cop land

Genre : action, policier 
Année : 1997
Durée : 1h44

Synopsis : A Garrison, cité-dortoir pour les flics de New York, le shérif Heflin est un dépressif obèse que personne ne respecte. La loi du silence de la profession lui impose un jour de masquer une bavure mortelle, mais l'insistance de l'incorruptible enquêteur Tilden va l'obliger à faire un choix... 

La critique :

James Mangold n'a jamais caché son extatisme pour le film noir, le polar et les westerns spaghettis. Une apologétique corroborée dès sa toute première réalisation, sobrement intitulé Heavy (1995). Si le film n'ameute pas spécialement les foules dans les salles, il obtient, à l'inverse, les vivats de critiques unanimement panégyriques. Pour James Mangold, il faudra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'à l'orée des années 2000 pour enfin accéder à la notoriété.
Identity (2003) et Walk The Line (2005) se soldent par des scores probants au box-office américain. Par la suite, le cinéaste américain tente d'exhumer le western de sa sépulcre via 3h10 pour Yuma (2007), le remake d'un film éponyme. Hélas, cette production (presque iconoclaste) essuie un camouflet malgré la présence de comédiens prestigieux.

Que soit. Les producteurs hollywoodiens confient à Mangold deux blockbusters dispendieux (pléonasme...) avec Wolverine : le combat de l'immortel (2013) et Logan (2017). Indubitablement, James Mangold possède un style affiné, raffiné même. Le metteur en scène n'a jamais tari d'éloges pour ce cinéma de naguère, celui qui prisait, jadis, ces héros taciturnes et brisés par un destin obséquieux et cruel. C'est dans cette dialectique que s'inscrit Cop Land, ou Copland, sorti en 1997. En l'occurrence, Cop Land écopera du même sort que Heavy dans les salles obscures.
Le succès commercial est plutôt modeste, au grand dam de Mangold. A contrario, le film reçoit les acclamations de la critique. Ce long-métrage policier, aux allures de western moderne, peut s'enhardir de coaliser un casting pharaonique.

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Sylvester Stallone, Harvey Keitel, Ray Liotta, Robert de Niro, Peter Berg, Robert Patrick, Michael Rapaport, Janeane Garofalo, Annabella Sciorra et Noah Emmerich viennent diligenter leur érudition dans une distribution pléthorique. A l'orée des années 1990, Sylvester Stallone a déjà entamé sa traversée du désert. Six ans auparavant, l'acteur a essuyé une rebuffade avec le très médiocre Rocky 5 (John G. Avildsen, 1990), puis a enchaîné avec L'Expert (1995), Arrête ou ma mère va tirer ! (Roger Spottiswoode, 1992), Demolition Man (Marco Brambilla, 1993), ou encore Judge Dredd (Danny Canon, 1995). Seul Cliffhanger : traque au sommet (Renny Harlin, 1993) fait figure d'exception.
Ce sera le seul et unique succès commercial de Stallone durant les années 1990. Dubitatif, le comédien tente de varier ses rôles et ses personnages au cinéma. 

L'acteur est invariablement relié à John Rambo et Rocky Balboa, deux personnages fictifs et populaires, qui ont signé sa consécration et son hégémonie sur le box-office américain entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1980. Mais l'acteur, désormais, chenu aspire à des rôles plus complexes. Pour incarner le shérif ventripotent, Freddy Heflin, l'interprète sera sommé de prendre plus de 18 kilos pour ce rôle. C'est donc un Sylvester Stallone harassé et bedonnant qui apparaît subrepticement à l'écran. Mais l'acteur n'est pas le seul à subir une transformation physique puisque Robert de Niro et Robert Patrick se parent à leur tour de bacchantes imposantes.
Même remarque pour Ray Liotta qui connaît le même sort que Stallone en arborant une adiposité ostentatoire.

