tantrum

Genre : horreur, gore, trash, expérimental (interdit aux - 16 ans)
Année : 2015
Durée : 38 minutes 

Synopsis : Dans un monde de désolation où toute communication entre les êtres humains a disparu, un homme en proie à des délires psychotiques, s'inflige des sévices et des mutilations. Au cours de ses divagations psychiques, perdant tout contact avec une réalité devenue absconse, il s'adonne au crime et à la destruction.

La critique :

Évidemment, il faut s'intéresser au cinéma (ultra) underground. De près, de très près même. Sinon il y a de fortes chances que vous passiez à côté de James Bell (pas le basketteur) sans le voir. Nouvel arrivant, hé oui encore un, sur la scène du cinéma indépendant sous terrain, l'américain James Bell possède un style bien à lui. Glauques, outranciers, cradingues, fauchés, ses films (uniquement des courts-métrages jusqu'à présent), transpirent l'amateurisme à plein nez. Dès les premières images, le spectateur n'a aucun doute : c'est du Z de chez Z ! Toutefois, il se dégage de ces oeuvres réalisées avec trois bouts de ficelle et un trombone usagé, un indéfinissable côté sympathique qu'il est bien difficile d'expliquer tant le style du réalisateur approche le degré zéro de l'art cinématographique. James Bell, c'est le copain potache qu'on a tous eu ; celui qui rote et qui pète tout en se gondolant tout seul de ses grivoiseries ! Autrement dit, le bougre ne fait ni dans la dentelle ni dans la finesse. 
D'ailleurs, le début de sa filmographie annonce clairement la couleur avec Dog Dick (littéralement "Bite de chien"), réalisé en 2013. Cet étrange objet filmique, à mi-chemin entre Most Disturbed Person On Planet Earth (en beaucoup moins violent) et le Gummo d'Harmony Korine (en beaucoup moins intéressant), se contente d'aligner des snuff animaliers ou de présenter des personnages grotesques et peu ragoûtants.

Dénué de toute intention artistique, ce gloubi boulga visuel connut étonnamment un certain succès à l'époque sur Internet. En 2014, Bell réalisa Manuer, un court-métrage indirectement inspiré par Street Trash, le petit "classique" fun gore des années quatre-vingt. L'histoire décrit le parcours chaotique et sanglant d'un clochard paumé dans un environnement crasseux et vomitif. Avec ce film, James Bell plante le décor pour ses futurs méfaits filmiques. Puis, arrive Tantrum réalisé l'année suivante. Ici, Bell trouve définitivement son style : le punk gore ou le gore anar.
Un propos nihiliste assumé, une tonalité résolument blasphématoire, une totale absence d'espoir en l'être humain et dans son futur. Un futur qu'il dépeint quasiment et de manière systématique, comme un monde à l'abandon où tout n'est que haine et pourritures. L'univers du réalisateur est d'une désespérance infinie. Les protagonistes ne parlent pas et ne communiquent jamais entre eux ; toute trace de lien social est effacée pour laisser place à un univers post-apocalyptique où l'agression et le crime sont les seules solutions de survivance pour des êtres à la dérive.

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Tantrum établit les bases de ce contexte. L'action se déroule dans un monde délabré où le protagoniste principal erre sans but dans un état crépusculaire. Ultra violent envers lui-même, il s'inflige des châtiments corporels qui vont du cisaillement des veines à l'auto castration. Ultra violent, il l'est aussi envers ceux qui ont le malheur de croiser sa route. Dans ce film, tout n'est que crasse, marasme et anarchie. James Bell est un anarchiste qui vilipende l'ordre établi, dénonce la décadence des moeurs et prévoit la chute imminente d'une société de consommation gangrénée par ses propres excès. James Bell préconise le chaos. On retrouve cette thématique dans la plupart de ses métrages où tout signe de convenance sociale a disparu. Tantrum est l'oeuvre la plus dépressive et la plus glauque du cinéaste.
La plus extrême aussi. 
Attention spoilers : Dans un monde post-apocalyptique, un individu vivant dans une maison insalubre, se tranche les veines. Est-ce vraiment la réalité ou la seule conséquence de ses délires obsessionnels ? Dans cet état hypnotique, l'homme continue à se martyriser en se découpant le pénis à l'aide de petits ciseaux. Puis, rétabli de façon inopinée, il déambule dans une banlieue délabrée où n'errent que quelques êtres paumés et d'étranges créatures à la tête de popcorn géant dont l'une se déplace sur un fauteuil roulant.

