hard candy

Genre : thriller (interdit aux - 16 ans)
Année : 2006
Durée : 1h43

Synopsis : Hayley et Jeff se sont connus sur Internet. Elle est une très belle adolescente de 14 ans, et lui un séduisant photographe trentenaire. C'est elle qui a suggéré d'aller chez lui pour être plus tranquille, elle qui a voulu qu'il prenne quelques photos, elle qui leur a servi à boire et a commencé à retirer ses vêtements... Lorsqu'il se réveille, Jeff est ligoté et Hayley retourne tout chez lui. Elle a des questions à lui poser, et elle est décidée à obtenir des réponses. Elle sait qu'elle n'est pas la première adolescente à venir chez Jeff, elle veut découvrir ce qu'est devenue Donna Mauer.

La critique :

Avant d'officier pour le noble Septième Art, le cinéaste britannique, David Slade, a surtout réalisé des clips vidéo pour plusieurs groupes ou artistes notables et notoires, entre autres Aphex Twin, Rob Dougan, System of A Down, Stone Temple Pilots, Tori Amos et Muse (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/David_Slade). Puis, en 2006, il s'attelle à son tout premier long-métrage, Hard Candy, un film indépendant et américain tourné pour la modique somme de 950 000 dollars.
Mais une telle impécuniosité n'est pas forcément synonyme de médiocrité et pour preuve... Puisqu'à ce jour, Hard Candy reste de loin (de très loin...) le meilleur film de David Slade. En outre, le metteur en scène n'est pas vraiment un artiste prolifique, même si certains thuriféraires citeront évidemment Twilight - Chapitre III : Hésitation (2010) et 30 Jours de Nuit (2007).

Depuis la sortie de Twilight - Chapitre III, David Slade a peu ou prou disparu de la circulation, tout du moins des sorties cinématographiques. En l'occurrence, le cinéaste s'est surtout polarisé sur l'univers foisonnant et exhaustif des séries télévisées en réalisant un ou plusieurs épisodes de Black Mirror (2011), Hannibal (2013 - 2015), Awake (2012) et Breaking Bad (2008 - 2013). Pour la petite anecdote, le tournage de Hard Candy, d'une durée laconique de huit jours, sera nimbé par un parfum de souffre et de scandale. Une information néanmoins à minorer.
Certes, ce thriller anxiogène aborde le sujet, toujours douloureux et spinescent de la pédophilie. C'est aussi la raison pour laquelle les producteurs dubitatifs, en particulier Lions Gate, feront preuve de frilosité et même de pingrerie pour accorder un budget famélique ne dépassant pas le million de dollars.

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D'ailleurs, le long-métrage écopera d'une interdiction aux moins de 16 ans dans nos contrées hexagonales. Toutefois, rien de sensationnel non plus et, au final, peu d'arguties qui corroborent une telle réprobation, en dehors d'une violence psychologique sous-jacente. Que soit. Opiniâtre, David Slade s'ingénie à réaliser une pellicule outrecuidante, abordant sans sourciller une thématique emprunte d'invectives, de débats et de polémiques. La distribution de Hard Candy se compose de Patrick Wilson, Ellen Page, Sandra Oh, Jennifer Holmes et Gilbert John.
Attention, SPOILERS ! (1) Hayley et Jeff se sont connus sur Internet. Hayley est une très jolie adolescente de 14 ans et Jeff un séduisant photographe trentenaire. C'est elle qui a suggéré d'aller chez lui pour être plus tranquille, elle qui a voulu qu'il fasse quelques photos, elle qui leur a servi à boire et a commencé à se déshabiller...

Lorsqu'il se réveille, Jeff est ligoté et Hayley retourne tout chez lui. Elle a des questions à lui poser, et elle est décidée à obtenir des réponses. Elle sait qu'elle n'est pas la première adolescente à venir chez Jeff, elle veut découvrir ce qu'est devenue Donna Mauer. Sur le Net, elle a aussi appris comment on pouvait jouer avec un bistouri, et elle meurt d'envie d'essayer... (1). Jeff proteste et affirme son innocence tandis que Hayley tente de le faire avouer, et commence à lui infliger des sévices…
A l'aune de cette exégèse, difficile de dissimuler son enthousiasme pour une pellicule aussi ambitieuse et prometteuse, d'autant plus que Hard Candy a recueilli des avis et des critiques unanimement panégyriques. Reste à savoir si le film mérite de telles flagorneries. 
Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... A travers Hard Candy, David Slade sait qu'il va forcément susciter la controverse.

