untoldstory

Genre : horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)
Année : 1993
Durée : 1h36

Synopsis : Après la découverte de restes humains sur une plage de Macau, Wong Chi Hang, le nouveau propriétaire d'un restaurant et tricheur invétéré aux jeux d'argent, est suspecté par la police d'avoir massacré son ancien patron et toute sa famille. Ce qu'ils ne savent pas encore, c'est que Wong en plus d'être un dangereux psychopathe est aussi un cannibale qui prend plaisir à servir des restes humains à ses clients. Redd, un patron d’une multinationale est accusé de plusieurs meurtres et kidnappe plusieurs employés pour les questionner sur son arrestation.

La critique :

"Prise au sens large, la Catégorie III Hongkongaise ou "interdiction aux moins de 18 ans" créée en 1988 correspond davantage culturellement parlant à notre "interdiction aux moins de 16 ans" et réunit des films d'horizons très variés jugés extrêmes, offensant ou trop explicites " (Source : http://www.cinemasie.com/fr/fiche/dossier/249/). Pour trouver les premiers balbutiements de cette catégorie érubescente, il faut remonter aux années 1970, soit au moment de l'apogée de la Shaw Brothers. La firme asiatique assoit notamment sa notoriété via des productions d'arts martiaux mélangeant allègrement les pugilats, le kung-fu, la comédie, le fantastique mais aussi des saynètes particulièrement rougeoyantes. Indubitablement, les films de la Shaw Brothers ont une influence considérable sur l'essor de la Catégorie III à Hong Kong.

La violence, la corruption policière, l'érotisme hard, le sadomasochisme, l'anthropophagie, une société asiatique en déliquescence, les viols et autres déviances sexuelles sont les principaux leitmotivs de la Catégorie III. Plusieurs de ces films vont même parvenir à s'expatrier en dehors de leurs frontières. C'est par exemple le cas de L'enfer des armes (Tsui Hark, 1980), School on fire (Ringo Lam et al., 1988), Full Contact (Ringo Lam, 1992), Run and Kill (Billy Tang, 1993), Riki-Oh : The Story of Ricky (Lam Nai-Choi, 1991), ou encore de Camp 731 - Men Behind The Sun (Mou Tun-fei, 1988). Vient également s'agréger The Untold Story, réalisé par Herman Yau en 1993.
A juste titre, The Untold Story est souvent considéré comme le ou l'un des parangons de la Catégorie III, une gloriole qu'il partage avec son propre remake, Ebola Syndrome (Herman Yau, 1996).

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Autant l'annoncer de suite. Les âmes pieuses, sensibles et pudibondes sont priées de quitter gentiment leur siège et de retourner prestement dans leurs pénates. En l'occurrence, The Untold Story n'a pas à rougir de la comparaison avec les films les plus extrêmes du moment. Tout du moins, il n'a pas grand-chose à envier à A Serbian Film (Srdjan Spasojevic, 2010) et autres American Guinea Pig. D'ailleurs, il est fort probable que le long-métrage d'Herman Yau ait influencé toutes ces productions harangueuses et véhémentes. Souvent à tort, on euphémise l'impact de cette oeuvre trash âpre et virulente sur le cinéma trash et horrifique actuel. En outre, The Untold Story outrepasse arrogamment n'importe quel volet de la saga Guinea Pig. Sur la forme, le film d'Herman Yau est une sorte de combinaison de toutes les déviances possibles et imaginables.

Mais pas seulement. Inspiré d'un fait réel, The Untold Story est souvent perçu comme une critique au vitriol de la brutalité policière. En l'état, difficile de voir la moindre diatribe sociale, idéologique et sociétale à travers cette oeuvre nihiliste et crépusculaire. Sur le fond, le long-métrage s'apparente davantage à une vision sadique et barbare de l'être humain dans toute sa fourberie et sa turpitude. Vous l'avez donc compris. The Untold Story est une oeuvre profondément misanthrope. 
Thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. De surcroît, par ses exactions, son âcreté et son outrecuidance, The Untold Story n'a pas usurpé son interdiction aux moins de 18 ans. La distribution du film se compose de Anthony Wong, Danny Lee, Emily Kwan, Julie Lee et Parkman Wong. Attention, SPOILERS !

