phénomènes 2008

Genre : science-fiction, catastrophe 
Année : 2008
Durée : 1h31

Synopsis : Surgi de nulle part, le phénomène frappe sans discernement. Il n'y a aucun signe avant-coureur. En quelques minutes, des dizaines, des centaines de gens meurent dans des circonstances étranges, terrifiantes, totalement incompréhensibles. Qu'est-ce qui provoque ce bouleversement radical et soudain du comportement humain ? Est-ce une nouvelle forme d'attaque terroriste, une expérience qui a mal tourné, une arme toxique diabolique, un virus qui a échappé à tout contrôle ? Et comment cette menace se propage-t-elle ? Par l'air, par l'eau, ou autrement ? Pour Elliot Moore, professeur de sciences dans un lycée de Philadelphie, ce qui compte est d'abord d'échapper à ce phénomène aussi mystérieux que mortel. Avec sa femme, Alma, ils fuient en compagnie d'un ami, professeur de mathématiques, et de sa fille de huit ans. Très vite, il devient évident que personne n'est plus en sécurité nulle part. Il n'y a aucun moyen d'échapper à ce tueur invisible et implacable. Pour avoir une mince chance de survivre, Elliot et les siens doivent à tout prix comprendre la véritable nature du phénomène, et découvrir ce qui a déchaîné cette force qui menace l'avenir même de l'espèce humaine... 

La critique :

Producteur, scénariste et réalisateur américain d'origine indienne, M. Night Shyamalan n'a jamais caché son extatisme pour le cinéma d'Alfred Hitchcock. La carrière cinématographique de Shyamalan démarre à l'orée des années 1990 avec Praying with an angel (1992), un drame autobiographique qui passe totalement inaperçu lors de sa distribution en salles. Pourtant, certaines critiques avisées remarquent déjà le style affûté du cinéaste. Contre toute attente, Praying with an angel est élu parmi les meilleurs films de l'année 1992, sans néanmoins susciter l'enthousiasme du grand public.
Que soit. Il en faut davantage pour réfréner l'opiniâtreté et les ardeurs du metteur en scène. Six ans plus tard, M. Night Shyamalan enchaîne avec Eveil à la vie (1998). Derechef, le long-métrage est plébiscité par la presse spécialisée mais essuie, à l'inverse, un camouflet.

Toutefois, sa troisième réalisation, sobrement intitulée Sixième Sens (1999), va propulser le metteur en scène vers les sommets de la notoriété. Surtout, ce film fantastique permet à Bruce Willis de sortir de ses rôles habituels de flic pugnace et invulnérable. D'autre part, Sixième Sens dénote par son twist final. Contrairement aux précédents métrages de Shyamalan, Sixième Sens se solde par un succès pharaonique au box-office américain et dans le monde entier.
Pour la presse cinéma, ce film marque la quintessence d'un nouveau parangon du Septième Art. M. Night Shyamalan est alors considéré comme le digne épigone d'Alfred Hitchcock. Un dithyrambe corroboré par Incassable (2000) et un duel (Bruce Willis et Samuel L. Jackson) au sommet. Avec ce quatrième long-métrage, Shyamalan assoit durablement son hégémonie sur la planète Hollywood.

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Tout du moins, c'est ce que croit ingénument le cinéaste. Hélas, dès son cinquième essai, Signes (2002), le réalisateur montre déjà de sérieux signes de fébrilité. Même remarque concernant Le Village. A l'instar de Sixième Sens et d'Incassable, ces deux nouveaux films reposent avant tout sur leur révélation finale. Malgré de jolis scores au box-office, les deux productions ne déchaînent plus les ferveurs du public. Corrélativement, M. Night Shyamalan semble lui aussi aspirer par sa propre cuistrerie. Non, le cinéaste n'est pas appelé à marcher dans le sillage et le continuum du maître du suspense. N'est pas Alfred Hitchcock qui veut. Impression attestée par ses longs-métrages suivants.
La Jeune Fille de l'Eau (2006), Le Dernier Maître de l'Air (2010) et After Earth (2013) se chargent d'inhumer durablement le cinéaste dans les affres des oubliettes.

Vient également s'ajouter Phénomènes, réalisé en 2008. M. Night Shyamalan griffonne le scénario du film lors d'un cours séjour dans le New Jersey. Alors que le réalisateur admire les paysages flamboyants d'une forêt, ce dernier se demande ce qui pourrait se passer si Dame Nature se regimbait subrepticement contre l'espèce humaine. C'est alors que germe cette idée saugrenue d'une substance qui serait à la fois sécrétée et véhiculée par les plantes et les arbres. Cette substance invisible et aéroportée massacrerait un par un tous les habitants de notre vaste planète.
M. Night Shyamalan s'échine dans cette direction spinescente. Le film a donc des velléités écologiques, thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. En outre, Phénomènes accrédite la thèse d'un réalisateur sérieusement harassé. 