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Pour les thuriféraires de Sylvester Stallone, Cop Land constitue l'un des films les plus probants de l'acteur. Reste à savoir si le long-métrage mérite de telles flagorneries. Réponse dans les lignes à venir... Attention, SPOILERS ! (1) À Garrison, dans le New Jersey, les flics new-yorkais font régner la loi - leur loi. Cette ville de banlieue, surnommée « Cop Land », sert de cité-dortoir aux policiers du NYPD. Freddy Heflin, le shérif local, a toujours rêvé d'être des leurs, mais il est sourd de l'oreille droite. On lui accorde tout juste le droit de régler la circulation !
Jusqu'au jour où... Murray « Superboy » Babitch, un jeune officier de police commet une bavure. Refusant de laisser plonger leur collègue, les résidents le couvrent et le font « disparaître ». 
La tension monte lorsque Moe Tilden des Affaires Internes est dépêché sur place.

Il soupçonne rapidement la mise en scène policière et s'efforce de rallier Freddy à son enquête. Fatigué et résigné, celui-ci adopte une attitude passive. Entre la femme dont il est secrètement amoureux, les hommes qu'il admire et la justice dont il est le représentant, le shérif va devoir choisir... (1) Indiscutablement, Cop Land permet de voir et d'apprécier Sylvester Stallone - "Sly" pour les intimes - sous de nouveaux oripeaux. En outre, le spectateur hébété sera surpris par la stature plantureuse de l'acteur. Jamais Stallone n'a paru aussi boursouflé, éreinté et neurasthénique que dans ce polar aux intonations contristées. Nouveau rôle, donc nouvel acteur.
Stallone prouve, avec Cop Land, qu'il peut revêtir d'autres frusques, cette fois-ci lacérées et dépenaillées par un destin tragique, celui qui a vu le shérif Freddy Heflin plonger au fond de l'eau pour sauver la "belle" d'une mort certaine.

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Depuis, Freddy assure la pérennité d'une ville beaucoup trop tranquille pour être parfaitement sécure. En catimini, les trafics, la suspicion et la félonie grondent dans la ville de Garrison. Opiniâtre, le lieutenant Moe Talden (Robert de Niro) a parfaitement cerné le subterfuge et suspecte fortement Ray Donlan (Harvey Keitel) et sa bande de mécréants de s'adonner à des activités frauduleuses sous forme de prêts fonciers et immobiliers. Même la police peut s'acoquiner avec la mafia et se laisser fourvoyer par le lucre et le pouvoir. Mais "nul n'est au-dessus des lois" déclame péremptoirement un Robert de Niro cérémonieux et dogmatique. Le shérif Heflin va l'apprendre à ses dépens.
D'un bibendum oisif et malentendant qui préfère fermer les yeux sur les activités illicites de ses camarades, le shérif retrouve un simulacre de probité et de vaillance lorsqu'il découvre les roueries de ses anciens collègues. 

Il règne, dans Garrison, une odeur malaisante. C'est cette même odeur pestiférante qui semble jalonner une Amérique à priori glabre et irréprochable. Une chimère s'écrie un James Mangold un brin emphatique. Malgré un rythme volontairement indolent, Cop Land s'achemine tranquillement vers un puzzle périphérique et transversal dans lequel des flics cachent un homme porté disparu. Un autre flic cogne assidûment sur sa femme. Puis, encore un autre flic finit par s'escarper de la ville, bien conscient de la nocuité d'une telle situation. Pas Freddy Heflin qui se rêve, ésotériquement, en thaumaturge et en redresseur de torts. Cop Land, c'est aussi le portrait peu glorieux d'une Amérique poltronne et pusillanime qui se tapit derrière des bacchantes ou un physique beaucoup trop replet pour ne pas révéler, tôt ou tard, ses propres fêlures. En résulte un polar nihiliste qui, subrepticement, retrouve quelques couleurs rougeoyantes et vindicatives, dans son dernier quart d'heure.

 

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cop_Land