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(1) Wong, un petit escroc spécialiste du mah-jong, s'exile à Macao après avoir assassiné un homme. Il devient serveur dans un restaurant et reprend ses activités d'escroc notamment en trichant et forçant son patron lui céder en gage son enseigne. À la suite de son refus obstiné, Wong, pris de folie, massacre un à un sa femme et ses enfants. Il décide ensuite de les dépecer et les cuisiner sous forme de brioches qu'il sert ensuite aux clients. Depuis quelques mois, personne n'a de nouvelles du patron et de sa famille. Par hasard, des restes appartenant à l'un des membres de la famille sont retrouvés par les autorités. L'officier Lee et son équipe sont sur l'affaire... Personne n'est épargné dans The Untold Story.
Qu'ils soient des hommes, des femmes, des policiers, des serial killers, des personnes âgées ou encore des enfants, tous sont impitoyablement massacrés par Wong, un escroc qui se transforme rapidement en un tortionnaire décérébré.

En résumé, personne ne trouve grâce aux yeux d'Herman Yau. Entre les flics revêches, corrompus et brutaux, un tueur en série qui dérive vers l'urophilie, la scatologie et le cannibalisme et des victimes d'infortune, tous ces personnages semblent refléter une société hongkongaise en pleine décrépitude. Misanthrope, Herman Yau accentue les inimitiés lors du séjour carcéral de Wong. Mais The Untold Story atteint réellement son paroxysme lorsqu'il relate le massacre d'une famille, du patriarche à la maternelle, jusqu'aux enfants pleurnichards.
Cette séquence, d'une violence inouïe, marque durablement les persistances rétiniennes et continue à nous tarabuster longtemps après le générique final. En outre, le portrait des policiers mérite qu'on s'y attarde quelque peu.  

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Si ces derniers n'étaient pas scellés par un insigne et l'ordre juridique, ils auraient probablement suivi le même cheminement sociopathique. Par ailleurs, leurs diverses forfaitures (entre autres, les flics s'acoquinent et s'accointent avec le milieu de la prostitution) dépassent le plus souvent le cadre de leurs prérogatives. Herman Yau n'éprouve donc aucune mansuétude, que ce soit à l'égard de son forcené anthropophage ou envers les forces policières.
Ainsi, pour faire avouer les crimes abominables de Wong, la police n'hésite pas brutaliser le psychopathe, à utiliser la torture, ainsi que divers sévices corporels. Au niveau de la mise en scène, Herman Yau ne se s'attarde pas sur les inimitiés. L'action, le lieu et les protagonistes sont rapidement plantés pour laisser place aux belligérances.

Certes, le ton se veut résolument outrancier et même prosaïque. Pour Herman Yau, l'être humain n'a pas beaucoup évolué depuis l'homme de Néandertal. Ce dernier est toujours affublé de ses pulsions ancestrales et archaïques. C'est sûrement pour cette raison que The Untold Story côtoie ponctuellement les affres de l'impudicité. Sur ce dernier point, le cinéaste hongkongais ne nous épargne aucun détail, se focalisant sur la viande humaine savamment tortorée par des policiers. Les mets sapides (sic...) sont cuisinés puis généreusement prodigués par Wong.
Dans le rôle de cette énergumène, Anthony Wong livre une prestation aussi bluffante que terrifiante. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard, l'acteur reprendra son rôle de sociopathe dans Ebola Syndrome. Pour le spectateur hagard et médusé, il lui faudra supporter une certaine complaisance, ainsi qu'une véritable jubilation pour le gore et la surenchère. Indiscutablement, The Untold Story ne fait pas dans la dentelle ni dans la demi-mesure. Le long-métrage est donc à réserver à un public particulièrement averti.

 

Note : 15.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver