dead a go ! go !

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans)
Année : 1999
Durée : 1h26

Synopsis : Quatre personnes fraîchement suicidées arrivent dans une pièce aux murs de briques. Là, elles sont interviewées par un jeune homme costard-cravaté qui leur fait raconter les circonstances exactes de leur mort et ce qui les a poussé à commettre l'irréparable. À la fin de chaque histoire, celui-ci explique au spectateur, par le biais d'un schéma, l'origine de la mort occasionnée par l'acte suicidaire.

La critique :

Dites donc, cela faisait un bail que nous n'avions plus parlé de Daisuke Yamanouchi sur Cinéma Choc. Avouez que ça vous manquait (non, je rigole !). Petite piqûre de rappel : Daisuke Yamanouchi est un réalisateur japonais bien secoué de la pulpe pour ne pas dire complètement frappadingue, qui possède un style disons euh... très personnel. Alors le spectateur qui recherche la finesse, la réflexion profonde ou l'analyse psychologique d'une oeuvre, est prié d'aller faire un petit tour le temps de cette chronique. Car chez le psychopathe nippon, tout n'est qu'excès, provocation et mauvais goût. Et cela est TOTALEMENT assumé ! Revendiqué même. Très connu des amateurs de cinéma trash et déviant, Yamanouchi n'a pourtant sévi que quatre années durant dans le milieu du cinéma underground, de 1999 à 2003 (avec un bref retour en 2013). Et définitivement, 1999 reste sa grande année.
Durant cette saison, le réalisateur (un terme hasardeux pour qualifier Yamanouchi !) commit ses plus grands attentats filmiques : Blood Sisters, Red Room (Red Room 2 sortira en 2000), Girl Hell 1999 et bien évidemment, le sommet de sa filmographie Mu Zan E aka Muzan-e qui flirte de très près avec les références les plus extrêmes de la catégorie.

Tous ces films ont déjà été chroniqués sur Cinéma Choc. Tous sauf un : Dead A Go! Go! lui aussi réalisé en 99, année décidément très prolifique. Je fondais pas mal d'espoirs en cette pellicule dégénérée et régressive. Espoirs déçus en l'occurrence puisque notre Daisuke était visiblement en très petite forme lors du tournage. Certes, la déviance est toujours là, plus présente que jamais, mais pour le reste on repassera. Pourtant, cela partait bien avec, pour une fois, une idée assez intéressante de scénario. Interviewer des suicidés juste après leur mort ; les questionner sur les motivations qui les ont poussé à cet acte définitif : le propos était original. Hélas, Yamanouchi très peu concerné, anéantit cette ébauche d'inspiration par une réalisation anémique. Dead A Go! Go! est donc une sacrée déception.
Il est vrai que la note de 1,8/10 sur le site IMDb n'était pas de matière à nous rassurer. Et de fait, la très mauvaise qualité du film ne fait que se confirmer au fil des minutes où le spectateur attendra en vain les fulgurances ignominieuses qui caractérisent le style outrancier du réalisateur. Malgré quelques (trop) rares passages subversifs et immoraux, nous sommes bien loin de la qualité de Mu Zan E, de la perversité des Red Room ou du gore foisonnant de Blood Sisters.

 

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Si l'on excepte le navet intersidéral Kyoko Vs Yuki (un moyen-métrage réalisé en 2000), Dead A Go! Go! est à ce jour le plus mauvais film de Daisuke Yamanouchi que j'ai eu l'occasion de visionner. Un film qui m'a tout l'air d'avoir été tourné sur commande, à la va-vite, entre deux oeuvres qui auraient été plus ambitieuses et travaillées. Autrement dit, l'impasse est fortement conseillée même pour les fans (s'il en reste encore) les plus acharnés du cinéaste nippon... Attention spoilers : Le film est séparé en quatre histoires. Des individus qui se sont suicidés sont interviewés dans l'au-delà sur les circonstances qui les ont poussé à commettre l'irréparable. Un jeune journaliste costard-cravaté accueille ces personnes fraîchement décédées dans un pièce sommaire aux murs de briques et recueille leurs témoignages. Cas n°1 : un quinquagénaire dégarni, dont la famille est complètement à la dérive, perd les pédales.
Tiraillé entre une femme dépressive et une fille revêche qu'il surprend en train de faire l'amour avec un inconnu patibulaire, l'homme finira par se pendre. Cas n°2 : une jeune femme prise de force par son amant se taillade les veines et se noie dans sa baignoire. Cas n°3 : aucun protagoniste n'est présenté sinon une caisse remplie d'entrailles prise de secousses face à l'intervieweur de l'au-delà.

Cas n°4 : une lycéenne, souffre-douleur de ses camarades, se suicide en se tranchant la jugulaire. Post mortem, elle se retrouve agressée par les autres suicidés ainsi que le jeune journaliste devenu un mort-vivant à son tour. Comme je le soulignais plus avant, le postulat de départ avait de quoi séduire dans son originalité. Mais de deux choses l'une : soit Yamanouchi a trop forcé sur le saké durant le tournage, soit il avait rencard avec une geisha et il était pressé d'en finir ! Car il y a un nombre incalculable d'incohérences scénaristiques dans ce film. Les cas n°1 et n°4 en particulier sont assez incompréhensibles puisque l'on voit les protagonistes se suicider dans une première version, puis être assassinés (ou assassiner eux-mêmes) dans une deuxième.
Dans le cas initial, accablé par ses malheurs familiaux, le quinquagénaire met fin à ses jours. Soit. Mais, l'instant d'après, la même scène nous est exposée différemment et là, il se fait assassiner étouffé par une corde, par sa propre fille et l'amant de celle-ci. Même topo lors du quatrième et dernier segment, où la lycéenne maltraitée revient de l'au-delà pour massacrer ses tortionnaires.

 

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What's the fuck ??? J'avoue n'avoir compris qu'à moitié ces passages uchroniques dans un film qui n'avait déjà pas besoin de cela pour flirter allègrement avec la daube indigeste. Reste le cas n°3 où le réalisateur ne prend même pas la peine de composer une histoire puisqu'il se contente de présenter une caisse remplie de barbaques visqueuses dont le "journaliste fantôme" aura bien du mal à récolter les impressions. Bref, passons. Autre point défavorable : le gore. Ou plutôt l'absence de gore (pour un Yamanouchi, bien entendu). Le foldingue nippon, d'habitude si généreux en matière de tripailles, est sur ce point aussi bien timoré. Dead A Go! Go! reste très en deçà du quota d'hémoglobine qui caractérise habituellement les excès du japonais furieux. Le film ne se limite qu'à quelques effets spéciaux, de plus, très approximatifs : un oeil exorbité (peu réaliste), quelques taillages de veines, des coups de couteaux distribués avec une extrême parcimonie et une caisse d'organes gluants qui semblent avoir été conçus comme des "trucages" des années cinquante. J'en rajoute une couche avec ce qui me parait des erreurs de raisonnement basique. En effet, il faudra m'expliquer comment un étranglement peut provoquer une énucléation ou bien encore, comment le fait de se couper la jugulaire puisse aboutir à un geyser sanglant en haut du crâne. Nul besoin d'avoir fait des études de médecine pour s'affliger de ces incongruités...

Tout cela n'est pas franchement reluisant. Alors, pour sauver la face et rehausser (un tout petit peu) le niveau, Daisuke Yamanouchi nous offre des séquences sexuelles scabreuses et immorales à souhait dont il a le secret ; certaines frôlant la pornographie soft. C'est en début de métrage que l'on a droit au passage le plus transgressif. Le père de famille constate avec effroi (mais intérêt) que sa fille fait une fellation à un inconnu dans son garage. Voyeur, l'homme se cache pour observer les ébats des tourtereaux. Lorsque le couple entame les hostilités sexuelles, le quinquagénaire pervers est pris d'une sévère érection. Cette scène sous-entend clairement un désir incestueux du patriarche bedonnant vis-à-vis de sa progéniture. Le vieil homme se jette alors sur l'amant de sa fille au cours d'une lutte à la rivalité malsaine. Mal lui en prend d'ailleurs puisque l'autre, bien plus jeune et bien plus fort, l'étranglera avec une grosse corde. Voilà du Yamanouchi comme on l'aime !
Hélas, ce sera la seule séquence digne de retenir notre attention dans ce film dont les 86 minutes semblent s'éterniser tant le spectateur s'ennuie. Quant à l'aspect purement cinématographique, c'est du low coast comme d'habitude. Des décors réduits à leur plus simple expression, des images en DV et en sus, une interprétation qui frôle le degré zéro de crédibilité. Aïe, aïe, aïe !

 

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Réalisateur devenu culte auprès des adeptes d'un cinéma qui dépasse les bornes, Daisuke Yamanouchi ne faisait pas dans la demi-mesure. Son style licencieux, fait d'agressivité et de surenchère, a conquis un nombreux public avide de sensations fortes. Il n'en reste pas moins que la qualité globale de ses oeuvres a de quoi laisser perplexe. Mis à part Mu Zan E qui fait figure d'exception tant par ses qualités intrinsèques que sa violence graphique, force est de constater que le niveau du réalisateur volait aux basses altitudes à la fois de la ceinture et de la médiocrité. Dead A Go! Go! enfonce encore un peu plus la moyenne générale. Nippon mais mauvais pourrait-on dire...
Au final, on ressort très déçu de la projection et on se demande bien comment notre cher Daisuke a pu traiter un concept initial si prometteur par-dessus la jambe pour en faire un produit vidéo fermenté, totalement impropre à la consommation. Lerőkādosā Shi Yamanouchi !

Côte : Navet

TumblingDollOfFlesh Inthemoodforgore