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Genre : Drame, action, thriller (interdit aux - 16 ans)

Année : 1990

Durée : 2h16

 

Synopsis :

L'histoire d'un trio d'amis, Ben, Paul et Frank, qui de leur jeunesse insouciante a Hong Kong en 1967 a la fin de la guerre du Vietnam, deviendront les pires ennemis.

 

La critique :

Après vous avoir fait voyager avec ma dernière chronique au Mexique, permettez-moi de vous amener cette fois-ci au sein de la grande Chine, ou "L'Empire du Milieu" selon ses habitants. Un petit voyage à la rencontre de l'un des réalisateurs hongkongais les plus connus, en la personne de John Woo qui a su se targuer d'une flatteuse réputation dans le monde du cinéma avec des titres tels que The Killer, A Toute Epreuve et le célèbre Le Syndicat du Crime avec sa suite. Une filmographie, de fait, divisée en 2 parties vu qu'il déménagera de la Chine aux USA pour continuer sa carrière.
Si les fans avisés du cinéaste ont vu d'un très mauvais oeil cela, on ne peut pas leur donner tort. Oui, il y a eu le génial Volte/Face mais à côté, il y a quand même eu de sérieux fiasco comme Windtalkers ou Paycheck. Une carrière en dent de scie comme vous avez sans doute pu le constater avant de lire ce petit billet.

Je vous rassure, on restera chez nos petits chinois dans cette chronique qui portera sur Une Balle dans la Tête, soit l'un des derniers avant la migration de Woo côté occidental. Un titre pour le moins détonant en ce qui concerne l'un des films majeurs de la carrière du réalisateur. Au moment de sa sortie, les critiques encensent les qualités de ce long-métrage, ce qui n'empêchera pas le film d'être peu rentable au moment de sa sortie. Une rentabilité qui s'explique, en partie, par l'allusion au massacre de Tian'anmen. Pour la petite anecdote, il était prévu que John Woo et Tsui Hark travaillent sur le projet mais à la suite d'un différend, ils travailleront chacun de leur côté sur le projet.
Plus ou moins rapidement, le film verra sa réputation grandir chez nous, en même temps qu'il se verra frapper d'une interdiction aux moins de 16 ans. Souvent considéré comme le film le plus violent de John Woo, il est aussi considéré comme l'une de ses oeuvres les plus abouties. Bref, une oeuvre très importante qui se doit de faire l'objet d'une chronique.

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ATTENTION SPOILERS : À Hong Kong en 1967, Paul, Ben et Frank sont amis d'enfance. Le jour du mariage de Ben, Frank est agressé par une bande de malfrats. Pour venger son ami, Ben attaque le chef de cette bande et le tue accidentellement. Forcés de fuir Hong Kong, ils partent au Viêt Nam travailler pour un parrain local. Ils y rencontrent Luke, un tueur eurasien travaillant pour ce dernier, qui leur propose d'organiser le casse d'une réserve d'or que possède son patron. C'est ainsi que débute la descente aux enfers des trois amis plongés dans les horreurs du crime et de la guerre du Viêt Nam.

Autrement dit, n'espérez pas rigoler si vous décidez d'insérer le DVD dans votre lecteur (ou d'ouvrir VLC pour les plus filous d'entre vous). Ainsi, John Woo a des ambitions et décide de traiter du sujet délicat du bourbier du Viêt Nam que nous ne présentons plus par sa sauvagerie et les séquelles toujours d'actualité grâce à cette charmante invention du nom d'Agent Orange made in Monsanto, heureux créateur du Round Up. Un bourbier qui servira de toile de fond à un drame social symbolisé par la désintégration d'un trio de meilleurs amis face à l'adversité. Je vais être franc avec vous et je pense que certains n'apprécieront sans doute pas la chronique, en partie par le fait qu'Une Balle dans la Tête est sans conteste l'un des films les plus difficiles qu'il m'ait été donné à appréhender.
Paradoxalement, c'est aussi l'un des films qui m'aura le plus surpris alors que je partais au début avec un très mauvais à priori. Pourquoi me direz-vous ? Tout simplement car nous pouvons diviser le film en deux parties bien distinctes, l'une étant drastiquement plus courte que l'autre et c'est cette première partie en question qui ne mettait pas en confiance mais qui, merde alors, parvenait à créer son petit charme. 

Une première partie qui commence au sein des quartiers défavorisés de Hong Kong où vivent 3 meilleurs amis face à l'adversité d'une vie pas évidente. Alors que certains rêvent de richesse, d'autres se font maltraiter par leurs parents, le tout sous fond de guerre de clans. John Woo crée ce constat d'une Chine fracturée et meurtrie par la présence de célèbres parasites qui sont quasiment impliqués dans toutes les affaires internationales. Qui a dit USA ? A la pauvreté se mêle les revendications sociales et l'appel à un monde libre où la guerre serait bannie du paysage mondial. Revendications systématiquement tuées dans l'oeuf par les forces de l'ordre à la solde d'un gouvernement peu éthique. En soi, c'est très bien et l'analyse sociologique ne peut que séduire mais il y a un hic.
Un foutu hic qui parvient autant à charmer qu'à exaspérer et qui réside dans la tonalité "bisounours" entre ces trois amis. Des amis d'une naïveté hilarante, surjouant leur entrain et leur bonheur avec des répliques de série B, du style "on sera toujours les meilleurs amis du monde". Vous voyez un peu le genre ? Partant de ce postulat, deux choses se passeront : soit vous allez trouver le film risible et vite vous empresser de regarder un autre film, soit vous allez persévérer et continuer le visionnage.

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Et, entre nous, je me permettrai de vous conseiller de passer outre l'atmosphère puérile de série B planant un peu trop au début et de vous prendre au jeu. Car ce qui pourrait résonner en notre fort intérieur comme une idiote pellicule se révèle être une véritable plongée au coeur de la folie humaine. L'enfer psychologique dans toute son essence ! Une Balle dans la Tête a un style inattendu et parvient à retourner comme une crêpe ceux qui s'attendaient à leur cortège de petits oursons, de paillettes, de bonnes intentions et de manichéisme à se pisser dessus. Après le meurtre accidentel d'un chef de gang, le trio mettra les voiles à destination du Viêt Nam, alors en pleine guerre, tout en voulant s'extirper du milieu précaire dans lequel ils ont toujours vécu. En Une Balle dans la Tête résonne comme un parfum malodorant de nihilisme à filer le bourdon à un croque-mort. En quête de meilleures conditions de vie, ils ne rencontreront que la souffrance, le malheur et la guerre sans jamais pouvoir obtenir une lueur d'espoir.
La seule lueur résidera dans cette grosse caisse pleine d'or qui fera plonger Paul dans la folie mais qui se montrera être plus un poids qu'un réel espoir. Pourchassés sans pitié après une casse qui a dévié en sauvagerie, on assistera à la brutale désintégration de leurs liens d'amitié. 

Une hostilité de plus en plus grandissante germera entre Paul et Frank. Paul n'aura d'yeux que pour cet or dans lequel il voit de grands projets d'avenir et la richesse assurée, quitte à laisser tomber ses propres amis et à les mettre en danger. Paul est ce reflet du capitalisme déshumanisé qui tend de plus en plus à étendre son emprise sur notre société. Ce capitalisme brisant tout lien social, tout amour, tout attachement dans le seul but du profit matérialiste. Comme on le sait, c'est face à l'adversité que nous pouvons observer la profondeur d'une relation d'amitié et celle-ci atteindra son apogée lors de cette séquence où le trio sera enlevé et attaché dans un camp de prisonniers soumis à la tyrannie et la psychopathie des soldats vietnamiens. Une séquence âpre et dure à encaisser psychologiquement car, d'un côté comme de l'autre, les soldats se transforment en bêtes sauvages.
Une transformation qui n'a pas de nationalité et concerne toutes les armées du monde. Vous aurez compris que la pseudo-façade de bonheur du début est complètement erronée et que rien ne les sauvera, marqués à jamais par les ravages de la guerre. Un aspect plus psychologique qui est pris en compte et qui est de très grande qualité. Mais je n'en dirai pas plus sur la suite des événements.

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A travers ce contexte riche et étendu, le film se pare d'une réalisation sans temps morts à l'intensité permanente où les combats sont fréquents et synonymes de carnage. La violence y est stylisée par le biais de ralentis fréquents, un peu lourds, avouons-le. Une violence assez peu réaliste car les combats se font à 4 contre des dizaines et des dizaines de soldats sans qu'il n'y ait un mort du côté des "gentils". Des soldats entraînés mais tirant comme des pieds contre des amis qui font un carton dans le camp adverse. Mouais... Mais il est sûr que le style est entièrement assumé et que, donc, ça plaira ou ça sera détesté. Côté esthétique, le film est ravissant avec une image colorée, stylisée, un peu art déco mais de toute beauté. La bande sonore est dans la tonalité du titre et tendra bien sûr du côté de la mélodie dramatique. Enfin, la prestation des acteurs plaira ou non car leur interprétation un brin grandiloquente et de série B risquera d'en agacer plus d'un en passant de "tu es mon ami" à "tu n'es plus mon ami". Le casting se composera de Tony Leung Chiu-wai, Jacky Cheung, Waise Lee, Simon Yam ou encore Yolinda Yan, les deux derniers surjouant nettement moins. 

En conclusion, Une Balle dans la Tête est l'exemple phare de film agaçant, dû au fait qu'il se fout ouvertement de notre gueule au début en nous livrant un contexte que n'aurait pas renié les scénaristes des pires séries niaises et larmoyantes. Pourtant passé ce délai assez court, c'est une bombe à retardement qui s'enclenche car on se retrouve face, à la fois à la guerre sociale côté Chine et les horreurs de la guerre côté Viêt Nam. Le tout dans un cocktail de violence psychologique inattendu justifiant amplement l'interdiction aux moins de 16 ans. John Woo nous livre une pellicule au propos très intelligent et d'un nihilisme glacial qui en bouleversera plus d'un.
A la fin, on ne peut s'empêcher d'insulter amicalement John Woo de nous avoir pris pour des cons au début alors que Une Balle dans la Tête peut être compté parmi les drames de guerre les plus percutants que le cinéma ait pu produire. Donc, un bon conseil, prenez-vous au jeu, acceptez tant bien que mal le style et vous découvrirez une pellicule de grande qualité qui interpellera sans nul doute.

 

Note : 16/20

 

 

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