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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 16 ans)
Année : 2012
Durée : 1h45

Synopsis : Redd, un patron d’une multinationale est accusé de plusieurs meurtres et kidnappe plusieurs employés pour les questionner sur son arrestation.

La critique :

Le nom de Daniel Krige ne doit pas vous évoquer grand-chose et pour cause... puisque le scénariste, producteur et réalisateur australien a connu ses premiers relents de notoriété via une série télévisée, The Agent, par ailleurs inédite en France. Avant cette série, Daniel Krige s'est notamment illustré via le cinéma indépendant en réalisant West (2007) et Catching Milat (2015). Le dernier film relate, à priori, la véritable histoire d'un célèbre serial killer australien.
Vient également s'agréger Redd Inc, soit Inhuman Ressources de son titre original, et sorti en 2012. Si le film n'a pas eu l'opportunité d'être distribué dans nos contrées hexagonales, il est néanmoins sorti en DTV (direct-to-video) et est disponible en streaming. Le cinéma s'est toujours intéressé au petit monde de l'entreprise, souvent à travers l'angle de la comédie.

Ainsi, on trouve les premiers balbutiements de cette causticité à travers Les Temps Modernes (Charlie Chaplin, 1936). A l'époque, Charlie Chaplin tançait et abhorrait un capitalisme mécanique, avilissant et patriarcal. Mais depuis, le capitalisme s'est transmuté en une compétition féroce pour la performance. Ainsi, le job strain, le harcèlement et les risques psychosociaux sont hélas les nouveaux maux du monde du travail. En outre, le genre horrifique n'a pas vraiment exploité cette thématique, il est vrai spinescente. Une des rares exceptions notables se nomment The Belko Experiment (Greg McLean, 2016), une production trash et érubescente qui se focalisaient sur les roueries du capitalisme et d'une globalisation exponentielle. Ce système mercantile exalte la concurrence, la compétition ad nauseam et exhorte les employés à se livrer une guerre impitoyable au nom de la compétitivité.

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Tel est par ailleurs le leitmotiv de Redd Inc. Inutile de mentionner le casting du film, à moins que vous connaissiez les noms de Nicholas Hope, Kelly Paterniti, Sam Reid et Hayley McElhinney ; mais j'en doute... Seul le nom de Tom Savini fait figure d'exception. En outre, l'orfèvre des maquillages et des effets spéciaux vient diligenter sa dextérité et son érudition. Tom Savini effectue également une apparition élusive, mais néanmoins remarquée. Cet artisan du cinéma bis a déjà officié à maintes reprises pour le cinéma horrifique, notamment pour George A. Romero (Martin en 1977, Zombie en 1978 et Le Jour des Morts-Vivants en 1986), pour Tobe Hooper (Massacre à la Tronçonneuse 2 en 1986), ou encore pour Dario Argento (Trauma en 1993).
Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse de Redd Inc ! Attention, SPOILERS !

(1) Un Patron, Thomas Reddmann, est accusé d’un horrible meurtre à la hache. Malgré des preuves accablantes, il clame son innocence. Emprisonné dans un établissement psychiatrique aux méthodes controversées, il s’échappe et kidnappe six employés, tous liés de près au procès qui lui a couté sa liberté. Commence alors pour les malheureux captifs une descente aux enfers orchestrée par un directeur des ressources humaines (DRH) aux méthodes sadiques et perverses (1). A l'aune de ce synopsis, Redd Inc semble revêtir les oripeaux d'un nouveau torture porn. 
Toutefois, si le film ne lésine pas sur les saynètes gore et rougeoyantes, il se démarque promptement de Saw (James Wan, 2004), Hostel (Eli Roth, 2006) et de leurs nombreux avatars. Ainsi, Redd Inc oscille entre différents registres : le film d'horreur sociologique se polarisant plus précisément sur les écueils et les corollaires de l'entreprise moderne, le thriller, le huis clos et une enquête policière alambiquée.

A fortiori, le film de Daniel Krige possède de solides arguties dans sa besace. Dès son préambule, le long-métrage a le mérite de présenter les inimitiés. Six personnes sont kidnappées puis claustrées dans un bureau vétuste. Sous l'égide de Thomas Reddmann qui scande son innocence pour un crime qu'il n'a pas commis, ces derniers sont chargés de débusquer le vrai coupable. Et gare à ceux qui auraient le malheur de se regimber contre les injonctions de ce leader autocratique !
A chaque bourde, le patron, muni d'un crochet, appose une cicatrice sur le front de ses employés. Le cinquième stigmate est synonyme d'exécution et d'une mort assurée. 
Au programme des tristes réjouissances, on stipulera une décapitation, une énucléation, ainsi qu'une amputation des membres inférieurs. 

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Derrière ce spectacle gore, putride et mortifère, se tapit une critique au vitriol des méthodes despotiques pratiquées par certaines entreprises au nom de la concurrence, de la performance et de la compétition. Toujours la même antienne... Seul bémol et pas des moindres, Redd Inc souffre d'une certaine récursivité dans ses séquences. De surcroît, le film de Daniel Krige a toutes les peines du monde à exploiter son serial killer de service déguisé en manager potentat.
Dommage car Nicholas Hope, dans le rôle de ce patron sociopathique, livre une prestation dantesque et pharaonique. Rien à redire non plus sur les comédiens subsidiaires qui remplissent largement leur office. Mention spéciale à Kelly Paternity, aussi aguicheuse que vénéneuse. Le véritable souci provient du scénario, assez nébuleux, il faut bien le dire. 
En vérité, Daniel Krige ne parvient jamais - ou presque - à transcender son récit. A travers cette histoire de vengeance, de complots et de règlements de compte qui consiste à démasquer le vrai coupable, Daniel Krige s'évertue à verser dans le trash. De facto, le cinéaste omet d'ânonner toute critique sociale et professionnelle du monde entrepreneurial. In fine, ce curieux maelström, qui hésite entre le thriller, le huis clos et le film gore anxiogène, se révèle curieusement obsolète, laissant une impression d'amertume lors de son générique final.
Les amateurs de sensations fortes se consoleront peut-être via ce torture porn iconoclaste. En l'état, Redd Inc souffre inévitablement de la comparaison avec The Belko Experiment (déjà mentionné dans nos lignes), une pellicule beaucoup plus éloquente dans sa démonstration de dissolution du monde professionnel.

Note : 10.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.onrembobine.fr/evenements/letrange-festival-2012-dossiers/critique-redd-inc/