Red_State

Genre : thriller, horreur, drame (interdit aux - 12 ans)
Année : 2011
Durée : 1h28

Synopsis : Trois adolescents vivant dans le Midwest américain répondent sur Internet à une annonce promettant des relations sexuelles. Ils sont loin de se douter qu'ils vont tomber entre les mains d'une secte d’extrémistes religieux aux intentions macabres.   

La critique :

A tort, on euphémise l'impact et la nocuité des sectes, souvent déguisées en églises ou en associations spirituelles, aux Etats-Unis. Le phénomène devient de plus en plus problématique et exponentiel pour ce pays imprégné à la fois par la culture WASP (White Anglo-Saxon Protestant) et la religion judéo-chrétienne. Depuis les tous premiers colons et les premières vagues d'émigration, l'Amérique a toujours revendiqué une multitude d'appartenances religieuses, que ce soit par diverses branches du Protestantisme ou par cette recherche de foi ou de réponse spirituelle.
C'est aussi la différence entre une république laïque (par exemple, la France) et une autre forme de république qui a choisi de coaliser la religion et la spiritualité à la notion de communauté. Mais face au délitement de la cellule familiale, à l'avènement du divorce de masse, à la fin du Patriarcat et surtout face à un individualisme de plus en plus prégnant dans notre société, certaines personnes fébriles se sont laissées flagorner par des mouvements religieux à caractère tendancieux.

Pis, certaines sectes jouent désormais un rôle prédominant dans les structures et les différentes stratosphères de notre société. Par exemple, de nombreux acteurs américains revendiquent et se réclament de la scientologie. L'Eglise scientologique s'est même peu à peu imposée dans la politique et représente désormais un véritable conglomérat, ainsi qu'un nombre de suffrages conséquents pour tout candidat (toute candidate...) qui a pour vocation de se présenter à la Maison Blanche. Qu'elles se nomment la scientologie, les évangéliques ou encore les enfants de dieu, les sectes dérangent et alertent à la fois par leurs doctrines, leurs roueries et leurs controverses.
Ainsi, de nombreuses productions cinématographiques (américaines et britanniques essentiellement...) évoquent cette érection en puissance de ses mouvements sectaires et leurs dérives possibles. 

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Parmi ces augustes références, nous pourrons aisément citer Rosemary's Baby (Roman Polansky, 1968), Les Vierges de Satan (Terence Fisher, 1968), The Wicker Man (Robin Hardy, 1973), La ferme de la terreur (Wes Craven, 1981), ou encore La Secte de Waco (Dick Lowry, 1993). Vient également s'agréger Red State, réalisé par Kevin Smith en 2008. En outre, le cinéaste, scénariste et producteur américain fait partie de ces parangons du cinéma indépendant.
Les thuriféraires du metteur en scène citeront aisément Clerks : les employés modèles (1994), Dogma (1999), Père et Fille (2004), Clerks 2 (2006), Zack et Miri font un porno (2008), ou encore Top Cops (2010). Plutôt habitué aux comédies hâbleuses et goguenardes, Kevin Smith décide d'obliquer vers une toute autre direction avec Red State, qui s'apparente à la fois à un thriller en forme de huis clos, ainsi qu'à une nouvelle tragédie américaine.

Curieusement, le film est souvent répertorié parmi les longs-métrages horrifiques. Mais, avec Red State, Kevin Smith a pour velléité d'explorer d'autres contrées cinématographiques. Présenté au festival international de Catalogne, Red State s'est octroyé le prix du meilleur film et a recueilli des avis presque unanimement dithyrambiques. Reste à savoir si le métrage mérite de telles flagorneries. Réponse dans les lignes à venir... Kevin Smith choisit de distribuer son film lui-même, une décision qui ne manquera pas de faire tiquer et maronner certains producteurs avisés lors de la présentation de Red State au festival de Sundance. La genèse du film remonte à l'année 2006.
Déjà, à l'époque, Kevin Smith annonce péremptoirement qu'il a l'intention de réaliser un thriller horrifique à la violence rédhibitoire. 

