tremblement de terre

Genre : action, catastrophe, drame
Année : 1974
Durée : 2h03

Synopsis : Los Angeles. L'ingénieur Stuart Graff qui vient de se séparer de sa femme Remy, entretient une liaison avec la veuve d'un collègue, Denise Marshall. Mais Remy tente de convaincre son père, Sam Royce (qui est également l'employeur de Stuart) de mettre fin à cette relation. Dans un autre coin de la ville le sergent de police Lew Slade est suspendu pour avoir frappé un autre policier, et Jody, tenant d'une épicerie générale, ne pense qu'à séduire Rosa, soeur de Sal, l'assistant de Miles Quade, un casse-cou de la moto. Leurs vies vont être bouleversées par un terrible tremblement de terre... 

La critique :

Dans les années 1970, l'Amérique est en pleine mutation économique, sociologique, sexuelle et culturelle. Un chamboulement opéré, majoré et agrémenté par le scandale du Watergate et surtout par une guerre interminable au Vietnam. La jeunesse atrabilaire admoneste et abhorre un gouvernement qu'elle juge despotique et réfractaire. Bientôt, cette jeunesse impudente se transmute en un mouvement pacifiste, hédoniste et libertaire. Toutes ces oscillations n'échappent évidemment pas au noble Septième Art. Le cinéma catastrophe et de science-fiction - entre autres... - s'emparent de cette colère intarissable via une pléthore de productions alarmistes et vitupérant une Amérique sur le déclin.
C'est par exemple le cas de La Tour Infernale (John Guillermin et Irwin Allen, 1974), L'Aventure du Poséidon (Ronald Neame, 1972), Meteor (Ronald Neame, 1979), Les Naufragés de l'espace (John Sturges, 1970), Le Mystère Andromède (Robert Wise, 1971), ou encore Le Toboggan de la mort (James Goldstone, 1977).

Vient également s'agréger le bien nommé Tremblement de Terre, réalisé par Mark Robson en 1974. Cinéaste et scénariste canadien, ce dernier a débuté sa carrière cinématographique à l'orée des années 1940 avec La Septième Victime (1943). Parmi ses films notables et notoires, les thuriféraires du metteur en scène citeront aisément Le Vaisseau Fantôme (1943), La Demeure des Braves (1949), La Nouvelle Aurore (1951), Le Procès (1955), Du haut de la Terrasse (1960), L'Express du Colonel Von Ryan (1965), ou encore La Vallée des Poupées (1967).
En l'occurrence, Mark Robson fait partie des honnêtes artisans du cinéma bis et s'est illustré à travers plusieurs productions éloquentes. Rien de sensationnel ni de spécialement honteux non plus. Pour Mark Robson, Tremblement de Terre fait office de film de commande puisque le long-métrage est sommé, lors de sa sortie en salles, de recourir au procédé Sensurround.

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Ce procédé consiste à envoyer des ondes et des vibrations sonores dans la salle, donnant une sensation d'immersion au spectateur hébété. Hélas, une telle méthode a aussi ses écueils et ses corollaires puisque cet artifice est jugé beaucoup trop dispendieux par les exploitants. Toutefois, trois autres films (Le Toboggan de la Mort, La Bataille de Midway et Galactica) utiliseront à leur tour le même procédé (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tremblement_de_terre_(film).
Au moment de sa sortie, Tremblement de Terre se solde par un succès commercial corroborant, de facto, l'engouement du public pour le catastrophisme et les productions pessimistes. Mieux, le long-métrage récolte même les vivats de critiques unanimement panégyriques. De surcroît, Tremblement de Terre s'octroie plusieurs illustres récompenses, notamment deux Oscars (Oscar du meilleur son et Oscar des meilleurs effets visuels, merci Wikipédia !).

Reste à savoir si ce métrage alarmiste mérite de telles flagorneries. Réponse à venir dans la chronique... Tremblement de Terre se pare également d'une distribution prestigieuse en coalisant à la fois Charlton Heston, Ava Gardner, George Kennedy, Geneviève Bujold, Lorne Green, Richard Roundtree, Marjoe Gortner, Barry Sullivan, Lloyd Nolan, Victoria Principal, Walter Matthau et Monica Lewis. Attention, SPOILERS ! Los Angeles. L'ingénieur Stuart Graff qui vient de se séparer de sa femme Remy, entretient une liaison avec la veuve d'un collègue, Denise Marshall.
Mais Remy tente de convaincre son père, Sam Royce (qui est également l'employeur de Stuart) de mettre fin à cette relation. Dans un autre coin de la ville le sergent de police Lew Slade est suspendu pour avoir frappé un autre policier, et Jody, tenant d'une épicerie générale, ne pense qu'à séduire Rosa, soeur de Sal, l'assistant de Miles Quade, un casse-cou de la moto. Leurs vies vont être bouleversées par un terrible tremblement de terre... 

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A fortiori, rien ne prédestinait Mark Robson à réaliser un long-métrage aussi infatué et grandiloquent. A l'aune de cette production pharaonique, on se demande encore comment un tel film a pu échoir entre les mains d'un metteur en scène aussi policé. Pourtant, en dépit des apparences, Mark Robson signe une copie plutôt éloquente. A l'instar des autres films catastrophes des années 1970, Tremblement de Terre se divise en trois parties bien distinctes.
La première, la plus fastidieuse par ailleurs, s'appesantit sur des personnages anomiques. Il faudra donc se contenter d'un mari volage et désinvolte qui cocufie sa femme avec une demoiselle beaucoup plus jeune et surtout beaucoup plus chatoyante. Dès lors, Mark Robson cornaque le spectateur d'un protagoniste à un autre.

Seul bémol et pas des moindres, on se contrefout arrogamment des tribulations amoureuses de Stewart Graff (Charlton Heston). Il faudra faire donc preuve de longanimité et patienter quarante bonnes minutes avant de voir les secousses sismiques ébranler puis tuméfier la ville de Los Angeles. C'est la seconde partie de Tremblement de Terre, soit Earthquake de son titre original. Dans cette deuxième section, Mark Robson respecte doctement le cahier des charges et transmute son film en pellicule apocalyptique. A tel point que l'on assiste effaré à une longue séance de fin du monde...
Ou presque... 
Techniquement, le métrage de Mark Robson est presque irréprochable... Je dis bien "presque" puisque Tremblement de Terre a bien souffert du poids des années. Production estampillée années 1970, Earthquake dénote aujourd'hui par sa caducité et son obsolescence. 

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On se consolera avec quelques moments de bravoure et de vaillance. Ensuite, Charlton Heston et Ava Gardner tirent leur épingle du jeu. A contrario, on sera beaucoup moins dithyrambique à l'égard de Geneviève Bujold qui incarne un personnage atone et d'une transparence à toute épreuve. In fine, la troisième et dernière section débouche sur une partie de survie et dans une cité en déshérence, limite canonisée par une bombe atomique. Par ailleurs, le métrage fait directement référence aux bombes nucléaires qui ont frappé les villes d'Hiroshima et de Nagasaki en 1945. Pour Mark Robson, c'est aussi l'occasion de mettre en exergue une Amérique alanguie, putréfiée et atomisée, non pas par l'arme nucléaire, mais par Dame Nature elle-même ; rappelant à l'homme les limites et les conséquences de son consumérisme forcené.
"Les catastrophes naturelles déchaînent nos instincts primitifs" argue péremptoirement un Charlton Heston désabusé. Encore aurait-il fallu étayer cette dernière thématique. Or, sur ce dernier point, Mark Robson se montre plutôt élusif. En résulte un honnête film catastrophe, dans la grande tradition du genre. En une seule petite phrase : ça se laisse gentiment regarder, mais pas de quoi s'extasier...

Note : 11.5/20

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