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Aujourd’hui, je vous propose d’aborder un acteur qui fait désormais partie des plus grands mythes du cinéma mondial. Cet acteur, c’est évidemment Marlon Brando. Monstre sacré pour certains, monstre tout court pour d’autres. Marlon Brando est un mélange de glamour hollywoodien et de rébellion anti-Establishment. Brando est devenu une véritable star et a interprété des rôles qui ont marqué à jamais l’histoire du septième art. Stanley dans Un Tramway nommé Désir, Terry Malloy dans Sur Les Quais, Don Corleone dans Le Parrain, Paul Dans le Dernier Tango à Paris, Kurtz Dans Apocalypse Now…. Brando est considéré aujourd’hui comme l’un des acteurs les plus influents de l’histoire, notamment de l’aveu de talents tels que Robert De Niro, Al Pacino, Paul Newman, Dustin Hoffman, Jack Nicholson, James Dean…. Johnny Depp disait : « On a l’impression que l’écran n’est pas assez grand pour lui »

Pourtant derrière l’acteur de légende qui a révolutionné son art, il y a un homme avec une vie moins hollywoodienne. Coureur de jupon, alcoolique, drogué, défenseur des minorités, homme engagé, rebelle antisystème, violent, irresponsable, incontrôlable, imprévisible…. Brando cumule toutes ces choses à la fois. Clairement la vie de l’artiste n’est pas aussi « belle » que sa réputation d’acteur. Le comédien, qui a fait aussi bien fantasmer les femmes et les hommes, était loin d’être un ange. Pourtant entre démystification et diabolisation, il y a une limite que certains oublient volontiers.
Marlon Brando, né à Omaha, est le benjamin de trois enfants. Fils d’un père dur, violent, indifférent et alcoolique et d’une mère douce, compréhensive, affectueuse et elle aussi alcoolique. Dès son plus jeune âge, ce « rebelle à la belle gueule » développe une tendance à vouloir défendre les plus faibles (ce qu’il démontrera tout au long de sa carrière). Passionné par les animaux, le jeune Marlon rejette également toute forme d’injustice et d’autorité. Evidemment ce n’est pas vraiment le profil adéquat pour l’Académie militaire de Shattuck où il sera envoyé à l’adolescence. Le jeune Brando fera les 400 coups et ne se soumettra à aucune autorité, ce qui l’enverra indéniablement vers son renvoi. Il s’essayera à l’art dramatique et au sport où il brillait. Cependant, une fracture de la rotule condamnera une éventuelle carrière.

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En 1943, il part à New York où il va d’abord passer par une période de dépression. Par la suite, sa sœur Jocelyn va lui faire connaître Stella Adler qui dirige des cours à la New School for Social Research. C’est ici qu’il va se faire ses premières armes sur la scène en suivant avec assiduité les cours. Ce n’est donc pas à l’Actor’s Studio comme il a souvent été dit. A ce propos, Elia Kazan qui était professeur à l’Actor’s Studio déclara que contrairement à James Dean, Brando ne se rendait que très peu à ses cours. « Il n’est venu qu’une fois dans ma classe en une année, c’est tout ».
Pour Brando, ce n’était pas gagné d’avance, malgré un charisme et un physique avantageux, l’acteur a la voix fluette et mâche ses mots rendant parfois ses phrases incompréhensibles. Pourtant, le comédien fait son chemin et commence à se faire repérer. Il débute à Broadway en 1944 avec la pièce I Remember Mama qui l’établit déjà comme un sérieux espoir. L’année suivante avec Truckline Café, une pièce qui se solde par un échec commercial, il est cependant adulé comme le comédien le plus prometteur de Broadway. En 1946, il joue également un jeune survivant des camps de concentration dans la pièce Un Drapeau est né, qui plaide la création de l’Etat D’Israël.

Brando va ainsi enchaîner les rôles dans les pièces de théâtre et développer une personnalité imprévisible et marquante. Aimant parfois mettre mal à l’aise ses partenaires de scène, Brando est capable du meilleur comme du pire. Ce mélange d’immense talent et d’extravagance totale va forger sa personnalité aux yeux de tous. Tantôt sympathique et ouvert, tantôt capricieux et insupportable, Brando déclarera plus tard : « J’étais une bombe qui ne demandait qu’à exploser !». Cette bombe explosera ! En effet, Elia Kazan qui, à l’époque était plus un homme de théâtre que de cinéma, est choisi pour mettre sur scène la pièce de Tennessee Williams, Un Tramway nommé Désir. Pièce dont Kazan est fan. Le metteur en scène veut laisser sa chance au jeune Brando. Mais la production n’est pas de cet avis.
Voulant couvrir ses arrières, elle préfère une tête d’affiche comme John Garfield. Mais les exigences inacceptables d’Hollywood permettent à Kazan de choisir son protégé. Avec cette pièce, Brando va littéralement passer du statut d’inconnu à celui de vedette. Les critiques sont unanimes ! Truman Capote en personne vante le charme, le physique et la performance de ce jeune premier. Chaque soir, à chaque nouvelle représentation, Brando développe de plus en plus les nuances de son  personnage et teste de nouvelles intonations.

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Son jeu, sous quelque forme qu’il soit, séduit énormément Tennessee Williams qui est persuadé d’avoir trouvé l’incarnation vivante de son personnage. Paradoxalement Brando déteste la personnalité de Stanley, homme rustre, dur et insensible. Il joue ce rôle sur scène jusqu’en 1949. Il commence alors une carrière cinématographique avec le film C’était des hommes de Fred Zinnemann et produit par Stanley Kramer. Ce film polémique sur les blessés de guerre est pour lui une occasion en or. Impliqué, il se rend 2 semaines en avance à l’hôpital Birmingham pour entrer en contact avec de vrais blessés de guerre. Bien que le film ne remporte pas un grand succès, l’acteur se fait remarquer. Brando était clairement établi comme un jeune prometteur mais il n’était pas encore une star.
C’est alors qu'Hollywood a pour idée d’adapter à l’écran Un Tramway Nommé Désir
Elia Kazan est immédiatement pressenti comme réalisateur. Pour lui une condition s’impose, il lui faut le même casting que celui sur scène. Cependant, les studios veulent une star pour des questions commerciales. C’est alors que Vivien Leigh est choisie car elle avait déjà joué le rôle de Blanche Dubois sur une mise en scène de son mari Lawrence Oliver.

Brando est donc contraint de reprendre un rôle qu’il déteste et qui va devenir l’un des plus cultes de sa carrière. Personne n’oubliera son « STEEELLLLAAAAA ». Le film fait un triomphe et est nominé pour 12 oscars. Vivien Leigh, Kim Hunter et Karl Malden obtiennent la statuette. Mais Brando et Kazan, tous deux nommés repartent les mains vides. Qu’importe, ils sont désormais reconnus et prêts à se lancer dans de nouveaux défis. L’année suivante, ils font ensemble Viva Zapata. Brando interprète le rôle du révolutionnaire mexicain avec brio et se voit à nouveau nominé aux oscars, mais là encore il repart les mains vides. Sa réputation fait toujours polémique.
D’un côté, tout le monde s’accorde sur les performances de l’acteur, de l’autre certains le disent capricieux, indomptable et imprévisible sur les tournages. Mais c’est en 1953 qu’il atteint vraiment une immense côte de popularité en interprétant le rôle de Johnny dans L’Equipée sauvage de Laslo Benedek. Cette performance en fait le porte-drapeau de la nouvelle génération rebelle des années 50. Personne n’oubliera son look avec sa casquette et son blouson noir. Les femmes et même les hommes tombent sous le charme de ce jeune premier. James Dean lui piquera d’ailleurs tous ses tics pour son interprétation dans La Fureur de Vivre.