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Pour le scénario du film, il s'inspire du révérend Fred Phelps, une personnalité en vogue aux Etats-Unis notamment pour ses propos homophobes et ses mouvements à la fois politiques, religieux et universitaires. La distribution de Red State se compose de Michael Parks, John Goodman, Melissa Leo, Michael Angarano, Kyle Gallner, Stephen Root, Nicholas Braun et Kevin Pollak. Attention, SPOILERS ! (1) Trois jeunes se rendent à un rendez-vous avec une femme mâture afin d'avoir des relations sexuelles. Mais ils vont rapidement se retrouver drogués puis capturés par une secte de fanatiques religieux menée par un pasteur fou furieux, Abin Cooper, pour qui homosexuels, débauchés et pornographes mènent le monde à sa fin. Aussi, pour purifier ce dernier, décide-t-il de s'en débarrasser.
Dans le même temps, l'agent de l'ATF Keenan se voit ordonné de prendre d'assaut la propriété de la secte car celle-ci posséderait des armes à feu en quantité (1).

A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas s'extasier devant le synopsis de Red State. En outre, Kevin Smith traite un sujet spinescent, entre autres le fanatisme religieux, avec beaucoup de diligence. Pourtant, la première partie du film augure un thriller horrifique dans le sillage d'un énième torture porn, un peu à la manière d'Hostel (Eli Roth, 2006) premier du nom. Sur la forme, on se demande même pourquoi Kevin Smith a choisi de se polariser sur les tribulations d'une triade d'adolescents libidineux. Mais le cinéaste masque ingénieusement l'habile subterfuge pour opposer, à posteriori, le point de vue belliciste du pasteur Abin Cooper au discours, beaucoup plus pusillanime, tenu par Keenan.
Dès lors, Kevin Smith se focalise, avec beaucoup de componction, sur les longues emphases idéologiques d'un prédicateur déguisé en révérend ou en pasteur.

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Ainsi, la parole divine se transmute en une vindicte personnelle contre les juifs, les homosexuels, les musulmans et une société qui périclite vers la déchéance. La parole de Dieu est dévoyée par d'étonnantes tortuosités. Si la Bible prône la paix, l'amour et la fraternité, il est aisé, pour ce pasteur factice et bonimenteur, de détourner les Ecritures Saintes afin de les métamorphoser en chants guerroyeurs. Ses fidèles dévots se transforment même en soldats pour éliminer et occire tout ce qui ressemble de près ou de loin à un vil mécréant. 
Les réunions spirituelles prennent à la fois la forme d'invocations divines, de prières mais aussi d'exécutions, de tortures, de supplices et de mises à mort diligentées par la voix doucereuse d'un pasteur autocratique. Indubitablement, Red State possède de solides arguties dans sa besace et fonctionne plutôt malicieusement durant sa première heure.

Red State
atteint sa quintessence lorsque le film se centre sur le portrait d'une Amérique en apostasie qui semble avoir oublié sa foi et ses valeurs de naguère ; un sujet sur lequel Kevin Smith évite de s'aventurer... Ensuite, le long-métrage redevient beaucoup plus classique lorsqu'il se transforme en thriller martial. A ce sujet, l'épilogue final ne manquera pas, derechef, de désarçonner le spectateur médusé. Si Red State remplit doctement son office, il ressemble pourtant à n'importe quel thriller dénonçant le fondamentalisme religieux ainsi que les dérives sectaires.
En l'état, Red State n'est pas ce choc ou cet uppercut décrié par certains avis un peu trop panégyriques. Néanmoins, en dépit de quelques menus détails, Red State parvient à frapper et à cogner là où ça fait mal, continuant de tarauder après son générique final. Plutôt une bonne surprise, surtout pour un direct-to-video (DTV).

Note : 13.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.strange-movies.com/critique-red-state.html