the room 2003

Genre : comédie dramatique, drame, romance
Année : 2003
Durée : 1h40

Synopsis : Johnny est très amoureux de sa fiancée Lisa, qu'il a l'intention d'épouser. Mais cette dernière ne l'aime plus vraiment et le trompe avec Mark, son meilleur ami.     

La critique :

Ah... Je vous vois venir... La première question qui vous taraude est évidemment la suivante : que vient foutre une romance ou une comédie sentimentale sur le blog Cinéma Choc ? A fortiori, rien ne justifie la présence de The Room, réalisé par Tommy Wiseau en 2003, sur un site consacré à la fois aux films chocs, violents, extrêmes et érubescents... Mais pas seulement. Rappelons que le blog a aussi pour apanage les objets filmiques non identifiés (OFNI), une catégorie à laquelle appartient The Room. Car ce film, c'est avant tout un nom... Que dis-je ??? C'est surtout un monogramme et une nouvelle effigie dans le monde galvaudé du noble Septième Art, j'ai nommé Tommy Wiseau.
Rien que son nom et son personnage demeurent une énigme. Il suffit de se rendre sur sa fiche Wikipédia de cet... euh... artiste (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tommy_Wiseau) pour se rendre compte de ce véritable phénomène.

Même la date de naissance de Tommy Wiseau est sujette à de nombreuses interrogations et controverses. Selon certaines allégations de l'intéressé, l'acteur, producteur, scénariste et réalisateur (entre autres...) serait né en 1968 ou en 1969. Mais, à priori, ses origines polonaises le trahissent puisqu'il serait né dans un pays du bloc de l'est et plus précisément en Pologne en 1955 (en tout cas, durant les années 1950). Evidemment, toutes ces affabulations trahissent une mégalomanie ostensible que Tommy Wiseau déploie enfin à l'écran dans The Room, une comédie dramatique et sentimentale qu'il réalise, produit, écrit et scénarise de la première lettre jusqu'au dernier point fatidique.
Ce n'est pas un hasard si le film est souvent considéré, par certains thuriféraires euphoriques, comme l'anti Citizen Kane (Orson Welles, 1941) ou le Citizen Kane des mauvais films (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Room).

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De surcroît, The Room est même devenu l'une des nouvelles effigies du site Nanarland (source : http://www.nanarland.com/Chroniques/chronique-room-the-room.html). En effet, en l'espace seulement de quelques années, The Room s'est arrogé le statut de film culte. The Room, c'est avant tout une histoire, un tournage particulier et controversé, des rumeurs ainsi que de nombreuses galéjades. C'est donc cette étonnante curiosité cinématographique que nous allons tenter de décortiquer dans nos colonnes... Bienvenue dans The Room, souvent décrié comme le nanar ultime, celui capable de renverser l'hégémonie de Plan 9 From Outer Space (Ed Wood, 1959) en son temps et de Turkish Star Wars (Cetin Inanç, 1982) en particulier ! En l'état, difficile de comparer ces trois OFNI puisqu'ils ne boxent pas du tout dans la même catégorie.

Les adulateurs de bisseries et de gaudrioles azimutées en seront pour leur frais. Dans The Room, point de créature atypique et aux incroyables rotondités, de stock-shots incongrus ni d'effets spéciaux surannés. Toute l'absurdité tient dans les lignes de dialogue prolixes, dans des palabres interminables et dans des ritournelles visiblement assumées, mais pas seulement. The Room, c'est finalement le principe et surtout la mythologie de Narcisse qui s'appliquent au cas de Tommy Wiseau ; cas qui prend littéralement forme à travers une pellicule cinématographique.
Finalement, The Room, c'est presque un cas d'école et surtout un cas de psychanalyse, comme si la mégalomanie de Wiseau se devait, un jour ou l'autre, de toiser le haut des oriflammes. Un opuscule, par ailleurs intitulé The Disaster Movie, reviendra sur les conditions de tournage, ainsi que sur la personnalité de Tommy Wiseau. 
 

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Le roman sera même adapté, dix ans plus tard, par James Franco via une adaptation cinématographique éponyme. En outre, le tournage du film sera émaillé par de nombreuses difficultés, notamment pour l'attitude désinvolte et extravagante de Tommy Wiseau, ainsi que pour un format de caméra (HD et/ou 35 mm) qui décontenancera et provoquera la démission de plusieurs chefs opérateurs (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Room). 
La distribution de The Room se compose bien évidemment de Tommy Wiseau qui incarne le rôle principal, à savoir celui de Johnny, un être affable et magnanime, considéré par ses proches comme une sorte d'ange avenant et magnanime (pléonasme !), toujours courtois et philanthrope quelles que soient les circonstances. On comprend mieux pourquoi sa dulcinée, Lisa, commence sérieusement à se lasser de cet être profondément fastidieux.