Dans cet univers de violence et d'incommunicabilité, le protagoniste va agresser une jeune femme qu'il va transporter chez lui afin de lui faire subir des tortures sexuelles les plus avilissantes. Tandis qu'au dehors, les créatures hybrides s'enflamment et que l'horizon s'obscurcit... Tourné en DV, Tantrum est un film qui revendique un amateurisme pur et dur et ne s'en cache pas. Le scénario tiendrait sur un confetti en écrivant gros, le jeu des acteurs frôle le surréalisme et les (rares) bagarres frisent la neurasthénie. Quant aux décors extérieurs, disons-le tout net, c'est carrément la zone. Au milieu de ce capharnaüm très vaguement artistique, le gore règne en maître absolu. Les effets spéciaux alternent le très bon et le pitoyable. Le très bon, lors de l'auto-émasculation aux ciseaux, vraiment hyper choquante et réaliste. Le très mauvais lors des shoots au revolver (de théâtre), qui font un bruit de pétard de 14 juillet et qui provoquent  sur les victimes, des effusions de sang "geyserisantes" de 6 mètres de hauteur (j'exagère à peine), façon Das Komabrutale Duell. Mais le spectateur peu regardant sur la qualité sera aux anges en se délectant des détails ignominieux du film qui n'en ait vraiment pas avare.
La preuve : en plus des exactions précédemment citées, nous aurons droit à une auto-sodomie à l'aide d'un crucifix, à un viol nécrophile et à du vomi et des tripailles délivrées en quantité industrielle. Le point d'orgue étant cette fellation "inversée" lorsque le protagoniste principal se livre à une introduction érectile par l'arrière du crâne perforé d'une femme avant que son sexe ne ressorte par la bouche de sa victime et n'éjacule sur ses organes éviscérés !

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Un grand moment de poésie... Tantrum, c'est trente-huit minutes de métrage, trente-huit minutes de violence. Ubuesque, le film ne cherche cependant pas à donner une once de crédibilité à son récit. Il consiste essentiellement pour James Bell à déverser sa bile, à vomir les conventions en étalant de façon ostentatoire son aversion pour les bienséances et le politiquement correct. Foncièrement pessimiste, ce court-métrage, dont l'univers oscille entre le style des productions Troma et celui des débuts d'Olaf Ittenbach, dégage un parfum de fin du monde, de la fin d'un monde en tout cas. On pourrait presque classer ce court-métrage dans la catégorie des films post-apocalyptiques tant ce futur d'anticipation présenté à l'écran semble noir et terrifiant. Hélas, son côté terriblement amateur anéantit de facto tout sentiment d'angoisse et Tantrum, entre deux séquences gorissimes, nous fait plus sourire que frémir. À ce spectacle indéfinissable, certains spectateurs ne verront qu'un navet indigeste d'une vulgarité sans nom tandis que d'autres le considèreront comme un nanar éminemment sympathique.
Chacun son point de vue... 
Malgré ce, James Bell n'est pas dénué de talent. Du talent pour la provocation à défaut d'en avoir pour la mise en scène. Mais jusqu'à aujourd'hui, il s'est contenté du minimum syndical et cela a l'air de lui convenir.

En 2016, Tantrum 2 et surtout Nutsack (dans lequel le réalisateur s'amusait à faire défoncer des bébés moisis en plastique par ses acteurs), ont montré sinon un déclin, du moins un affaiblissement certain dans la progression artistique du réalisateur. Cela n'est guère encourageant. Pourtant, à l'instar de certains de ses nouveaux "collègues" du cinéma underground, il a su trouver son univers : la pauvreté, la décrépitude et l'outrance gore. Mais cela ne suffira pas pour réaliser des oeuvres qui resteront dans les mémoires. Il lui faudra, s'il en est capable, appuyer nettement plus sur le champignon de ses possibilités pour tenter de devenir le Sam Raimi ou le Peter Jackson des années 2010.
Autrement dit, un réalisateur sans le sou qui, par son inventivité et son impertinence, insufflerait au genre horrifique une nouvelle tonalité, un nouvel élan. Personnellement, j'en doute un peu, mais je souhaite me tromper. Le bonhomme est en tout cas très doué pour les effets spéciaux et s'est nettement amélioré depuis 2015 et le tournage de Tantrum. En effet, c'est à lui que James Quinn a fait appel pour assurer les horreurs mystiques du sensationnel Flesh Of The Void en 2017. Voilà de quoi rehausser le niveau de son curriculum vitae ! 
Tantrum ou le paradoxe sur pellicule.
Il y a un fond de contestation politique mais il est revendiqué de manière ridicule ; il y a des initiatives cinématographiques mais elles sont filmées avec les pieds. C'est curieux mais il m'est impossible de noter ce film sur lequel se serait abattu mon courroux impitoyable, il n'y a pas si longtemps. Peut-être est-ce l'âge qui me rend plus indulgent ? Ou alors est-ce James Bell qui a eu le don de rendre sympathique cet ovni trash, impécunieux et approximatif ? Les deux sans doute...

Note : ?

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