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Pour un tout premier long-métrage, le metteur en scène montre une certaine érudition dans la mise en scène. Paradoxalement, le film dénote justement par l'archaïsme et la frugalité de sa réalisation. Peu ou prou de séquences tournées en extérieur si ce n'est quelques saynètes élusives. L'essentiel du film se déroule dans une demeure cossue et esseulée au beau milieu de nulle part. De facto, Hard Candy repose avant tout sur le concept du huis clos et sur une confrontation entre une jeune femme (Hayley), à priori inoffensive, et un photographe (Jeff) au sourire angélique.
Mais la maison de Jeff va bientôt devenir son propre tombeau... 
Sans fard, David Slade intervertit la dialectique du maître et de l'esclave. La proie, à fortiori ingénue, se révèle finalement perspicace en masquant son vrai visage.

A contrario, le prédateur se transmute en une victime éplorée, criant son innocence et réclamant la gratitude de son étrange tortionnaire. Ce n'est pas un hasard si David Slade grime son héroïne principale, Hayley Stark, en une sorte de chaperon rouge. Seule différence et pas des moindres, le chaperon rouge n'est plus cette jouvencelle candide se jetant inopinément dans la gueule du loup, mais une adulescente atrabilaire et revancharde. La jeune femme punit les violeurs et les pédophiles en appliquant une justice inique et irrévocable. Pour punir ces prédateurs sexuels, rien de telle qu'une émasculation ! Jeff Kohlver se retrouve alors dare-dare ligoté sur une table, le visage hagard, le froc baissé et menacé par son nouveau bourreau. Vous l'avez donc compris.
Hard Candy n'a pas vraiment pour velléité de verser dans le gore ni dans les saynètes érubescentes. 

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La violence est avant tout psychologique, le but étant d'estourbir durablement les persistances rétiniennes. Une mission remplie avec une mention assez bien en l'occurrence. Si Hard Candy est bel et bien le meilleur film de David Slade depuis son éclosion dans la sphère cinématographique, le métrage n'est pas exempt de tout reproche. Certes, à raison, les adulateurs de cette pellicule mettront en exergue les excellentes partitions d'Ellen Page et de Patrick Wilson.
A elle seule, cette opposition inéquitable justifie le visionnage de Hard Candy. La tension est évidemment palpable dès le préambule. A priori, la toile de fond du film repose sur cette justice qui doit être appliquée sur les sociopathes pédophiles. En vérité, c'est un tout autre débat qui est diligenté, en filigrane, par ce huis clos âpre et tourmenté.

Nous ne sommes qu'en 2006... Pourtant, Hard Candy relate déjà cette obsession contemporaine des sociétés occidentales pour le viol, les crimes sexuels et les préjudices corporels perpétrés sur les femmes. En outre, cette vindicte expéditive doit être aussi jugée, débattue, délibérée, solennisée et supervisée par la gente féminine. Dans Hard Candy, Haley ne se contente pas seulement de punir et de menacer cet agresseur satyriasique, elle parle également au nom de toutes ces femmes séquestrées et violentées par le criminel et surtout, par les prédateurs en général.
C'est sûrement la raison pour laquelle le film s'appesantit autant sur les logorrhées pérorées par ses deux principaux personnages. In fine, on pourra tout de même s'étonner qu'une jeune femme aussi frêle et cachectique puisse tenir tête à un homme aussi robuste. Mais peu importe, encore une fois, c'est David qui triomphe de Goliath ; à la seule différence que David n'est plus un homme... mais une femme.

Note : 12.5/20

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(1) Synopsis du film sur : http://cinemafantastique.net/Hard-Candy.html