the calamari wrestler

Genre : comédie, action, inclassable
Année : 2004
Durée : 1h35

Synopsis : Le nouveau champion de catch au Japon est un calamar. Il va risquer sa médaille contre de nouveaux combattants, tout en essayant de conquérir le coeur de celle qu'il aime...  

La critique :

Le nom de Minoru Kawasaki ne doit pas vous évoquer grand-chose... et pour cause... puisque le réalisateur nippon reste totalement inconnu dans nos contrées hexagonales. En revanche, au pays du soleil levant, Minoru Kawasaki fait partie de ces figures emblématiques qui vouent un véritable extatisme pour les comédies goguenardes, les parodies truculentes et les potacheries les plus extravagantes. Issu du cinéma indépendant, le metteur en scène débute par des longs-métrages qu'il finance lui-même. Parmi ses films les plus notables, les thuriféraires du cinéaste citeront aisément des titres tels que Iko the Earth Patrol Girl (pas de date de sortie mentionnée sur Google ni sur le site Wikipédia...), Ultraman Tiga (2000), Executive Koala (2005), Kabuto-O Beetle (2005), Everyone But Japan Sinks (2006), Crab Goalkeeper (2006), ou encore Guilala's Counter Attack (2009).

A fortiori, Minoru Kawasaki voue également une certaine fascination pour les créatures aquatiques et protéiformes, ainsi que pour les combats de catch. Impression corroborée par la sortie de The Calamari Wrestler en 2004 et qui reste sans aucun doute son métrage le plus proverbial ; en tout cas le film qui va permettre d'apprécier le style pittoresque du cinéaste à travers le Japon et même au-delà de ses frontières nippones. Par ailleurs, le metteur en scène réitérera deux ans plus tard avec Crab Goalkeeper (précédemment mentionné), soit l'histoire d'une étrille qui se retrouve affublée des gants de gardien de foot ; tout un programme !
Depuis la sortie de Godzilla en 1954, on connaît l'affection des productions asiatiques pour les monstres polymorphiques, ainsi que leur encensement pour les arts martiaux.

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Facétieux, Minoru Kawasaki a la (bonne ?) idée de mélanger carrément les deux. Qui n'a jamais rêvé de voir un calamar se coller avec un crabe ou une écrevisse sur un ring ? Personne ? Toujours circonspect ? C'est pourtant la gageure tenue par The Calamari Wrestler. Reste à savoir si cette idée, à priori ingénieuse, relève réellement de la sagacité ou alors de la supercherie. En outre, nous aurions plutôt tendance à pencher pour la seconde alternative. 
En résumé, on ne réalise pas impunément un nanar. Telle est la leçon emphatique que devrait retenir un Minoru Kawasaki hâbleur, mais nous y reviendrons ultérieurement. Pour l'anecdote, l'idée de mélanger des animaux et des sports de combat remonte quasiment à la naissance du cinéma. Pour information, William Kennedy et Laurie Dickson auront l'idée saugrenue de réaliser The Boxing Cats, soit Les Chats Boxeurs, en 1894.

Comme l'intitulé l'indique, ce court-métrage de 15 secondes met en exergue deux félins s'empoignant sur un ring. Les deux adversaires sont aussi munis de gants de boxe. Sur la forme, The Calamari Wrestler n'a donc rien inventé. Inutile de mentionner la distribution du film, à moins que vous connaissiez les noms de Kana Ishida, Osamu Nishimura, Akira Nogami, Hirohisa Nakata, Miho Shiraishi, Yoshihiro Takayama et Hariken Takayama ; mais j'en doute... 
Attention, SPOILERS ! Le nouveau champion de catch au Japon est un calamar ! Qui est-il ? D’où vient-il ? Héros des pauvres et des orphelins, il risque sa médaille contre de nouveaux combattants tout en essayant de conquérir le cœur de celle qu’il aime... Le lutteur calamar devra néanmoins se colleter avec une écrevisse, réputée invincible, et surtout affronter ses propres démons...  

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A l'aune de cette exégèse laconique, vous aurez aisément compris que le scénario n'est évidemment pas le point fort de The Calamari WrestlerD'ailleurs, lors du générique final, on se demande pourquoi Minoru Kawasaki n'a pas préféré opter pour un court-métrage. Dès le préambule, le cinéaste nippon a le mérite de présenter les inimitiés via l'arrivée impromptue d'un lutteur calamar sur le ring. Le poulpe égrillard bat à plate couture le champion du monde en personne qu'il estourbit à coup de tentacules. Le lutteur calamar devient alors la nouvelle égérie des médias.
Le public en ébullition se passionne derechef pour le catch via cette nouvelle figure énigmatique et emblématique. Les grands capitalistes qui diligentent les rouages de ce sport de combat jubilent. Enfin, après d'interminables atermoiements et logorrhées, Minoru Kawasaki tient son sujet.

Au-delà de cette étrange métamorphose, le lutteur calamar symbolise l'incarnation du chaos généralisé. Telle est l'allocution prophétique pérorée par un entrepreneur fallacieux. Sur la forme, le lutteur calamar n'est qu'un support publicitaire et objectal destiné à flagorner les ardeurs et les désidératas de la populace. Il en faut peu pour satisfaire la plèbe et pour minorer ses animosités. Puis, sans fard, Minoru Kawasaki abandonne ce sujet pourtant captivant pour se polariser sur les tribulations de son crustacé. Sur ce dernier point, difficile de se passionner pour les dilections amoureuses du lutteur calamar. Ce dernier lutine et s'énamoure avec une ancienne dulcinée.
La jolie demoiselle réveille évidemment certaines réminiscences du passé... 
Perspicace, le spectateur avisé aura facilement subodoré l'habile subterfuge, à savoir que le calamar est en réalité un être humain.

 

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On se surprend parfois à esquisser un vague sourire élusif, guère plus. C'est aussi ce qui resplendit à l'aune de The Calamari Wrestler, à savoir cette incapacité à exploiter ce nouvel héros d'infortune. Evidemment, le film contient toutes les carences inhérentes et indigentes à ce genre de série Z désargentée, à savoir une interprétation au mieux rudimentaire, ainsi que certaines balourdises digressives. Par miséricorde, on classera gentiment The Calamari Wrestler parmi les nanars avariés. D'une durée académique d'une heure et 25 minutes de bobine, le long-métrage de Minoru Kawasaki commet l'exploit de s'engouffrer dans les méandres de la fastidiosité.
Cette bouffonnerie, de facture inoffensive, fonctionne au mieux sur vingt, voire vingt-cinq minutes, de pellicule. Chronique exagérément évasive aujourd'hui, mais sincèrement, je ne vois pas quoi dire de plus sur cette rodomontade.

Côte : Nanar

 

sparklehorse2 Alice In Oliver