Plan_nine_from_outer_space

Genre : science-fiction, épouvante, inclassable 
Année : 1959
Durée : 1h19

Synopsis : Des extraterrestres appliquent le plan 9 destiné a manœuvrer les terriens. Plan diabolique, il consiste à la résurrection des morts en introduisant des électrodes à longue portée stimulant la glande pinéale de cadavres récemment enterrés.  

La critique :

Tout thuriféraire de nanars et du cinéma bis se doit de connaître le nom d'Edward David Wood Junior, soit Ed Wood pour les intimes. Ce nom, surgi de nulle part, suinte à la fois la série Z impécunieuse, les bouts de ficelle et les fonds de grenier pour grimer les acteurs de costumes funambulesques. Autant d'accoutrements protéiformes et bigarrés que n'auraient pas reniés un certain Paul Blaisdell, un autre parangon du cinéma bis. La carrière cinématographique d'Ed Wood débute dès la fin des années 1940 avec deux courts-métrages, The Streets of Laredo (1948) et The Sun Was Setting (1951).
Puis, en 1953, Ed Wood réalise le tout premier film transgenre, Glen or Glenda, par ailleurs adapté de l'opuscule éponyme de Christine Jorgensen. Hélas, le long-métrage se soldera par un bide commercial. Durant le tournage, le cinéaste arbore orgueilleusement des frusques et des sous-vêtements féminins.

Cet affublement ne manque pas d'effaroucher le producteur du film. Ed Wood sera même taxé de cancre par son financeur, au grand dam du réalisateur. Ed Wood admire et acclame le travail d'Orson Welles sur Citizen Kane (1956), un chef d'oeuvre qu'il cite régulièrement comme une sorte de bréviaire. A son tour, Ed Wood veut réaliser son Citizen Kane à lui. Après avoir signé d'autres séries Z désargentées (Jail Bait en 1954 et La Fiancée du Monstre en 1955, entre autres), Ed Wood se lance dans un projet pharaonique, celui qui doit ériger son talent aux yeux et à la face du monde entier.
Ce sera Plan 9 From Outer Space, sorti en 1959. A l'époque, Ed Wood est déjà auréolé d'une réputation peu flatteuse. Les critiques, les producteurs mercantiles et le petit monde d'Hollywood tancent et admonestent ses films qu'ils jugent d'une nullité effarante.

PLAN 9 3

Pas Ed Wood qui s'échine à obliquer dans cette direction fantasque et spinescente. A l'origine, le métrage doit initialement s'intituler Grave Robbers From Outer Space ; un titre qui ne sied guère à l'Eglise Baptiste, une sorte de secte peu scrupuleuse qui accepte de financer le film pour la modique somme de 60 000 dollars. Les membres de cet étrange aéropage exhortent Ed Wood à changer l'intitulé du film. Grave Robbers From Outer Space se transmute alors en Plan 9 From Outer Space.
A défaut de connaître les aléas de la notoriété, cette oeuvre science-fictionnelle se solde, derechef, par un bide commercial. Désarçonné, Ed Wood ne s'en remettra jamais et sombrera peu à peu dans l'alcool et la déchéance. Opiniâtre, il s'ingéniera dans le cinéma bis via d'autres productions truculentes, notamment Night of the Ghouls (1959) et Necromania (1971).

Pour survivre, Ed Wood acceptera même de tourner quelques films érotiques. En 1978, il meurt d'une crise cardiaque, probablement alangui par l'alcool et la précarité. Clap de fin ou presque... Bien des années plus tard, un livre répertorie les plus mauvais films de l'histoire du cinéma via un classement hiérarchique. Plan 9 From Outer Space atterrit promptement à la première place et est donc considéré comme le plus mauvais film de tous les temps, une gloriole qu'il partage désormais avec Turkish Star Wars (Cetin Inanç, 1978), suivi de très près par The Room (Tommy Wiseau, 2003).
Mais cette notoriété impromptue interviendra bien des années après le décès d'Ed Wood. Etrange paradoxe pour ce cinéaste qui rêvait de gloire et de célébrité. En outre, Plan 9 From Outer Space est le tout premier film de l'histoire du cinéma à recourir aux stock-shots, soit à des extraits de documentaires pour jalonner une pellicule éparse et débridée.

