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Genre : Policier, thriller (interdit aux -12 ans)

Année : 1971

Durée : 1h45

 

Synopsis :

Le batteur d’un groupe de rock tue accidentellement un inconnu qui le suivait depuis plusieurs jours. Pris en photo lors du crime par un mystérieux homme masqué, le musicien va alors être harcelé.

 

 

La critique :

Par le passé, j'ai pu aborder en chronique pas mal de giallos de réalisateurs variés, des plus connus (Lucio Fulci, Mario Bava) aux moins connus (Aldo Lado, Giorgio Ferroni...). Pourtant, il me manquait une chronique d'un des plus célèbres réalisateurs du mouvement, c'est-à-dire Dario Argento. Un cinéaste que certains considèrent comme le meilleur du style avec des titres tels que Ténèbres, Profondo Rosso et bien sûr son Suspiria pour citer les plus connus. Bon, ça ne sera pas le cas ici car je vais m'attarder sur un autre, mais à moindre degré, de ses titres relativement connus qui est 4 Mouches de Velours Gris, sorti en 1971. L'une de ses premières réalisations quand on regarde la filmographie du bonhomme. C'est aussi le dernier de ce que certains baptisèrent la "trilogie animale" avec L'Oiseau au Plumage de Cristal et Le Chat à Neuf Queues. Plutôt amusant comme anecdote !

A côté, 4 Mouches de Velours Gris est aussi le seul film d'Argento à ne pas encore être sorti en DVD en Europe. Fort heureusement pour les amateurs de support physique, il est disponible depuis, précisément, le 5 décembre 2012 en DVD et Blu-ray. Bon, ne me demandez pas ce que ça vaut car je n'en ai pas la moindre idée et pas les finances non plus si je veux obtenir le format physique de tous mes films. En dehors de ça, peu d'anecdote au passage donc l'introduction sera assez courte, vous m'en voyez navré mais c'est soit ça, ou expliquer encore une fois, comme je l'ai fait dans le passé, ce qu'était le giallo. Vu que vous avez été plus que sevré avec cela, je me permets de passer directement à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Le musicien Roberto Tobias, suivi depuis plusieurs jours par un homme mystérieux, décide de le prendre en chasse. Au cours de la dispute qui suit leur rencontre, il le tue accidentellement et un inconnu masqué le prend en photo, l'arme du crime à la main. Cet inconnu va le harceler et le menacer, sans pour autant se livrer à un chantage. Sur les conseils de son ami Diomede, surnommé "Dio", il engage le détective privé Arrosio.

Exit donc toute forme de monstre, de bizarreries surnaturelles et autres monstres gluants et anthropophages. Argento suit la logique continuité de sa trilogie animale qui reposait sur une intrigue policière mâtinée de sa bonne dose de mystère. Pari réussi ? Sans avoir encore visionné les deux premiers, on peut dire que 4 Mouches de Velours Gris réussit amplement son objectif et parvient à faire honneur à ses deux grands frères, tous autant plébiscités. De fait, Argento n'aime pas étirer son récit en longueur et tient à rentrer dans le vif du sujet avec un générique de début particulier où, à la répétition de musique, se dresse en insert sur fond noir un coeur humain en plein battement.
Rapidement, Roberto se rend compte qu'un individu le suit avec insistance et après une courte poursuite, se retrouve face à lui dans un vieux théâtre miteux et abandonné. Qui est cet homme ? Que lui veut-il ? Avant même de s'être posé ces questions, le vieillard succombera quelques mètres plus bas, poignardé par accident, alors qu'un étrange personnage masqué prendra la scène de crime en photo. Une très belle séquence qui a le mérite de susciter directement notre intérêt.

