éventreur de NY

Genre : horreur, gore, trash, giallo (interdit aux - 16 ans)
Année : 1982
Durée : 1h31

Synopsis : A New York, plusieurs femmes sont assassinées de manière atroce par un tueur en série, connu pour être doté d'une voix de canard. L'inspecteur Williams se charge de l'enquête alors que les meurtres sadiques s'enchaînent...  

La critique :

Est-il encore nécessaire de procéder à l'exégèse de la carrière cinématographique de Lucio Fulci, l'un des chantres du cinéma d'horreur transalpin ? A l'origine, le metteur en scène était prédestiné à une carrière médicale. Corrélativement, le jeune étudiant de l'époque est admis dans une école cinématographique à Rome dans laquelle il s'aguerrit, en tant qu'assistant réalisateur, auprès de Marcel L'Herbier. Ensemble, les deux hommes diligentent le tournage de Les Derniers Jours de Pompéi (1950). Dubitatif, Lucio Fulci tergiverse entre différents registres artistiques, notamment le western (Le Temps du Massacre, 1966), la comédie policière (Au diable les anges, 1967), ou encore le mélodrame historique (Liens d'amour et de sang, 1959, source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucio_Fulci). 
Mais, à l'orée des années 1970, Lucio Fulci trouve enfin son thème de prédilection, à savoir cette diatribe farouche contre la religion catholique.

C'est dans cette dialectique qu'il réalise Le Venin de la Peur (1971) et surtout La Longue Nuit de l'Exorcisme (1973). Hélas pour Lucio Fulci, ce dernier long-métrage sort la même année que L'Exorciste (William Friedkin, 1973) et essuie une rebuffade lors de sa sortie en salles. En outre, c'est le film du cinéaste américain qui remporte les dithyrambes et les plébiscites d'une presse extatique. De facto, La longue nuit de l'exorcisme s'enlise prestement dans les affres des oubliettes.
Que soit. A contrario, cette oeuvre horrifique devient un véritable bréviaire pour tout un pan du cinéma d'épouvante. Le style arrogant, virulent et iconoclaste du metteur en scène transalpin suscite évidemment la polémique et les anathèmes. Rogue, Lucio Fulci n'a pas pour vocation de réfréner ses ardeurs anticléricales. Impression corroborée par les sorties de Les quatre de l'Apocalypse (1975), L'Emmurée Vivante (1977), Frayeurs (1980) et L'Au-Delà (1981).

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Conjointement, Lucio Fulci s'octroie la couronne hiératique du pape du cinéma bis italien avec L'Enfer des Zombies, soit la suite factice de Zombie (George A. Romero, 1978). Toutes ces oeuvres horrifiques et érubescentes contribuent à ériger sa notoriété au-delà des frontières transalpines. Selon les thuriféraires, le déclin du cinéaste s'amorce à l'orée des années 1980 avec La Maison près du cimetière (1981), un long-métrage d'épouvante qui vient renâcler du côté de Shining (Stanley Kubrick, 1980). En l'occurrence, le cas de L'Eventreur de New York, soit Lo squartatore di New York de son titre original, et sorti en 1982, divise les adulateurs de Fulci.
Certaines critiques se montrent plutôt dithyrambiques. A fortiori, L'Eventreur de New York serait le dernier grand cru de Fulci.

A l'inverse, certains contempteurs tancent et admonestent une pellicule outrancière et misogyne. A la fois répertorié comme un thriller, un giallo et un film d'horreur dans la pure tradition du genre, L'Eventreur de New York peut être considéré, par certaines accointances, comme la réponse - version italienne - à Psychose (Alfred Hitchcock, 1960) via ce nouveau cas hébéphrénique et de duplicité mentale. Thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement.
A travers cette nouvelle production rougeoyante, Fulci aspire à visiter de nouvelles tortuosités, à savoir cette frontière ténue entre la normalité et nos pulsions archaïques. En ce sens, le serial killer de L'Eventreur de New York est un vrai cas de psychanalyse. Mais encore une fois, nous y reviendrons ultérieurement... La distribution du film se compose de Jack Hedley, Antonella Interlenghi, Howard Ross, Andrea Occhipinti, Alexandra Delli Colli, Paolo Malco et Cosimo Cinieri.

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Attention, SPOILERS ! (1) Nous sommes plongés ici dans un New York des plus inquiétant au sein duquel sévit un tueur en série accro au téléphone qu'il utilise à des fins narquoises, notamment envers la police, avec une voix de canard qui ne cesse d'intriguer. Tandis que celui-ci trucide sereinement femme après femme dans des meurtres plus sadiques les uns que les autres et que n'auraient pas renié Jack l'éventreur, l'officier de police Fred Williams, piétinant dans son enquête fait appel alors aux services du Docteur Paul Davis, spécialiste en comportements psychologiquement déviants, afin d'étudier à quel genre de tueur il a à faire ici. Autant dire que l'assassin, tandis que les deux hommes mènent leur enquête et que la police est toute mobilisée à sa recherche, aura le temps de sévir encore et encore... (1)
Indubitablement, le tueur en série de L'Eventreur de New York est une sorte de maelström entre Jack L'Eventreur et Norman Bates, le sociopathe schizophrénique de Psychose.

Ce qui intrigue immédiatement dans cette enquête, c'est la voix rauque et stridulante du psychopathe de service. Lorsque ce dernier téléphone à la police pour avertir de ses prochaines forfaitures, le criminel arbore une voix de canard avarié. Ce qui ne manquera pas de désarçonner le spectateur médusé. Paradoxalement, Lucio Fulci parvient à rendre son forcené crédible via d'habiles stratagèmes. Sur le fond, L'Eventreur de New York s'apparente aussi à un pamphlet contre l'humanité.
Cette misanthropie ostensible n'apparaît pas seulement à travers les exactions de cet individu fanatique, mais aussi à travers les portraits des divers protagonistes. Ainsi, tous les personnages du film sont décrits comme des personnes cupides, avides et même accros à leurs pulsions reptiliennes, en particulier sexuelles. 
Même l'inspecteur de l'enquête s'acoquine et copule avec une gourgandine, certes d'une étonnante élégance. 

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Dans L'Eventreur de New York, ce ne sont pas seulement les femmes qui sont taxées de nymphomanes, mais également les hommes dans toute leur libido et leurs satyriasis. Certes, à juste titre, nous pourrons reprocher à Fulci une certaine complaisance et surenchère dans cette misanthropie (misogynie...) sous-jacente et inhérente à l'espèce humaine. Impossible de ne pas déceler, à travers les impudicités de ce tueur frénétique, une certaine tension sexuelle. Même la mise en scène et la réalisation se veulent brutales, âpres, sadiques et brutes de décoffrage.
En outre, L'Eventreur de New York n'a pas usurpé son interdiction aux moins de 16 ans. 
Certes, le film ne toise pas les sommets putrides et méphitiques de L'Au-Delà ou encore de La Longue Nuit de l'Exorcisme. Néanmoins, cette pellicule outrecuidante renoue avec cette nonchalance de naguère. Seul petit bémol, la conclusion finale manque singulièrement d'éloquence, notamment en révélant les réelles motivations du sociopathe, ainsi que la genèse de cette dissociation mentale.
Mais ne soyons pas trop sévère. L'Eventreur de New York reste un giallo tout à fait probe et recommandable. Au risque de nous répéter, c'est sans aucun doute le dernier bon film de Fulci.

Note : 14.5/20

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(1) Synopsis du film sur : http://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/318-eventreur-de-new-york-l