ant-man

Genre : science-fiction, action
Année : 2015
Durée : 1h57

Synopsis : Scott Lang, cambrioleur de haut vol, va devoir apprendre à se comporter en héros et aider son mentor, le Dr Hank Pym, à protéger le secret de son spectaculaire costume d’Ant-Man, afin d’affronter une effroyable menace…   

La critique :

Depuis l'avènement d'Iron Man (Jon Favreau, 2008) au cinéma et surtout au firmament du box-office américain, Marvel Studios mène une lutte acharnée contre un autre concurrent digne de nom : DC Comics. Mais avec des productions dispendieuses (Thor en 2011, Captain America : first avenger toujours en 2011, Les Gardiens de la Galaxie en 2014, ou encore Avengers en 2012), Marvel Studios a largement imposé son hégémonie sur l'Oncle Sam et même au niveau international. 
Depuis 2006, la célèbre firme omnipotente songe à transposer les tribulations de l'Homme-Fourmi sur grand écran. Dans un premier temps, ce projet ambitieux et pharaonique échoit entre les mains chevronnées d'Edgar Wright. Le célèbre réalisateur de Shaun of the Dead (2004) est un thuriféraire des comics originels. Hélas, le cinéaste britannique ressort harassé et dépité du tournage de Scott Pilgrim (2010) qui a essuyé un camouflet.

Corrélativement, la date de sortie de l'Homme-Fourmi, aka Ant-Man dans la langue de Shakespeare, est plusieurs fois prorogée. De surcroît, Edgar Wright souhaite diligenter les opérations et n'entend pas les instigations de Marvel Studios. Désarçonné, le metteur en scène quitte le navire. Que soit. Marvel se tourne alors vers Adam McKay puis Rawson Thurber, mais sans succès. C'est finalement Peyton Reed qui écope de la réalisation d'Ant-Man, sorti en 2015.
Durant les années 1990, ce dernier a surtout officié pour plusieurs séries télévisées notables et notoires, entre autres Retour vers le Futur (1990) et The Computer Wore Tennis Shoes (1995). Côté réalisation, rien d'exceptionnel non plus, nonobstant quelques productions au succès modeste, notamment Bye Bye Love (2003), La Rupture (2006) et Yes Man (2009).

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Inutile alors de préciser que l'on n'attendait pas grand-chose d'Ant-Man, surtout que ce blockbuster doit se colleter avec une concurrence pléthorique. Ensuite, le film met en exergue un nouveau super-héros pas forcément très populaire aux yeux des néophytes. Mais peu importe. En soi, Ant-Man constitue une véritable gageure pour Peyton Reed et ses producteurs puisque le long-métrage est censé présenter la genèse d'un nouveau super-héros dans la panoplie Marvel.
Contre toute attente, Ant-Man recueille des avis presque unanimement panégyriques. Selon la presse spécialisée, le film n'a pas à rougir de la comparaison avec les plus grandes productions du moment. A contrario, le long-métrage obtient un succès plutôt mitigé, surtout aux Etats-Unis, soit sa cible privilégiée. En revanche, Ant-Man reçoit un accueil beaucoup plus enthousiaste à l'étranger.

C'est sûrement la raison pour laquelle, une suite, intitulée Ant-Man et la Guêpe, est d'ores et déjà annoncée pour cette année. La distribution de ce premier chapitre se compose de Paul Ruud, Michael Douglas, Evangeline Lilly, Corey Stoll, Bobby Cannavale, Michael Pena, Anthony Mackie, Wood Harris et Judy Greer. Attention, SPOILERS ! (1) Le cambrioleur Scott Lang doit aider son mentor, le docteur Henry "Hank" Pym en protégeant le secret du costume d’Ant-Man qui lui donne la capacité de rétrécir tout en augmentant sa force. Contre ces obstacles, Pym et Lang doivent planifier et réussir un cambriolage qui sauvera le monde. Mais avant d'accomplir cette mission, Scott devra s'attaquer à Darren Cross doté, lui aussi, d'un costume au même pouvoir (1).
A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas songer au film L'Homme qui Rétrécit, soit The Incredible Shrinking Man (Jack Arnold, 1957), auquel Ant-Man fait directement référence.

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La miniaturisation et ses corollaires est un sujet spinescent qui a longtemps passionné le cinéma de science-fiction durant les décennies 1950 et 1960. Pour Jack Arnold, la miniaturisation se nimbe de velléités cosmologiques et apparaît surtout comme un fardeau pour son protagoniste en déveine, un certain Scott Carey. Pour Peyton Reed et son héros d'infortune, Scott Lang, la miniaturisation s'apparente, à l'inverse, comme une véritable aubaine.
D'un petit cambrioleur qui collectionne les petits larcins ainsi que de courtes incarcérations, Scott Lang devient ce super-héros prisé et louangé par sa propre fillette. Mais avant de revoir cette dernière, Scott doit cesser ses activités illicites et frauduleuses, au grand dam de son ex-épouse. Hélas, on ne comprend pas trop l'intérêt de ces enjeux faméliques tant le personnage de Scott Lang apparaît comme un homme fantasque et puéril.

Bien conscient de l'inanité et de la vacuité de son protagoniste principal, Peyton Reed préfère se polariser sur ses personnages subalternes. Par exemple, la relation tumultueuse entre le docteur Pym (Michael Douglas) et sa fille, Hope Van Dyne (Evangeline Lilly) est beaucoup plus éloquente. Contrairement au diptyque Avengers, Ant-Man n'a pas pour vocation de proposer des pugilats et des déflagrations ad nauseam provoquant l'anéantissement de la ville de Manhattan.
Que soit. A défaut de verser dans les saynètes anthologiques et spectaculaires, Ant-Man préfère privilégier cette introspection sur ce monde subatomique et infinitésimal, à l'instar d'un Jack Arnold en son temps. C'est sans aucun doute la thématique prééminente et aussi la plus captivante de ce blockbuster, à savoir cette relation inhérente entre notre monde bien réel et un univers régi par les lois de l'invisible.

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Hélas, Peyton Reed n'étaye pas davantage cette thématique, sans doute trop pragmatique et scientifique, pour susciter l'adhésion des néophytes. Dommage car dans Ant-Man, il est bien question de ce néant béant et indicible régi par les dynamiques quantiques de la matière noire et de l'énergie sombre. Indubitablement, Peyton Reed n'est pas Jack Arnold et élude toute référence absconse à la condition humaine. C'est pourtant la thématique prédominante de ce super-héros affublé d'un costume technologique. Mais ne soyons pas si sévère. A défaut de proposer une métaphore ou une allégorie sur cette frontière ténue entre le visible et l'invisible, Ant-Man se pare d'un scénario perspicace, de personnages crédibles et peut s'enhardir de rivaliser avec Avengers et ses nombreux succédanés.
Avec le temps, nul doute que cette petite fourmi, aussi robuste que malicieuse, deviendra grande ; à condition de ne pas se laisser dévoyer par le lucre et les grands pontes d'Hollywood...

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver