the mirror oculus

Genre : horreur, épouvante (interdit aux moins de 12 ans) 
Année : 2014
Durée : 1h40

Synopsis : Après avoir passé 10 ans en institut psychiatrique, Tim, 21 ans, retrouve la liberté. Alors qu’il souhaite tirer un trait sur la mort violente de ses parents, l’événement à la source de son internement, sa soeur, Kaylie lui rappelle qu’ils s’étaient autrefois promis d’enquêter sur les causes mystérieuses de ce drame. Elle achète alors le miroir qui aurait précipité leurs parents dans une démence diabolique… 

La critique :

Corrélativement au genre torture porn qui triomphe dans les années 2000 (Saw de James Wan en 2004 et Hostel d'Eli Roth en 2006... Toujours la même ritournelle...), les activités paranormales et démonologiques signent également leur grand retour au cinéma et via le support vidéo. Que ce soit la saga Paranormal Activity initiée par Oren Peli, Sinister (Scott Derrickson, 2012), Mama (Andy Muschietti, 2013), Atrocious (Fernando Barreda Luna, 2011), Dark Skies (Scott Charles Stewart, 2013), ou encore le diptyque Conjuring réalisé par les soins de James Wan, tous ces films connaîtront des fortunes diverses. Conjointement, ils marquent l'hégémonie de Satan et de ses fidèles succubes sur le cinéma horrifique. Visiblement, le public médusé ne semble pas vraiment se lasser de toutes ces pellicules peu ou prou analogiques.

Mais au moins, Oren Peli et ses adjuvants ont eu la bonne idée de ne plus nous tarabuster avec les activités parapsychiques de la saga Paranormal Activity, une franchise erratique et moribonde qui a pourtant toisé le haut des oriflammes pendant presque une décennie. C'est donc au tour de The Mirror, ou Oculus, de Mike Flanagan en 2014, de se frayer un chemin escarpé parmi cette concurrence pléthorique. A l'origine, le film est l'adaptation d'un court-métrage, Oculus : Chapter 3 – The Man with the Plandu même réalisateur. Avant The Mirror, Mike Flanagan s'était déjà illustré avec Absentia (2011), une production indépendante, et n'a jamais caché son extatisme pour le cinéma d'épouvante.
Les thuriféraires du cinéaste citeront aisément Hush - Pas un bruit (2016), Ne t'endors pas (2016), Ouija : les origines (2016) et Jessie (2017).

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Vous l'avez donc compris. Mike Flanagan est donc un auteur prolifique qui a peu à peu imposé son monogramme sur le cinéma horrifique. Maintes fois récompensé dans les différents festivals et auréolé d'une réputation plutôt flatteuse, Mike Flanagan aspire désormais à toucher un large public via un succès populaire. The Mirror saura-t-il ameuter les foules dans les salles obscures ? A cette question, la réponse est heureusement positive puisque le long-métrage se solde par un succès commercial au box-office américain. Malencontreusement, ce succès inopiné ne dépasse pas les frontières américaines. Par exemple, en France, The Mirror est sorti en DTV (direct-to-video).
Pour l'anecdote, le film a même été présenté en compétition aux festivals internationaux de Toronto et de Gérardmer.

C'est dans ce contexte qu'il obtient les dithyrambes des spectateurs effarouchés en s'arrogeant le prix du public. Reste à savoir si The Mirror - à ne pas confondre avec Mirrors (Alexandre Aja, 2008) - mérite de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film se compose de Karen Gillan, Brenton Thwaites, Rory Cochrane, Katee Sackhoff, Annalise Basso, James Lafferty et Miguel Sandoval. Attention, SPOILERS ! (1) Tim Russell retrouve la liberté après avoir passé dix ans en institut psychiatrique pour avoir abattu dans son enfance, son père qui venait d'assassiner sa mère. Il souhaite enfin passer à autre chose mais sa sœur aînée, Kaylie, continue à vouloir enquêter sur les évènements mystérieux s'étant déroulé lors de la mort de leurs parents.
Elle retrouve donc le miroir antique que sa famille possédait à l'époque et qui, selon elle, aurait provoqué la mort mystérieuse de nombre de ses propriétaires et fait tomber leurs parents dans une folie meurtrière. 

