secte cannibales

Genre : horreur, gore, trash, extrême (interdit aux moins de 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux moins de 16 ans aujourd'hui)
Année : 1980
Durée : 1h27

Synopsis : Une jeune femme se lance à la recherche de sa soeur disparue en pleine jungle de Nouvelle-Guinée au risque de se retrouver aux prises avec une tribu de cannibales... 

La critique :

A tort, Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980) est souvent considéré comme le tout premier film de cannibales. Si cette oeuvre polémique et sulfureuse lance bel et bien les inimitiés, c'est pourtant Cannibalis : au pays de l'exorcisme (Umberto Lenzi, 1972) qui érige et contient les premiers relents de l'anthropophagie au cinéma. Le cas d'Umberto Lenzi mérite qu'on s'y attarde au moins quelques instants. Le cinéaste et scénariste transalpin est un réalisateur à la fois prolifique, éclectique et opportuniste. Après s'être tourné vers le film d'aventure (Sandokan - Le tigre de Bornéo en 1963 et Maciste contre Zorro la même année), Umberto Lenzi officie également dans le giallo (Si douces, si perverses en 1969 et Le Tueur à l'Orchidée en 1972), dans les films de guerre et d'espionnage (La Légion des Damnés en 1969 et Les Chiens Verts du Désert en 1967), le registre policier (La Rançon de la Peur en 1975) et bien sûr, le gore ad nauseam (L'Avion de l'Apocalypse en 1980 et Cannibal Ferox en 1981).

Quel que soit le style ou le registre cinématographique, Umberto Lenzi n'a jamais caché son extatisme pour le cinéma bis, quitte à verser dans la complaisance et la surenchère. Impression corroborée par La Secte des Cannibales, ou Eaten Alive, sorti en 1980. Le long-métrage est tourné en pleine effervescence du film de cannibales et surtout juste après la sortie de Cannibal Holocaust. A l'époque, tous les grands parangons du cinéma bis se disputent la couronne du film le plus gore et le plus malséant de l'histoire du noble Septième Art. Si c'est bien le fameux Cannibal Holocaust qui détient le triste record d'interdictions, certaines productions tentent de faire vaciller le champion de la condescendance.
Sur ce dernier point, La Secte des Cannibales est souvent répertorié parmi les pellicules les plus extrêmes et barbares du genre anthropophage.

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En l'occurrence, La Secte des Cannibales recourt largement à la mode des stock-shots et reprend impunément plusieurs séquences (en particulier des massacres d'animaux) de Cannibalis : au pays de l'exorcisme (précédemment mentionné), Le Dernier Monde Cannibale (Ruggero Deodato, 1977) et La Montagne du Dieu Cannibale (Sergio Martino, 1978). Pour l'anecdote, Eaten Alive s'inspire en partie d'une histoire vraie, tout du moins de la secte du Temple du Peuple, tristement célèbre pour un suicide collectif qui s'est déroulé dans les années 1960.
A l'instar de Cannibal Holocaust et de Cannibal Ferox, La Secte des Cannibales n'échappe pas aux anathèmes, à la censure et aux quolibets via une interdiction aux moins de 18 ans. Néanmoins, une telle réprobation sera minorée par la suite.

Aujourd'hui, le film est interdit aux moins de 16 ans, ce qui est plutôt surprenant à l'aune des animosités. La distribution du long-métrage se compose de Robert Kerman, Janet Agren, Ivan Rassimov, Paoloa Sanatore et Mel Ferrer. Attention, SPOILERS ! (1) New York, 1980. La ville est frappée par une série de meurtres au moyen de flèches trempées dans du venin de cobra. À la suite d'un accident de la circulation au cours duquel l'assassin a trouvé la mort, la police locale découvre un film appartenant à Diana Morris (Paola Senatore), et elle convoque sa sœur Sheila (Janet Agren) dans l'espoir d'un indice. 
Sheila elle-même, inquiète du sort de sa sœur dont elle n'a pas de nouvelles depuis longtemps, part en secret à sa recherche. L'analyse de la vidéo semble conduire à une communauté religieuse new-yorkaise appelée Secte de la Purification, qui aux ordres du gourou Melvyn Jonas (Ivan Rassimov), a fondé un village au cœur de la jungle de Nouvelle-Guinée, après que quelques mois plus tôt il ait convaincu la secte tout entière de s'y réfugier pour rejeter la civilisation occidentale et revenir aux origines, sans se préoccuper des dangers qu'offrent l'environnement hostile et les tribus indigènes cannibales.

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Arrivée sur les lieux, Sheila engage Mark Butker (Robert Kerman) pour lui servir de guide dans la jungle, c'est un déserteur qui a fui le Vietnam et s'est réfugié là-bas. Après avoir échappé à mille dangers tous les deux rejoignent le Village de la Purification où enfin ils rencontrent Diana Morris. Malheureusement les dangers ne font que commencer pour les protagonistes, parce qu'il apparaît que le gourou Jonas s'adonne aux pires pratiques sadiques et manipulatrices et par tous les moyens possibles s'oppose à leur départ (1). Autant l'annoncer de suite.
La Secte des Cannibales ne badine pas avec le gore ni les sensations sanguinolentes. Les âmes sensibles et pudibondes (en particulier les spectateurs qui sont réfractaires aux massacres gratuits d'animaux) sont donc priées de quitter leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates.

Car, en termes d'infamies, La Secte des Cannibales est un véritable florilège de dépeçages et autres exactions perpétrées sur la faune locale. Umberto Lenzi ne porte pas vraiment un oeil bienveillant sur l'espèce humaine, loin de là. Personne ne trouve grâce aux yeux du cinéaste transalpin qu'ils soient des touristes occidentaux, des anthropophages ou pis encore, les membres dévots d'une secte sadique, tortionnaire et perverse. Comme l'indique l'intitulé du long-métrage, La Secte des Cannibales s'apparente davantage à un film de secte plutôt qu'à un film de cannibales.
Mais que les adulateurs de trash et autres érubescences se rassérènent, Umberto Lenzi se montre plutôt magnanime en termes d'ignominies. Au programme des tristes réjouissances, des animaux mutilés et goulûment tortorés, des énucléations à satiété, des organes lacérés, des amputations à profusion, des femmes atrocement violées, torturées et suppliciées avant d'être à leur tour dévorées.

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D'ailleurs, Umberto Lenzi insiste tellement sur cette série d'agapes et de priapées sanguinolentes, la plupart du temps perpétrées sur la gente féminine, qu'il est difficile de ne pas y voir une oeuvre profondément misogyne. De facto, La Secte des Cannibales s'apparente à un long-métrage épars, hybride et protéiforme qui mélange, avec plus ou moins de sagacité et de cohérence, le film d'aventure, l'horreur, l'anthropophagie, le film de secte et certaines saynètes érotiques à la limite de la pornographie déviante. La Secte des Cannibales n'a donc rien à envier à Cannibal Holocaust et peut s'enhardir de séquences outrageantes. Au-delà de ses tares et de ses carences, cette oeuvre gore et horrifique se pare néanmoins d'une certaine tension et surtout de nombreuses saynètes d'action.
Force est de constater que l'on ne s'ennuie jamais. Umberto Lenzi n'a pas vraiment pour vocation de s'appesantir sur la psyché de ses divers protagonistes. De surcroît, le cinéaste met en exergue une critique au vitriol des dérives sectaires et de ses corollaires. En résulte une série B rougeoyante et un brin racoleuse qui devrait néanmoins ravir les aficionados.

 

Note : 12/20

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(1) Synopsis du film : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Secte_des_cannibales