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Genre : Policier, thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 1971

Durée : 1h55

 

Synopsis :

Le gardien d'un institut spécialisé dans la recherche génétique est agressé. Le journaliste Carlo Giordani, aidé d'un aveugle, mènent l'enquête et découvrent que des chercheurs de l'institut travaillaient sur le facteur XYY qui, selon eux, se retrouveraient chez les personnes enclines à la violence et à la criminalité. Une série de meurtres débute alors et vise à empêcher la progression de l'enquête.

 

La critique :

Et une fois de plus, nous nous retrouvons du côté du cinéma transalpin qui a eu, à de nombreuses reprises, les faveurs de Cinéma Choc, en raison d'un genre bien spécifique qui a su s'imposer comme solide auprès des cinéphiles passionnés de thriller et d'horreur en tout genre. Je veux bien sûr parler du giallo dont l'origine remonterait à La Fille qui en savait trop de Mario Bava. Il peut être vu comme le précurseur majeur du style vu que Six Femmes pour l'Assassin introduira le concept du célèbre meurtrier masqué avec une arme brillante dans sa main gantée de noir.
Très rapidement le concept prendra de l'ampleur et une myriade de pellicules verra le jour, de même que certains cinéastes devenant avec le temps des emblèmes majeurs du genre. Les noms de Lucio Fulci, Mario Bava et Dario Argento sortiront très souvent en premier. C'est d'ailleurs ce dernier qui nous intéressera aujourd'hui avec Le Chat à Neuf Queues. Le dernier film chroniqué sur le blog de sa célèbre trilogie animalière composée de L'Oiseau au Plumage de Cristal et de 4 Mouches de Velours Gris. C'est grâce à ce triptyque qu'Argento accèdera au statut de maître du giallo et de réalisateur culte, par la même occasion.

Mais d'où sort ce nom si énigmatique ? En réalité, un chat à neuf queues est un instrument de torture n'étant rien d'autre qu'un fouet composé d'un manche en bois auquel sont fixées neuf cordes ou lanières de cuir et dont chaque extrémité mobile se termine par un noeud. Au moins, c'est précis dès le départ. L'air de rien, si l'oeuvre remporta un franc succès, Argento a les poils qui se hérissent quand on en parle, le considérant comme le moins abouti de tous ses films. Les reproches concerneront la production la jugeant comme avare en liberté. Un temps de tournage limité et un casting international imposé en seront les deux facteurs. Sous ses dehors de film mal aimé et intégré dans une courte première période "rationnelle" avant de bifurquer dans le paranormal empreint d'horreur baroque, pouvons-nous dire que Le Chat à Neuf Queues saura faire honneur à son auguste prédécesseur ? 

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ATTENTION SPOILERS : Le gardien de l'institut Tirzi, un établissement spécialisé dans les recherches génétiques, a été assassiné. Un voisin aveugle, Franco Arno, et sa jeune nièce sont entendus dans le cadre de l'enquête en tant que potentiels témoins auditifs, Franco ayant entendu, le soir du meurtre, deux hommes discuter dans une voiture garée devant l'institut. L'affaire intéresse grandement Carlo Giordani, un journaliste curieux et fouineur qui, aidé par Arno, tente bientôt de découvrir le meurtrier en suivant la même piste que la police. Un travail d'envergure : pas moins de neuf possibilités se présentent à eux. D'autres décès sont encore à déplorer...

Voilà un synopsis qui a de quoi susciter un certain intérêt pour tout cinéphile. Argento a ce mérite de dérouler son récit au beau milieu d'un domaine original qui n'est autre que la recherche génétique. Il est évident qu'à l'époque, les recherches autour de cette discipline n'en étaient qu'à leurs premiers balbutiements et que tout cela alimentait les fantasmes les plus insolites, les plus utopistes mais aussi les plus alarmants. En l'occurrence, le réalisateur va s'axer autour du caryotype d'un individu. Comme vous devez, peut-être, le savoir, notre ADN est sous forme de chromosomes lorsque la cellule n'est pas soumise à la mitose (la division cellulaire en gros).
Evidemment cette organisation chromosomique n'est pas intouchable et des altérations et autres mutations peuvent être rencontrées. Certaines allant même jusqu'à l'obtention de trois chromosomes sexuels au lieu de deux : XXY ou syndrome de Klinefelter, XXX ou syndrome triple X et enfin XYY bêtement appelé syndrome 47,XYY. Cette mutation n'a pas été choisie au hasard pour être au centre du récit vu que la maladie a alimenté de fantasques fictions comme étant le "chromosome du criminel". Ces allégations illogiques remontaient aux années 60 et 70, ce qui fait que Le Chat à Neuf Queues est un pur film d'époque. 