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Elle installe de multiples dispositifs pour enregistrer les manifestations du miroir qui petit à petit, semble pouvoir influencer la perception de Tim et Kaylie. Ces enregistrements devaient se terminer par la destruction du miroir mais celui-ci se protège, en laissant croire que ce sont les protagonistes qui sont meurtriers et déments (1). A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas songer à un curieux maelström entre la série télévisée La Quatrième Dimension (ou The Twilight Zone), Amityville, la maison du Diable (Stuart Rosenberg, 1979) et Poltergeist (Tobe Hooper, 1982).
Pour l'anecdote, il existe même un épisode de The Twilight Zone, sobrement intitulé Le Miroir, qui relate les tribulations d'un général d'un pays de l'Amérique Central en pleine séance de réverbération mentale. Dans The Mirror, point d'individu omnipotent ni autocratique qui rêve de gloriole et de pouvoir.

Cependant, Mike Flanagan exploite à son tour cette thématique spinescente via cette frontière ténue entre la réalité et ce monde invisible reflété par un objet au passé machiavélique. Sur ce dernier point, la rhétorique de The Mirror n'est pas sans rappeler la dialectique ânonnée par la saga Conjuring (précédemment mentionnée). Toutefois, Mike Flanagan n'a pas pour vocation de mimer ses augustes devanciers pour signer un film personnel et surtout à consonance familiale.
Il se dégage, de The Mirror, un parfum de souffre et de scandale sur fond d'infanticide, de neurasthénie mentale et de parenticide. C'est sûrement la raison pour laquelle le long-métrage procède par flashback, sondant et analysant le passé tumultueux d'une famille de la middle class américaine. Ingénieux, Mike Flanagan dissémine, çà et là, plusieurs pistes élusives sur l'historique de ce miroir démoniaque.

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En outre, l'objet apparaît comme une sorte de réflecteur mental assassinant, de façon mystérieuse, ses infortunés possesseurs. Mike Flanagan opacifie son propos en confinant le spectateur, ainsi que ses deux personnages principaux, dans un huis clos labyrinthique et amphigourique. Ainsi, le miroir maléfique échappe à toute explication rationnelle et se joue de la frontière ténue entre l'espace et le temps, entre la mémoire et le factuel. Ingénieux, Mike Flanagan oppose deux points de vue antagonistes : Kaylie Russell opte pour l'explication spirituelle et métaphysique alors que son frère, Tim, se range du côté de la psychanalyse et de ses corollaires. L'explication à ces phénomènes paranormaux se trouverait au plus profond de notre psyché et serait inhérent à notre propre interprétation de la réalité. 
En ce sens, The Mirror revêt davantage une consonance systémique, scrutant insidieusement les failles et les fêlures d'une famille qui périclite sans raison apparente.

Indubitablement, The Mirror possède de solides arguties dans sa besace et ne manquera pas de tarauder le spectateur après son générique final. Toutefois, le long-métrage souffre parfois d'une certaine récursivité dans ses séquences horrifiques. De surcroît, le manque d'explication aura surtout pour conséquence de décontenancer les néophytes. A contrario, le film flagornera sans doute un public beaucoup plus aguerri. Mais au moins, The Mirror a le mérite de se démarquer de la concurrence en proposant de nouvelles alternatives. Indiscutablement, Mike Flanagan possède un solide potentiel. 
Dommage que le cinéaste n'étaye pas davantage son sujet. Mais ne soyons pas trop sévère. Pour une fois que l'on tient un film d'épouvante qui sort des conventions habituelles, on ne va pas s'en plaindre. Ensuite, on appréciera les efforts de mise en scène, ainsi que le travail cérémonieux de Mike Flanagan, un réalisateur au talent irréfutable...

Note : 13.5/20

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(1) Synopsis du film : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Mirror_(film,_2013)