Pourtant, Brando a toujours ses problèmes d’élocution. Marmonnant sans cesse, il est raillé par Frank Sinatra. Mais l’acteur prend tout le monde à contrepied en jouant un rôle shakespearien, celui de Marc Antoine dans le film Jules César. Ce rôle lui vaudra une fois de plus une nomination aux Oscars qui n’aboutira pas. Mais en 1954, Brando retrouve son ami Elia Kazan pour le film Sur Les Quais. Dans cette œuvre, Brando atteint des sommets, que ce soit au niveau de la mimique ou de l’intonation. De mon point de vue, il adapte plus le personnage à sa manière plutôt qu’il ne s’adapte au rôle de Terry Malloy. Ça fonctionne à merveille. Pourtant à l’époque le film n’est pas forcément bien accueilli. Aujourd’hui tout le monde s’accorde sur son statut de chef d’œuvre.
La prestation de Brando divisera également. Pourtant l’acteur se voit nominé pour la quatrième fois aux oscars. Cette fois ci c’est la bonne ! Il remporte la statuette. Sa seule réaction lorsqu’il reçoit la statue : « C’est beaucoup plus lourd que je le croyais ».

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Sa performance inspirera énormément d’acteur dont son ami James Dean encore une fois. Brando déclara à ce sujet : « Nous étions deux gamins de la ferme du Midwest. Il cherchait à copier mon jeu, mais aussi ce qu’il prenait pour mon style de vie ». Kazan déclarera à son tour : « De tous les acteurs que j’ai rencontrés, Marlon est celui qui s’est le plus rapproché du génie. Il était à un niveau différent des autres. Il y avait en lui quelque chose de miraculeux ». Mais à Hollywood, Brando fait aussi parler de lui pour ses talents de séducteur. Les conquêtes féminines se multiplient.
Au tableau de chasse, figure même Marilyn Monroe. Les aventures sont très brèves. Mais ce qui est encore moins du goût de l’Establishment à l’époque, ce sont ses conquêtes masculines. On soupçonne le jeune acteur oscarisé d’avoir aussi des relations sexuelles avec des hommes, et notamment avec Wally Cox. A ce propos, il existe une photo, aujourd’hui très répandue sur le net, où l’on voit Brando tailler une belle pipe à un engin supposé appartenir à Cox. Ce n’est que bien des années plus tard que l’acteur avouera sa bisexualité.     

Le jeune prodige va bientôt se mettre Hollywood à dos. Alors qu’il doit jouer un pharaon pour le film L’Egyptien, il ne se présente jamais sur le plateau brandissant comme excuse un certificat médical. Le producteur Zanuck le traîne en justice et exige des dommages et intérêts. Brando perd ensuite sa mère et accepte de jouer Napoléon dans le film Désirée pour régler un litige avec la Fox. L’acteur décrit le film comme « superficiel et creux ». Il en va de même pour les productions suivantes. Que ce soit dans Blanches Colombes et Vilains Messieurs, La petite Maison de Thé, Brando enchaîne les mauvaises performances. En 1957, il épouse la starlette Anna Kashfi, leur union dure seulement deux ans. Conscient des faiblesses de ses dernières interprétations et du fait qu’il doit rebondir, il crée Pennebaker, une société de production qui lui permet de mieux choisir ses rôles.
Il accepte ainsi le rôle de Christian Diestl, un officier Nazi dans Le Bal des maudits. Brando s’investit totalement dans son rôle et signe une grande performance. Il humanise ce personnage de nazi, ce qui lui vaut beaucoup de controverses. Certains trouvent sa démarche géniale, d’autres la trouvent douteuse. Brando s’attire les foudres.

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En 1960 il se marie avec l’actrice Movita Castaneda. Il se lance ensuite dans un western intitulé La Vengeance aux Deux Visages qui doit être réalisé par Stanley Kubrick. Les deux hommes ne s’entendent pas et Brando parvient à faire évincer Kubrick du tournage. L’acteur se lance donc pour la première fois dans la réalisation. Il accumule alors les retards et fait exploser le budget, se moquant des alertes de la Paramount. Aujourd’hui, La Vengeance aux deux visages fait office de western sous-estimé où Brando dévoilait une autre facette de son talent. Cependant, l’acteur va littéralement sacrifier sa carrière pour des conflits personnels et des engagements sociopolitiques.
Après avoir été la plus grande star masculine d’Hollywood dans les années 50, Marlon Brando va faire tourner sa carrière de façon radicale à l’aube des années 60. En 1962, il fait exploser sa réputation d’acteur ingérable, capricieux et imprévisible sur le tournage du remake de Les Révoltés du Bounty. La réalisation de cette super production pourrait faire l’objet d’un article. Brando est tout simplement incontrôlable. L’acteur intervient sur tout et irrite tout le monde. Même Lewis Milestone qui pensait dompter le fauve n’en peut plus. Brando irrite même les producteurs et ses partenaires.

Il finit par diriger sa propre équipe pour tourner ses scènes. De plus tout, le monde sait que l’acteur, qui a déjà perçu 500 000 dollars, doit aussi toucher 5000 dollars par jour de retard. On commence donc à le soupçonner de ralentir volontairement le tournage. Cependant, il ne sera pas la seule cause de ce tournage véritablement infernal. C’est aussi durant la réalisation de ce film à Tahiti qu’il découvre Teti’aroa, un atoll qu’il achètera en 1966. Mais c’est aussi là qu’il rencontre Tarita, une jeune tahitienne qui joue le rôle d’une indienne dans le film. Celle-ci deviendra sa troisième et dernière épouse. Pour ce qui est de la performance dans le film, Brando est investi et signe une excellente prestation.
Cependant, il coulera en même temps que le Bounty. Désormais il a franchi les limites et personne ne veut plus travailler avec lui. Dans les années 60 la qualité de ses projets sera inégale allant du bon : Le Vilain Américain, Morituri, La Poursuite Impitoyable, Reflets dans un œil d’or, Queimada, Le Corrupteur ; au très médiocre : Les Séducteurs, L’homme de la Sierra, La Comtesse de Hong Kong, Candy, La Nuit du lendemain. Sa vie familiale est également un désastre.

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Parallèlement, il dévoile son côté d’homme engagé, notamment lors de la marche sur Washington pour les droits civiques. En 1964, en compagnie de Paul Newman, il manifestera au côté des Freedom Riders contre la ségrégation. Cette même année, il défend encore la cause des amérindiens pour revendiquer les droits tribaux des indiens en pêchant illégalement dans la rivière Puyallup. Mais l’acteur prend aussi part à la cause des Afro-Américains. Il sera très touché par la mort de Martin Luther King en 1968, pensant même abandonner sa carrière pour se consacrer aux droits civiques. Il soutient financièrement les Black Panther et assiste aux funérailles du leader noir George Jackson.
Il s’est aussi violemment opposé à la guerre du Vietnam. Bien évidemment, ses prises de positions lui coûtent cher et augmentent l’hostilité de l’Establishment à son égard. De plus il gère mal sa carrière refusant des rôles dans La Bataille des Anges, Butch Cassidy et Le Kid et L’Arrangement. Clairement, Brando est dans l’autodestruction. A l’aube des années 70, il est considéré comme un « Has been ». C’est un livre de Mario Puzo qui va le remettre sur les rails. En effet, les studios veulent adapter cette histoire de mafia que tout le monde connaît aujourd’hui très bien.

Ils mettent aux rennes du film le jeune Francis Ford Coppola, pensant pouvoir le manipuler facilement. En réalité, c’est lui qui les manipulera. Outre tous les problèmes du film, il convient de trouver un acteur qui aura les épaules pour incarner Don Corleone, alias Le Parrain. Puzo affirme avoir écrit le personnage en pensant à Brando. Il avait d’ailleurs envoyé un exemplaire de son bouquin à l’acteur. Mais à l’époque, l’artiste avait répondu : « Un parrain de la mafia, ce n’est pas pour moi ». Coppola à son tour insiste. Brando n’est plus en position de faire le difficile, sa carrière est au point mort, on le fuit comme la peste à Hollywood et il a des problèmes d’argent.
Coppola l’invite clandestinement à tourner un bout d’essai. L’acteur maquillé et portant une petite moustache sicilienne se met alors à partir dans un délire total. Il s’empare de deux mouchoirs qu’il se fourre dans la bouche et sous les joues pour se donner l’allure d’un bouledogue. En réalité, il vient de créer Don Corleone. Il revoit également le cachet qu’il demandait à la baisse. La Paramount est conquise et accepte de le prendre. Brando se retrouve alors avec une équipe de jeunes acteurs talentueux qui l’admirent : Al Pacino, James Caan, Robert Duvall… On sait tous aujourd’hui ce qu’est devenu Le Parrain, un film culte, souvent cité parmi les trois meilleurs films américains de tous les temps.

