorneries.

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Réponse à venir dans la chronique... A l'origine, We Are What We Are est aussi le remake de Ne Nous Jugez Pas (Jorge Michel Grau, 2010), un thriller d'épouvante mexicain et qui a marqué, semble-t-il, le public de Gérardmer à l'époque. A la base, Ne Nous Jugez Pas narrait un drame familial avec ses fracas, ses tourments, la mort puis le deuil d'une mère et enfin, par la thématique, toujours spinescente, du cannibalisme. Durant les années 1980, l'anthropophagie devient le nouveau leitmotiv du cinéma trash via plusieurs pellicules trash et érubescentes.
De facto, inutile de procéder à l'exégèse de Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980), Cannibal Ferox (Umberto Lenzi, 1981), ou encore de La Secte des Cannibales (Umberto Lenzi, 1980). A leur manière, toutes ces pellicules rougeoyantes tancent et admonestent l'homme blanc et les effets délétères de la médiatisation et du colonialisme.

Puis, à partir de la fin des années 1990, cette anthropophagie sous-jacente se polarise plutôt sur un aéropage d'individus, par ailleurs parfaitement intégrés dans notre société. C'est par exemple le cas de Trouble Every Day (Claire Denis, 2001), Frontière(s) (Xavier Gens, 2007), Vorace (Antonia Bird, 1999), ou encore de Grave (Julia Ducournau, 2016). We Are What We Are s'inscrit à son tour dans cette didactique en visitant, à sa manière, les écueils et les corollaires du fanatisme religieux et communautaire. Thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement.
La distribution du film se compose de Kelly McGillis, Michael Parks, Wyatt Russell, Ambyr Childers et Julia Garner. Attention, SPOILERS ! Les Parker sont connus dans le village pour leur grande discrétion. Derrière les portes closes de leur maison, le patriarche, Franck, dirige sa famille avec rigueur et fermeté. 

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Après le décès brutal de leur mère, Iris et Rose, les deux adolescentes Parker, vont devoir s'occuper de leur jeune frère Rory. Elles se retrouvent avec de nouvelles responsabilités et n'ont d'autre choix que de s'y soumettre, sous l'autorité écrasante de leur père, déterminé à perpétuer une coutume ancestrale à tout prix. Une tempête torrentielle s'abat sur la région, les fleuves débordent. Les autorités locales commencent à découvrir des indices qui les rapprochent du terrible secret des Parker… En l'état, difficile d'affirmer si le film de Jim Mickle est supérieur (ou non) au long-métrage original.
En vérité, Jim Mickle possède de solides arguties dans sa besace et vient également renâcler du côté de Peter Weir via Pique-Nique à Hanging Rock (1975) et de Sofia Coppola avec Virgin Suicides (1999). A l'instar de ses augustes homologues, We Are What We Are se nourrit de cette aigreur familiale, ainsi que de ce climat capricieux et tempétueux qui vient s'abattre dans une demeure éculée du monde moderne.

Ainsi, la première partie du film de Jim Mickle fonctionne à la fois comme un drame familial et une enquête policière vétilleuse. Le cinéaste prend son temps pour planter le décor (des pluies torrentielles et une famille esseulée qui attise la curiosité de certains voisins et policiers un peu trop téméraires). Corrélativement, des cadavres sont retrouvés à la lisière d'une rivière. Des os de cadavres humains sont exhumés de la terre à cause des inondations récurrentes.
Et la famille Parker attire particulièrement l'attention, au grand dam du patriarche. Dès lors, Jim Mickle se centre sur les codes et les préceptes de cette famille froide, taciturne et spartiate. Quel terrible secret cache les Parker ? Ensuite, comment expliquer les nombreuses disparitions à proximité de leur demeure ? Selon le propre aveu du réalisateur, We Are What We Are s'apparente à la fois à une parabole (voire même une hyperbole) et une critique au vitriol de la religion (secte...) des Mormons.

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A fortiori, leurs us et leurs coutumes remontent à des temps immémoriaux (vers la fin du XVIIIe siècle). A sa manière, Jim Mickle revisite les pratiques ancestrales de ces âmes pieuses (sic...) qui s'adonnent à des kidnappings, à des meurtres et au cannibalisme pour respecter certaines traditions séculaires, tout en prêchant la voie divine et la bonne parole. "Tout est pardonnable aux yeux de Dieu" déclame le patriarche rustaud à ses filles et à son propre fils. Depuis la mort de leur mère, Iris et Rose Parker sont chargées de parfaire l'éducation anthropophagique de leur petit frère. 
En l'état, difficile d'en dire davantage. Après une première partie un brin fastidieuse et longuette, le film accélère enfin les inimitiés lors d'une dernière demi-heure en apothéose. Toutefois, exit ses qualités de metteur en scène et de photographe aguerri, Jim Mickle fait montre de frilosité. On aurait apprécié que le cinéaste nous transporte vers d'autres tortuosités. En l'état, We Are What We Are est beaucoup trop policé pour convaincre sur la durée (une heure et 45 minutes de bobine tout de même). La faute incombe à cette volonté farouche de s'attarder longuement sur cette ambiance putride et mortifère. A coup sûr, We Are What We Are séduira avant tout le public festivalier par sa nonchalance et ce refus de céder à tout compromis. A contrario, il risque de désarçonner à la fois les néophytes et les amateurs de sensations sanguinolentes. 

Note : 13/20

sparklehorse2 Alice In Oliver