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Après La Jeune Fille de l'Eau, le film se solde de nouveau par un bide commercial. Nouvelle déconvenue pour M. Night Shyamalan. De surcroît, les critiques se déchaînent et admonestent une production ingénue et funambulesque. Phénomènes est-il réellement ce "naveton" avarié et décrié par la presse spécialisée ? Réponse à venir dans la chronique... La distribution du film se compose de Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, John Leguizamo, Jeremy Strong, Frank Collison, Ashlyn Sanchez et Spencer Breslin. Attention, SPOILERS ! Surgi de nulle part, le phénomène frappe sans discernement.
Il n'y a aucun signe avant-coureur. En quelques minutes, des dizaines, des centaines de gens meurent dans des circonstances étranges, terrifiantes, totalement incompréhensibles. Qu'est-ce qui provoque ce bouleversement radical et soudain du comportement humain ?

Est-ce une nouvelle forme d'attaque terroriste, une expérience qui a mal tourné, une arme toxique diabolique, un virus qui a échappé à tout contrôle ? 
Et comment cette menace se propage-t-elle ? Par l'air, par l'eau, ou autrement ? Pour Elliot Moore, professeur de sciences dans un lycée de Philadelphie, ce qui compte est d'abord d'échapper à ce phénomène aussi mystérieux que mortel. Avec sa femme, Alma, ils fuient en compagnie d'un ami, professeur de mathématiques, et de sa fille de huit ans. Très vite, il devient évident que personne n'est plus en sécurité nulle part.
Il n'y a aucun moyen d'échapper à ce tueur invisible et implacable. Pour avoir une mince chance de survivre, Elliot et les siens doivent à tout prix comprendre la véritable nature du phénomène, et découvrir ce qui a déchaîné cette force qui menace l'avenir même de l'espèce humaine... 

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A l'aune de ce film et de cette exégèse, une question vient immédiatement à l'esprit : Où est passé ce réalisateur orfèvre et médiumnique qui a écrit et signé Sixième Sens et Incassable ? Seule petite consolation, et elle est mince, Phénomènes est supérieur à La Jeune Fille de l'Eau, ce qui n'est pas trop difficile non plus. Moins lymphatique que son triste devancier, Phénomènes joue la carte de l'action et du mystère dès son préambule.
Pour une raison inexpliquée, des personnes se suicident sous le regard béat de témoins oculaires. Dès lors, M. Night Shyamalan exploite plusieurs pistes. Dans un premier temps, ce sont de vils terroristes qui sont réprimés, accusés et pointés du doigt. Mais le phénomène est plus complexe, semble claironner péremptoirement un M. Night Shyamalan dogmatique.

Après plusieurs saynètes de meurtres, de collisions, de déflagrations et d'accidents domestiques ad nauseam, le cinéaste émet l'hypothèse d'une dissidence décrétée par Dame Nature. Sans fard, les arbres, la forêt, les plantes et le vent ont sécrété, véhiculé puis transporté une substance invisible, susceptible d'altérer nos comportements, et plus particulièrement notre fameux instinct de survie. L'homme et son comportement despotique à l'égard de la couche d'ozone et de notre immense planète (entre autres...) sont donc menacés de néantisation. Hagard, Mark Wahlberg, affublé du costume d'un scientifique (mais enfin, qui peut croire à cette supercherie ?), découvre que le susdit phénomène ne frappe pas les groupes humains amoindris. Dès lors, l'acteur, par ailleurs flanqué d'une bonne femme puis d'une fillette qui ne servent à rien, passe son temps à se hâter, à courir puis à s'esbigner.

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Pis, M. Night Shyamalan, bien conscient de la vacuité et de l'inanité de son concept, rajoute doctement quelques séquences truculentes. On assiste alors médusé à un Mark Wahlberg palabrant avec une plante en plastique. Véridique ! Le jeune savant sera-t-il épargné parce qu'il fait preuve de courtoisie et de mansuétude à l'égard de Dame Nature ? En l'état, difficile d'adhérer à ce script profondément idiot et amphigourique. D'où la sensation d'assister à une pellicule inerte et vidée de toute substance.
Cette révolte écologique fait évidemment écho à un nouveau diktat imposé et régenté par un certain lobbying. M. Night Shyamalan n'a visiblement pas renâclé un tel subterfuge et réalise une ineptie confirmant son état de décrépitude artistique. Inutile alors de préciser que l'on n'attend plus rien ou presque de ce réalisateur du passé. 
Cet état de résipiscence durera encore dix longues années, avant le soubresaut surprenant de Split en 2017.

Côte : Navet

sparklehorse2 Alice In Oliver