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A sa sortie, le film bat tous les records au box-office. Brando est de retour, le phœnix renaît de ses cendres. Il touchera une partie des recettes qui lui permettra de rectifier sa situation financière. Il se voit même décerné pour la seconde fois l’oscar du meilleur acteur. Brando tient sa revanche sur Hollywood. Pour ces derniers, c’est l’heure de la réconciliation, d’où l’oscar, ils pensent enfin faire rentrer l’acteur imprévisible dans le rang. Mais Brando n’est pas tellement un carriériste.
Lors de la cérémonie des oscars, il ne vient pas chercher sa statuette qu’il refuse. Il envoie sur scène l’indienne Sacheen Litlle Feather, vêtue en apache, pour faire un discours sur les mauvais traitements infligés au indiens d’Amérique. Ce discours, qui rend compte des méthodes scandaleuses du gouvernement, crée un émoi dans la salle. Une fois de plus, Marlon Brando crée la polémique. Marlon Brando est redevenu l’enfant terrible acclamé !

Les années 70 signent la renaissance du comédien. Il va tourner Le Dernier Tango à Paris avec Bernardo Bertolucci. Le succès du Parrain est monté à la tête de l’acteur. Alors que dans le film de Coppola, il s’était montré sérieux et assidu, il débarque sur le plateau de Bertolucci sans connaître une réplique. Qu’importe, il sort sa spéciale et improvise presque tout. Et le pire c’est que Bertolucci l’encourage à aller dans ce sens. Il y a eu beaucoup de rumeurs sur Le Dernier Tango à Paris.
Pourtant, tout (ou presque) fut simulé. Selon l'actrice, Maria Schneider, Brando aurait même dicté une partie de la mise en scène à Bertolucci. Le film déclenchera l’un des plus gros scandales de l’histoire du septième art. Brando n’en ressort pas indemne et déclare désormais vouloir jouer « de façon moins dévastatrice sur le plan émotif ».

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Brando vit toujours sur sa petite île tahitienne. Mais sa vie de famille s’est disloquée depuis longtemps. Lui et Tarita ont divorcé en 1972, notamment suite à des violences conjugales. En 1976, il accepte de jouer un chasseur de prime sur un ton parodique dans le western Missouri Breaks d’Arthur Penn. Une fois encore, l’acteur est en roue Libre et improvise tout. Le résultat est incroyable. Brando parvient même à éclipser son partenaire Jack Nicholson. A la fin des années 70. Il va retrouver Francis Ford Coppola qui tourne une adaptation du livre de Robert Conrad, Au cœur des Ténèbres, transposé à la guerre du Vietnam. Ce film, c’est bien sûr Apocalypse Now. Brando jouera le rôle du colonel Walter Kurtz, un officier devenu un fou sanguinaire. L’acteur se présente sur le tournage presque obèse, chauve et ne connaissant pas la moindre réplique. Il exige également des augmentations pour le retard du tournage. Coppola est déjà exténué par un tournage infernal devenu mythique.
Brando se propose de l’aider à revoir totalement le personnage de Kurtz. L’apport de l’acteur est indéniable. Une fois de plus, il improvise presque tout, notamment sa tirade terrifiante sur l’horreur. Sur le plateau cependant, il refuse catégoriquement de tourner en présence de Dennis Hopper. Brando, qui avait juré de ne plus s’investir autant dans un rôle depuis Le Dernier Tango à Paris, rompt son engagement avec Apocalypse Now. Lui-même avoue : « Jamais sans doute, je n’ai été si près de me perdre dans un rôle ».

Plus tard dans ses mémoires, l’artiste déclarera : « J’ai réussi à fourguer ma camelote à Francis, qui tomba dans le panneau comme un seul homme. Mais à vrai dire, ce que je cherchais surtout depuis le début, c’était un moyen de raccourcir mon rôle pour me donner moins de boulot ». Pure provocation et mauvaise foi habituelle de l’acteur qui, plus loin, avoue : « C’est l’une des meilleures scènes que j’ai jamais joué, parce qu’il fallait vraiment que je lutte pour garder mon contrôle. (…) J’étais hystérique ; je criais et je pleurais. Une scène merveilleuse ». Sa performance est un dernier coup d’éclat avant le déclin. En 1978, il incarne le père de Superman dans le film du même nom. Il négocie alors le contrat le plus juteux de toute l’histoire du cinéma : 3,7 millions de dollars pour treize jours de tournage avec en plus une part sur les recettes. La chute commence vraiment à partir des années 80. Il va ensuite enchaîner les films alimentaires : La Formule, Une saison blanche et sèche, Premiers pas dans la Mafia, Christophe Colomb, Don Juan de Marco, L’Ile du docteur Moreau, The Brave, Free Money et The Score.
L’acteur reconnaît lui-même qu’il a simplement besoin d’argent. Il se consacre désormais à son île Teti’aroa. Il se tient hors de portée de ce qu’il qualifie de « Hollywood Circus » qu’il déteste au plus haut point. Exilé comme un Robinson Crusoë, il a des projets pour son île. Quelques tempêtes et une mauvaise gestion financière mettent rapidement fin à ses rêves. Il continue à passer à la télévision dans les années 90.

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En 1995, sur CNN face à Larry King, il fait scandale, en déclarant qu'Hollywood, la capitale du cinéma « est tenue par les juifs ». Ces propos lui vaudront d’être taxés d’antisémite et d’être encore plus banni d’Hollywood. Son avocat Jay Kanter, lui-même juif, déclarera que l’acteur n’est pas antisémite. Il affirmera notamment que l’artiste « soutient l’Etat D’Israël », rappelant la pièce Un Drapeau est né à laquelle Brando avait participé. Mais Brando soutient publiquement la Palestine et critique de façon virulente l’Etat D’Israël. Ce qui lui vaudra à nouveau d’être injurié et traité d’antisémite.
Sa vie privée est un enfer, il doit entretenir une meute de femmes et d’enfants. Quand il n’est pas à Tahiti, il s’enferme dans sa villa de Mulholland Drive, se goinfrant d’hamburgers et grossissant de façon démesurée. Il dort le jour et passe ses nuits sur un poste radio à lancer des appels à des inconnus en mer. Son fils Christian assassine le petit ami de sa sœur Cheyenne dans la villa de son père. Il ira cependant témoigner pour la cause désespérée de ce fils ravagé. Des années plus tard, Cheyenne se suicidera.

Brando décède le 1 juillet 2004. Il laisse une empreinte indélébile dans le septième art. Comédien le plus surestimé de l’histoire pour certains, plus grand acteur de tous les temps pour d’autres, Brando ne laisse pas indifférent. Sa personnalité incroyable a fait de lui un mythe. Coppola dit de lui : «Si j’ai rencontré trois génies dans ma vie, Marlon Brando est incontestablement en haut de la liste. » D’une mauvaise foi légendaire et aussi d’une grande fainéantise, il a probablement foutu en l’air sa carrière, mais il n’a pas hésité à tout sacrifier pour ses opinions et ses prises de positions ou son mode de vie. Il avait tout ! Vraiment tout ! L’agent, la gloire, les femmes, la beauté, les voitures…
Mais il se moquait de tout ! Il a dit merde à tout ça, à la célébrité, à Hollywood, à une carrière prolifique et bien rangée, il voulait juste être Marlon Brando avec ses défauts et ses qualités.

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