Toutefois, cette dernière est une manipulatrice à la fois compulsive et obsessionnelle qui s'énamoure de Mark, le meilleur ami de Johnny. Dès lors, le long-métrage s'embarque dans toute une série de quiproquos et d'interrogations sibyllines, d'autant plus que Lisa et Johnny doivent bientôt convoler. Corrélativement, la belle annonce la naissance d'un futur bébé lors d'une fête organisée pour l'anniversaire de Johnny. Au final, tout le monde est au courant des parties de débauche entre Lisa et Mark...
Tout le monde sauf Johnny. Tout du moins, ce dernier renâcle l'habile subterfuge en enregistrant les conversations téléphoniques entre sa fiancée et son meilleur ami. D'un point de vue technique et de la mise en scène, les saynètes amoureuses et/ou de disputes se déroulent uniquement dans trois pièces : soit dans une chambre (d'où l'intitulé du film), soit dans un salon opulent, soit sur la terrasse située en haut d'un building. 

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A partir de là, les différents personnages de cette romance au mieux insignifiante déambulent et errent sans motif apparent. Leur apparition ou leur disparition de l'écran se justifie uniquement par leur entrée (ou leur sortie) de la pièce principale. Que les amateurs d'érotisme raffiné se rassérènent. Oui, vous assisterez béatement à quelques saynètes de copulation. Toutefois, rien de grave si ce n'est que les batifolages sont, à chaque fois, ponctués par une musique indigente et sirupeuse. Surtout, là où le film s'étend sur une durée académique de 100 minutes environ, la problématique présentée aurait pu s'étaler au mieux sur cinq minutes de bobine !
Et c'est finalement ce qui définit le mieux The Room, à savoir cette vacuité intersidérale ainsi que cette inanité abyssale qui jalonnent ce long-métrage prosaïque.

A cette débauche de médiocrité, viennent également s'agréger des personnages subsidiaires sans relief. La palme de la nullité revient aisément au personnage de Denny, une sorte d'adulescent qui ne justifie jamais sa présence, si ce n'est pour afficher un sourire d'ahuri permanent. Même remarque concernant le couple formé par Mike et Michelle. Car c'est aussi cela The Room, la présence impromptue de divers protagonistes inutiles, si ce n'est pour bâfrer des mets sapides ou pour copieusement s'aviner. Ce qui caractérise aussi The Room, c'est l'absence ou presque de mouvement, que ce soit d'un point de vue de la caméra ou des divers protagonistes, curieusement statiques.
Lorsque les personnages sont présents à l'écran, ils sont soit assis, soit debout et attendent studieusement qu'un semblant de dialogue se déroule. 

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Bien conscient de l'oisiveté de ses divers protagonistes, Tommy Wiseau passe parfois à l'action (enfin "action", c'est un bien grand mot...) en nous imposant quelques passes de football américain entre Johnny et ses deux plus fidèles prosélytes. Dès lors, Tommy Wiseau se glisse sur un chemin escarpé. Pour le cinéaste, le problème de communication serait la plus grande tare de notre société hédoniste et consumériste. C'est sûrement la raison pour laquelle personne ne comprend la bienveillance de Johnny et qu'il se retrouve accusé par sa propre fiancée de violence conjugale. 
En résumé, Johnny est un être à la fois hégémonique et exceptionnel alors que sa dulcinée et ses propres amis sont des personnes félonnes et pusillanimes. Tommy Wiseau opacifie son propos via une rixe entre un Mark dépité et un psychologue qui ne sert strictement à rien !

En filigrane, l'acteur, producteur, scénariste et réalisateur met en exergue les écueils et les corolaires de la confiance aveugle. C'est d'ailleurs ce que Tommy Wiseau cherche à faire transparaître via une affiche de cinéma à son effigie et arborant un visage étrangement bovin et impavide, confirmant derechef cette mégalomanie ostentatoire. Tommy Wiseau... Quand tu nous tiens... Bref, il faudrait sans doute un mémoire professionnel, voire une thèse foisonnante et exhaustive, pour décrypter toute la bêtise de ce drame soporifique. Pour une fois, un nanar culte n'a pas usurpé sa réputation harangueuse et sulfureuse. Toutefois, The Room s'adresse aux "nanardeurs" aguerris.
En l'occurrence, les néophytes seront priés de préserver leurs pauvres petits neurones via une préparation psychologique. Une telle séance cinématographique interroge, de facto, sur les fondamentaux du Septième Art et, qui plus est, sur ses impondérables. En ce sens, le cas maladif de The Room constitue à lui tout seul un autre pan du cinéma. Mais à ce point et à ce niveau de calamité peut-on encore réellement parler de cinéma ???

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver