NY city inferno

Genre : docudrame, hardcore, trash, gay porn (interdit aux - 18 ans)
Année : 1978
Durée : 1h35

Synopsis : Le 20 juin 1977, Paul quitte son ami Jérôme pour une semaine de vacances à New York. Il lui écrit tous les jours mais dans sa dernière lettre, il lui annonce qu'il le quitte et ne reviendra plus jamais en France. Le 5 décembre, en désespoir de cause, Jérôme prend le premier avion et part à la recherche de son amant. Mais ses errances dans les bas-fonds de la Grosse Pomme vont le conduire à faire des rencontres hasardeuses et l'entraîner peu à peu dans l'enfer d'un univers sordide qui va très vite le dépasser et engloutir ses dernières espérances.

La critique :

Rappelez-vous, vous les anciens du blog. Rappelez-vous de La Philosophie Dans Le Boudoir. J'en avais présenté la chronique aux premiers temps de Cinéma Choc. Réalisé par Jacques Scandelari, cet OFNI ultra kitsch à l'érotisme torride et au sadisme inédit dans le cinéma français avait suscité de votre part beaucoup d'interrogations et de curiosité. Le film, réalisé en 1969, n'était sorti qu'en 1971 sur les écrans hexagonaux. Mais il avait sacrément frappé les esprits par son audace et son avant-gardisme au point que beaucoup y avaient vu un ancêtre sous LSD du Saló de Pasolini réalisé six ans plus tard. La thématique "sadienne" commune aux deux films y était évidemment pour quelque chose.
Scandelari aurait pu s'appeler SCANDALari. J'en veux pour preuve la fameuse scène où une femme allongée recouverte de bave de poulpe, s'introduit une truite vivante dans le vagin. Cette scène, qui a fait la réputation sulfureuse du film, restera gravée dans les annales du cinéma. Comme quoi, Daikichi Amano et ses Genki Genki n'ont rien inventé... Après quelques opus et courts-métrages loin d'atteindre l'outrecuidance de La Philosophie Dans Le Boudoir, Jacques Scandelari revient une dernière fois en 1978 avec un nouveau coup de poing filmique : New York City Inferno.

Une oeuvre underground (pléonasme chez ce cinéaste), d'art et d'essai mêlant fiction et réalité, documentaire et histoire scénarisée. Ce film sera le chant du cygne du réalisateur. Depuis 1976 déjà, Scandelari, homosexuel notoire, s'était spécialisé dans le cinéma pornographique homosexuel appelé plus communément le "Gay Porn". Sous le pseudonyme de Marvin Merkins, il s'impliquait principalement dans des documentaires exposant le mode de vie de la communauté homosexuelle ; un sujet encore sulfureux, malgré l'esprit libertaire qui soufflait dans les années 70, qui condamnait ces réalisations chocs à la plus totale confidentialité. Pourtant, l'année 76 notamment, avait été marquée au fer rouge par le docu-reportage scandaleux de Jean-Etienne Siry, Poing De Force, qui s'étalait sans détour ni fioritures sur les pratiques sadomasochistes du milieu gay underground.
Scandelari ne connut pas le même succès. En 78, il tente un dernier coup avec New York City Inferno ; ce sera son baroud d'honneur. Après cela, Scandelari cessera toute activité cinématographique et décèdera en 1999, à cinquante-cinq ans à peine. 

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Réalisé en quatre jours seulement, avec les moyens du bord et souvent, sans aucune autorisation de tourner, cet objet filmique hybride qui expose sans fard l'homosexualité dans ce qu'elle a de plus brutal et de plus dégénéré, va devenir complètement culte avec le temps au sein de la communauté gay et des cinéphiles adeptes des expériences transgressives. En 1978, l'homosexualité constituait encore un délit en France. Pas étonnant dès lors que Scandelari se soit exilé aux États-Unis pour réaliser ce métrage. Ainsi, à New York où le disco triomphait dans les soirées démentielles du célébrissime Studio 54, la possibilité d'explorer un monde "interdit" s'offrait au réalisateur. Et celui-ci n'allait pas s'en priver. New York City Inferno est ce que l'on pourrait appeler aujourd'hui un docudrame, mêlant donc une histoire inventée tournée en totale immersion dans le milieu du New York gay des années soixante-dix.
En fait, le (mince) scénario concocté par Scandelari lui sert surtout de prétexte pour faire découvrir aux spectateurs cette contre-culture homosexuelle encore complètement ghettoïsée en France à cette époque. Tourné 4 ans avant la découverte du virus du SIDA, un tel film serait strictement impossible à réitérer de nos jours puisqu'aucun acteur n'utilise de préservatif. La protection n'était pas encore à l'ordre du jour... Au niveau des looks, le réalisateur ne nous épargne aucun cliché.

Dans New York City Inferno, les trois quarts des types ressemblent à Freddie Mercury ou au chef de chantier des Village People. L'autre quart est composé de blacks très sérieusement membrés. Bref, rien à voir avec La Cage Aux Folles ; ici ce sont des mecs, des vrais, qui assument pleinement leur sexualité différente. Quant à la bande son, elle est signée, je vous le donne en mille, par les Village People évidemment, avec au programme des tubes planétaires comme San Francisco ou Macho Man. Rien d'étonnant pour une oeuvre qui se déroule essentiellement dans les bars underground du célèbre quartier de Greenwich Village d'où est originaire le groupe disco et réputé pour sa population à large majorité homosexuelle. Attention spoilers : Le 6 juin 1977, Paul quitte son ami Jérôme pour une semaine de vacances à New York. Il lui écrit tous les jours mais dans sa dernière lettre, il lui annonce qu'il le quitte et qu'il ne reviendra plus jamais en France.
Six mois plus tard, Jérôme débarque dans la Grosse Pomme, bien décidé à retrouver son amant. Mais dès son arrivée, les nombreuses tentations du milieu gay underground vont le précipiter dans l'enfer d'un monde qui le fascine autant qu'il le révulse. Jérôme décide de rentrer seul à Paris en laissant Paul a sa nouvelle vie. 

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New York City Inferno est le témoignage d'une époque à jamais révolue dans les milieux gay (et hétérosexuels également). L'insouciance des seventies, les rapports non protégés, les rencontres d'un soir ont laissé place à la peur des maladies sexuellement transmissibles et au SIDA, l'épidémie la plus terrifiante de la fin du vingtième siècle. Dans son métrage, Scandelari tourne souvent à l'arrache des images volées (ou donnant l'impression de l'être) ; de plus, le 16mm utilisé donne au film un véritable aspect documentaire. Les lieux de dragues sur les quais, les bars sordides où les types commencent à se chauffer, les toilettes insalubres où se déroulent des partouzes, les faits sont montrés sans le moindre artifice, dans leur abrupte réalité. Et le moins que l'on puisse dire, est que le film donne dans le trash le plus scabreux. Inutile de vous donner des détails ni de vous faire un dessin...
N'étant pas là pour porter le moindre jugement sur ces actes pratiqués entre adultes consentants, je me contenterai d'analyser l'oeuvre à son seul niveau artistique et cinématographique. Et l'honnêteté me pousse à dire que sans être un chef d'oeuvre (très loin de là), New York City Inferno se révèle intéressant à plus d'un titre. En premier lieu, le réalisateur insiste sur le fort pouvoir d'attraction qu'exerce la ville de New York elle-même sur Jérôme, le personnage principal.

En cette décennie de libération des moeurs à tout va, la Grosse Pomme était "The place to be". Une métropole cosmopolite gigantesque, où tout paraissait possible. New York dans l'imaginaire des européens, c'était la ville de tous les possibles, de la réalisation des rêves les plus fous. Scandelari met l'accent sur cette réalité et fait de New York, un personnage à part entière du film. Le réalisateur ne se contente pas d'aligner frénétiquement les scènes hardcore. Il s'intéresse aussi aux expatriés et à leur manière d'évoluer dans ce mode de vie à l'américaine bien loin des moeurs françaises.
Ainsi, peut-on assister à des discussions entre le personnage de Jérôme  et des compatriotes, tous ayant tenté leur chance outre-Atlantique. Puis le film bascule du côté documentaire quand des étudiants, barmen ou tatoueurs français de New York sont interviewés par le cinéaste qui participe ainsi lui-même en hors champ à son métrage. 
Mais New York City Inferno reste avant un oeuvre pornographique. Et le final glauque à un point apocalyptique est là pour nous le rappeler au cas où nous l'aurions oublié ! Un final qui se déroule dans un hangar sombre et désaffecté où une jeune femme donne un concert tandis qu'autour d'elle, des dizaines d'hommes s'entrelacent, se fouettent et partouzent en orgies éparses.

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Le film monte soudain de plusieurs crans dans la luxure en affichant des scènes très hard qui versent dans le sadomasochisme pur et dur, mâtiné d'un fétichisme pervers. Bref, Scandelari peut laisser libre cours au stupre et à la lubricité d'une caméra devenue complaisamment voyeuriste. Et en fait, il est bien dommage que New York City Inferno s'achève dans ces ultimes outrances car cela gâche quelque peu l'intérêt culturel et sociétal que le film faisait naitre chez le spectateur au fil des minutes. Ce bémol étant acté, le film documentaire de Jacques Scandelari malgré ou à contrario grâce à son amateurisme flagrant, mérite d'être découvert. Et pas seulement par un public ciblé mais par tout spectateur adulte quel que soit son orientation sexuelle. Comme un témoignage au plus près d'individus à la recherche exacerbée d'une liberté totale des sens, d'une soif de vivre leurs désirs intensément, avec excès jusqu'à des extrémités parfois suicidaires. Certains ont franchi la ligne jaune.
Avec les conséquences dramatiques que cela aura impliquées dans leurs existences et celles de leurs proches. 
Dans les seventies, la liberté sexuelle était partout, gratuite et sans limite. New York City Inferno en est le témoignage concret. Mais les années quatre-vingts et le SIDA sont passés par là. Et depuis, un nombre toujours plus élevé de victimes continuent de payer l'addition... Jusqu'à quand ?

Note : 11/20

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