Evidemment, on aimerait aussi savoir qui est cette entité grotesque affublée d'un masque enfantin mais n'espérez pas avoir trop vite de réponse à vos questions. C'est, désormais, le début de la descente aux enfers pour Roberto qui fera l'objet d'harcèlements divers et de gravité plus ou moins élevée. De l'exhibition de photos aux coups de téléphone en pleine nuit verront émerger les premiers meurtres de ses proches dans une confusion totale qui n'offrira aucun répit au musicien. Déjà là, Argento reprend les codes classiques du giallo en intégrant le célèbre assassin masqué tenant une arme blanche dans sa main. Alors que la peur commence à germer en Roberto, le même cauchemar d'une décapitation fait son apparition chaque nuit. Parallèlement, des séquences presque subliminales nous entraînent au sein d'une cellule psychiatrique capitonnée. On devine aisément que nous sommes temporairement dans la psychologie du tueur. Un tueur marqué par une enfance excessivement délicate. Une enfance marquée par des mauvais traitements sur le futur tueur rabroué et battu par son père qui le voyait comme un enfant indésirable. On n'échappera pas au vieil adage de la psychologie extrêmement malléable de l'enfant pouvant être chamboulée et laissant des traces indélébiles dans son coeur et sur sa psyché.

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Pourtant, si on pouvait s'attendre à une intrigue tournant en rond sans qu'il n'y ait d'explication et d'objectif clair, le récit est calibré et pensé. Tous ces actes, ces harcèlements intempestifs ont un but clair, profond et insidieux. Est-ce une vengeance ? Des rancoeurs refoulées et qui ont ressurgi ? Ce qui est sûr, c'est que l'assassin est impartial et ne fait preuve d'aucune empathie envers ses victimes en les tuant avec des gros plans sur les visages ensanglantés et mutilés. Encore un trait type du cinéma criminel italien ! Enfin, une séquence érotique fera son apparition pour le plaisir des plus coquins d'entre vous. Ce qui, par contre, se révèle inattendu est qu'Argento a su intégrer avec brio une touche d'humour absurde qui coïncide étrangement bien avec la tonalité et allège un peu cette sensation d'étouffement. Les déboires avec le facteur ahuri sont l'exemple le plus frappant mais pas que, vu qu'une galerie de personnages excentriques fera son apparition. Cela ira de Diomède appelant son perroquet "Enculé" et mangeant du poisson cru, au détective Arrosio homosexuel, excentrique et maniéré. L'air de rien, cela fait de 4 Mouches de Velours Gris, un giallo qui a son propre style.

Au niveau de la réalisation, le film se suit sans déplaisir. Les événements s'enchaînent avec logique sans s'éterniser afin de garder une certaine intensité. Argento sait juguler avec professionnalisme le mystère de son intrigue et le tout s'achèvera de manière inattendue et subtile par l'intégration du principe de l'optogramme. Quèsaco ? Ce fut une croyance en vogue au 19ème siècle selon laquelle l'oeil d'un mort conserve sur sa rétine la dernière image enregistrée, et donc celle de son meurtrier. C'est en ayant recours à ce principe là que les rideaux tomberont mais je n'en dirai pas plus. Pour ce qui est de l'esthétique, c'est assez beau avec des décors qui ont leur charme et un certain raffinement. La bande sonore est typique du giallo, à savoir austère et oppressante.
Les acteurs jouent correctement sans que ça ne casse trois pattes à un canard. On notera Michael Brandon dans le rôle de Roberto, manquant constamment d'énergie. La mention sera surtout faite à Mimsy Farmer qui est impeccable dans son rôle d'épouse paniquée. Le restant du casting se composera de Bud Spencer, Jean-Pierre Marielle ou encore la très belle Francine Rasette. Une interprétation correcte mais qui ne restera pas dans les mémoires.

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En conclusion, 4 Mouches de Velours Gris est, comme vous avez pu le voir, un giallo de qualité qui a su, une fois de plus, me séduire concernant ce genre qui avait suscité mon hostilité au début. Argento met en place une intrigue intéressante avec son lot de petites révélations donnant envie d'aller jusqu'au bout de l'histoire. Mieux, il parvient à apporter une touche humoristique à son oeuvre sans que cela ne bouffe trop l'objectif du film. Subtil, bien pensé et, quoi qu'on en dise, original dans son approche, 4 Mouches de Velours Gris est un thriller policier tout à fait recommandable qui séduira les friands d'enquêtes policières insolites. Une pellicule qui constitue une bonne porte d'entrée à celui qui aimerait tester le giallo ! Chronique un brin plus courte aujourd'hui que ce que j'ai l'habitude de faire, mais j'avoue ne pas savoir quoi dire de plus.

 

Note : 15/20

 

 

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