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Cette oeuvre inclassable et iconoclaste est un véritable concentré du style unique et inimitable d'Ed Wood avec son florilège d'anecdotes pittoresques. Oui, Ed Wood se grimait bien en femme lors du tournage. Oui, tout le casting acceptera d'adhérer à l'Eglise Baptiste pour les besoins financiers du film. Oui, c'est bel et bien Tom Mason qui remplace au pied levé un Bela Lugosi moribond et agonisant pour sa fausse ressemblance avec l'acteur. Oui, Ed Wood ne tournait qu'une seule et unique prise pour chaque séquence. Et tant pis, si le décor s'effondre, que le jeu des acteurs soit au mieux soporifique et approximatif, que les effets spéciaux soient archaïques et primitifs... 
Pourtant, le cinéma lui rendra hommage avec le bien nommé Ed Wood (Tim Burton, 1994), une pellicule autobiographique (un biopic...) qui revient, entre autres, sur le tournage de Plan 9 From Outer Space.

Hormis Bela Lugosi et Tom Mason, la distribution de Plan 9 From Outer Space se compose de Gregory Walcott, Mona McKinnon, Duke Moore, Tom Keene, Carl Anthony, Paul Marco, Tor Johnson, Dudley Manlove, Joanna Lee, Lyle Talbot et Maila Nurmi. Attention, SPOILERS ! (1) Dans les années 1950, des extra-terrestres, alarmés par la maîtrise balbutiante de l'énergie atomique, craignent que les progrès scientifiques de l'Humanité ne l'amène à détruire par accident la galaxie tout entière. Ils décident alors de prendre contact avec les gouvernements terriens afin de les persuader de renoncer à cette course à l'armement nucléaire. Peine perdue : les autorités américaines répondent par un méprisant silence avant d'ordonner à l'armée de tirer sur les soucoupes volantes.
Les extra-terrestres n'ont cependant pas dit leur dernier mot. Comme aucun plan diplomatique ne semble déboucher sur une conclusion heureuse, ils décident de mettre en place le « plan 9 », qui vise à ressusciter les morts pour punir ces humains inconscients.

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D'inquiétants personnages hantent peu à peu les cimetières californiens : goules, femmes vampires et zombies fraîchement déterrés se mettent à harceler les résidences des alentours. Heureusement, les Américains vont se rebeller et lutter contre les extra-terrestres (1). A l'aune de cette exégèse, difficile de comprendre ce qui se trame derrière un scénario aussi ubuesque, qui mélange inopinément extraterrestres bellicistes, fantômes décrépits de cimetière, soucoupes volantes, science-fiction, épouvante, saynètes martiales et autres morts-vivants sévèrement alanguis.
Evidemment, on pourrait aisément procéder à la liste des aberrations et des carences d'une telle pellicule : entre les incohérences qui fourmillent par dizaine, les acteurs laissés à l'abandon et en pleine séance d'improvisation, un scénario amphigourique, les faux raccords, des scènes tournées en studio alors que l'action est censée se fondre dans un décor naturel...

Même le point de départ manque de limpidité. Des extraterrestres veulent s'emparer de notre planète, puis de notre cerveau humain, puis finalement de notre âme pour avilir notre espèce. Seul bémol et pas des moindres, ils ne sont que trois... Ensuite, à l'aune de leur armada, pourquoi n'utilisent-ils pas leur technologie martienne ? Pourquoi réveiller les morts ? D'ailleurs, cette armée de zombies putrescents et claudicants se compte sur les doigts atrophiés de la main...
En l'état, seul Ed Wood semble disposé à comprendre un scénario aussi retors et échevelé. Certes, on ne pourra nier une certaine sympathie, clémence et mansuétude à l'égard de cette série Z inconséquente. Certes, on ne pourra pas désavouer cet amour presque narcissique d'Ed Wood (pour lui-même évidemment...) et pour le Septième Art. Il n'empêche qu'objectivement, Plan 9 From Outer Space est d'une cancrerie à la fois abyssale et insondable.
A lui seul, le film représente un autre pan du cinéma, ainsi qu'une autre façon d'envisager cet art sous de nouvelles aspérités et truculences. C'est aussi la raison pour laquelle nous n'attribuerons pas de note puisque cette oeuvre dépasse le cadre même du cinéma.

 

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_9_from_Outer_Space