Ipcress_danger_immediat

Genre : Espionnage, thriller 

Année : 1965

Durée : 1h49

 

Synopsis :

À Londres, Harry Palmer, un agent du contre-espionnage, doit en découdre avec sa propre bureaucratie, tandis qu'il enquête sur l'enlèvement et le lavage de cerveau de scientifiques britanniques.

 

La critique : 

Voilà qui n'est pas anodin de chroniquer un film d'espionnage sur le blog mais je me suis dit "après tout, pourquoi pas ?". Alors, contrairement à de vieilles croyances solidement ancrées et qu'il est nécessaire de faire tomber, le film d'espionnage n'a pas émergé au milieu des années 60 en pleine période de la Guerre Froide. Oui, il a connu son apogée durant cette époque où les spectateurs recherchaient de l'excitation et du suspens via les craintes d'une hypothétique troisième guerre mondiale. Cependant, on peut déjà admettre des traces de ce genre de films lors de l'émergence du muet, alors que la paranoïa de la première guerre mondiale gagnait sévèrement du terrain.
Les inconnus britanniques The German Spy Peril et O.H.M.S. en sont des exemples évidents. A côté, Hitchcock avait par la suite popularisé ce genre avec tous les classiques propres que nous connaissons et dont je doute fort qu'il est encore nécessaire de les présenter. Bref, je vous demanderais de faire un petit bond dans le temps avec moi pour se retrouver au beau milieu de la Guerre Froide et de sa sympathique course à l'armement pour montrer qui, des USA ou de la Russie, avait la plus dure.

C'est 1965. C'est une autre année où la tension est palpable parmi la population et où les prédicateurs de l'apocalypse scandent qu'une Tsar Bomba tombera sur notre tête demain. C'est une belle époque où nous n'avons jamais été aussi fiers de l'espèce humaine. Et c'est en cette année que sort Ipcress - Danger Immédiat, réalisé par Sidney J. Furie à qui l'on doit une palette importante de films mais dont beaucoup n'ont pas marqué plus que ça le monde cinématographique. De même, Ipcress, malgré le fait qu'il remporta un grand succès à sa sortie qui engendrèrent deux suites aux aventures d'Harry Palmer, reste souvent peu cité à notre époque. Il rafla même quelques récompenses dont 3 BAFTA du meilleur film britannique, de la meilleure photographie et de la meilleure direction artistique. Plutôt pas mal pour un long-métrage créé à l'époque de la genèse de notre James Bond national.
Maintenant reste à voir si Ipcress parviendra à tenir tête et à se faire une place durable dans un cinéma, quelque part pas si éloigné que ça de notre époque. 

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ATTENTION SPOILERS : Un prestigieux scientifique s’est fait enlever dans une gare de Londres. Malgré des antécédents peu glorieux, Harry Palmer, des services secrets militaires britanniques, est chargé de l’affaire par son supérieur, le colonel Ross, au service du contre-espionnage. Palmer ne tarde pas à mettre la main sur une bande magnétique intitulée IPCRESS sur laquelle sont enregistrés d’étranges sons.

Donc, comme je l'ai dit, Ipcress a la lourde tâche de se faire une place alors que les trois mastodontes d'Harry Saltzman venaient de voir le jour, donc les premiers James Bond qui firent de Sean Connery une star. La crainte de se retrouver face à un film d'espionnage banal pouvait être de rigueur avant d'enclencher le visionnage. Pourtant, le film se démarque très nettement du film d'espionnage banal dont nous aurions pu nous attendre. Dans l'inconscient collectif, l'agent secret est souvent une belle gueule en costard-cravate et gentleman par-dessus le marché. Furie s'éloigne de ce trait un peu trop sage pour mettre en vedette un Harry Palmer loin de l'homme galant et respectable.
Celui-ci, après avoir fait une connerie qui aurait pu lui faire valoir un aller simple pour la prison militaire, put être réhabilité. Insubordonné et insolent mais aussi un peu trop vulgaire dans sa manière d'admirer les femmes, autant le dire, nous tenons là un personnage qui ne pourra que recueillir notre bienveillante sympathie. De fait, Palmer n'hésite pas à envoyer ad patres le respect de la hiérarchie et de la retenue quand il doit s'adresser à ses hauts gradés et n'hésite pas à faire de l'esprit un peu trop sarcastique. L'espion rêvé que l'on aime voir à l'écran en quelque sorte ! 

En soi, on pourrait s'attendre à un film d'espionnage humoristique mais on est bien loin de ça. Furie a su juguler intelligemment l'humour sarcastique et le sérieux de l'histoire. Voyez ça comme un procédé pour alléger l'ambiance un peu lourde qui y règne mais j'y reviendrai après. Pas seulement plus relax dans la personnalité de son agent, le cinéaste a opté pour la carte du réalisme, loin des situations abracadabrantes de James Bond. Les courses-poursuites en voiture sur la glace, les gadgets tout aussi fantaisistes les uns que les autres, vous pouvez oublier. Ipcress rentre dans la plus pure réalité avec un agent qui est un homme comme les autres, qui cuisine, qui fait de la paperasse quand il n'est pas au boulot. Certains détracteurs adeptes du grand spectacle clabauderont sur quelque chose de plus terre-à-terre mais le récit est tout autre et n'a pas vocation à rentrer dans le jeu du grandiloquent.
Un grand cerveau s'est fait enlever dans une gare de Londres et les moult péripéties de Palmer l'amèneront à une étrange bande magnétique nommée IPCRESS et trouvée dans une vieille usine désaffectée. Rapidement, la vie de Palmer commencera à être mise en danger par de mystérieuses personnes. L'impression d'avoir mis la main sur quelque chose de top secret et de hautement confidentiel devient de mise. La dernière partie se redirigeant dans le plus pur esprit d'Orange Mécanique, avant l'heure, mais je n'en dirai pas plus. 

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Sur base de ce dernier indice, vous conviendrez, pour ceux qui ont vu ce chef d'oeuvre absolu de Stanley Kubrick, que nous sommes bien loin de la tonalité légère et second degré des James Bond. Furie, malgré un personnage atypique, déroule son récit dans une ambiance lourde, limite ténébreuse. Un rendu en grande partie dû à des rues londoniennes exsangues, d'une couleur à rendre dépressif un clown. Tout est terne et gris, à des années-lumière de l'image de Londres dans l'inconscient collectif. L'ambiance est à coup sûr l'un des points les plus originaux et les plus éloignés de l'idée que nous nous faisons d'un film d'espionnage. Quoi qu'il en soit, le réalisateur parvient à susciter constamment notre attention à travers une intrigue bien pensée et avec ses quelques subtilités toujours agréables à deviner.
L'intensité est parmi nous même si quelques phases de mous peuvent nous tenir compagnie mais, je vous rassure, elles ne seront guère longues. 

Pour ce qui est de l'esthétique du film, je vous l'ai dit, l'image est grisâtre et pluvieuse. Cependant, tout est desservi par de beaux plans quelque fois assez originaux, à l'image de la bagarre à travers la glace de la cabine téléphonique. Il y a çà et là quelques audaces de mise en scène qui ne manquent jamais le coche et parviennent à intéresser le friand de technicité. Plutôt bien joué à ce niveau ! Pour la bande sonore, celle-ci est de bonne qualité, se parant d'une mélodie très facilement mémorisable. Il convient de dire que c'est John Barry qui est derrière cela et que l'on connaît grâce à son travail sur les James Bond. On saluera la plasticité du talent de ce personnage passant des sonorités héroïques à une partition pluvieuse se fondant avec brio dans les décors. Enfin, on appréciera énormément la prestation de Michael Caine dans la peau de cet insolent Harry Palmer. Ses répliques cinglantes et ses yeux fuyants apporteront une grande consistance à un personnage plus complexe qu'il n'en a l'air.
Nigel Green, dans la peau de cet inspecteur Dalby, est l'archétype même du gentleman avec son air et ses manières "so british". Un peu caricatural mais non dénué d'un certain trait jouissif ! On retrouvera aussi Guy Doleman, Sue Lloyd, Gordon Jackson ou encore Aubrey Richards. Un monde peu connu mais dont l'interprétation suit la route sans pour autant nous frapper.

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En conclusion, Ipcress est à coup sûr un bon cru d'espionnage qui a le mérite d'aller à contre-courant de l'agent intègre, séducteur, irréprochable et invincible. Ici, Palmer navigue dans un tout autre registre avec une certaine arrogance plaisante. Mais sous ses dehors de type à l'apparence comme les autres, qui cuisine, boit et fait des activités de la vie de tous les jours, c'est un type qui vit des aventures extraordinaires. En l'occurrence, la thématique du lavage de cerveau n'est pas dénuée d'une certaine critique d'une société dictatoriale. Dommage que le sujet n'ait pas été plus étoffé pour apporter un peu plus de consistance à un récit qui est déjà loin d'être insipide.
Sans être un film de qualité exceptionnelle, il faut bien avouer qu'Ipcress est le genre de film éminemment sympathique et un cru de choix si on veut passer une soirée détente sans trop réfléchir. Ce qui explique la durée un peu plus courte de cette chronique d'aujourd'hui. 

 

Note : 15/20

 

 

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