Il faut d'ailleurs savoir qu'il n'est pas le premier à avoir mis en scène ce fameux XYY. Alien 3, un épisode de New York, police judiciaire et la série de jeux Hitman en ont déjà repris la thématique. Les individus possédant un tel caryotype détraqué seraient donc plus enclins à la violence et au meurtre. Autant dire que la pellicule s'affranchit de toute considération scientifique et est amenée à évoluer dans un registre un peu plus fantastique. Mais loin d'avoir percé le mystère du XYY, les scientifiques ont l'objectif de recourir à la thérapie génique afin de mettre en évidence les bébés portant l'altération afin de les isoler de la société et éviter qu'ils ne sèment de potentiels troubles sociétaux.
Une idée que l'on ne saurait juger comme pernicieuse ou non. Le thème de l'eugénisme va en ressortir inévitablement. Vaut-il mieux mettre en cage dès le début de potentiels criminels ou les laisser grandir en espérant qu'ils aient recours à une éducation irréprochable ? La question mérite d'être posée si nous nous plaçons dans l'idée fantasque du chromosome criminel. Au moins, Argento pose une question épistémologique qui n'est pas dénué d'un certain intérêt. Ceci dit, il n'ira pas plus loin et aucune analyse un poil poussée des dangers de la thérapie génique et des dérives de l'eugénisme ne seront posés sur la table. Un peu décevant sans compter ce concept de pyramide chromosomique qui m'échappe. Peut-être est-ce dû au fait que je n'ai été que deux fois en un an au cours de génétique et que le 10/20 tomba par miracle sans que je n'étudie en grande profondeur le cours ? Question, ma foi, fort pertinente.

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Bref, le meurtre d'un gardien va semer le trouble dans la direction du centre pensant avoir affaire au début à un cas d'espionnage industriel. Un excentrique aveugle anciennement journaliste, à l'existence quelque peu morne, élevant seul sa petite nièce, va s'intéresser à cette affaire, en compagnie d'un jeune journaliste. Ils vont finir par vite se rendre compte que les meurtres vont s'enchaîner afin de ralentir la progression de leur enquête qui permettra de faire éclater la vérité au grand jour. Si aucun élément ne lie ce film à L'Oiseau au Plumage de Cristal, ils reprennent pourtant les caractéristiques traditionnelles du giallo, ce qui explique le fait qu'ils soient souvent comparés.
La déstabilisation de l'enquête sera un point central et aura pour effet de brouiller les pistes. Le spectateur se retrouve confronté à une histoire labyrinthique dont il ne détient à aucun moment la clef. Argento va s'amuser de ce sentiment de perdition et d'impossibilité à émettre des soupçons sur le moindre personnage. Espionnage industriel ? Traître parmi la direction ? Personne extérieure ? A aucun moment, il ne vous sera donné d'indice explicite. L'identité de l'assassin ne sera révélée qu'à la fin du film, dans les dernières minutes, en surprenant le spectateur, lors d'une scène durant laquelle le meurtrier tente d'éliminer la personne qu'il traque. 

Autant le dire, Argento frappe assez fort avec ce métrage rendant hommage à sa première oeuvre. L'accent sera énormément focalisé sur la tension omniprésente et la subtilité narrative des enchaînements. Nous n'évoluons pas dans un cadre balisé et stéréotypé où rien ne nous surprend, ne nous tient en laisse. Le Chat à Neuf Queues a cette accroche qui fait que nous tenons à connaître le fin mot de l'histoire. Les quasi 2 heures de visionnage se suivront sans guère d'anicroche, à moins d'être vraiment réfractaire au style. Problème de taille : la fin.
Ce n'est pas la première fois que ce point est rencontré chez le cinéaste. Le dénouement, outre le fait d'être décevant via un assassin ratiocinant un peu trop sur le pourquoi de ses actes, sera expéditif. Beaucoup trop expéditif à un tel point que cela en devient indécent. Certes, c'est un peu une figure de style propre au giallo mais ça ne passe pas avec moi. Je ne dis pas d'éterniser sa fin durant 35 minutes mais il y a un minimum...

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Au niveau esthétique, le tout est assez classique sans accent forcé sur les lumières. La caméra filme bien les environnements et chaque séquence d'intérêt. Les séquences de meurtre feront tout pour oppresser le spectateur via des gros plans, parfois en vue subjective. On appréciera aussi le gros plan sur l'oeil maléfique du personnage apparaissant brutalement lors de certains passages. A noter que les yeux du tueur et ses mains seront ceux de Dario Argento en personne. La bande sonore, signée le célèbre Ennio Morricone, fait des merveilles. Au casting, on retrouvera le charismatique James Franciscus dans le rôle de ce journaliste téméraire. Karl Malden est bien intégré dans la peau de son aveugle curieux. Catherine Spaak affiche sa beauté de mante religieuse en fille du gérant de l'institution scientifique.
Pour le reste, peu de choses à dire. Les acteurs se débrouillent correctement en ne surjouant jamais leur personnage. Du bon boulot !

En conclusion, nous pouvons, sans conteste dire, que Le Chat à Neuf Queues est un grand film un peu trop éclipsé par les pellicules surnaturelles à venir du réalisateur. Avec une histoire d'apparence simple, Argento garde notre attention en éveil tout en nous laissant dans un flou persistant sur les événements à venir. Il brouille admirablement bien le spectateur sans que celui-ci ne voie son intérêt diminuer. De manière personnelle, il est dommage qu'Argento n'ait pas étoffé un peu plus les dangers d'un eugénisme à la frontière de l'immoralité. Cela aurait pu apporter plus de consistance et de profondeur à un film parfaitement ancré dans son époque par ses thématiques fantaisistes tout sauf crédibles. On pourra aussi reprocher un clap de fin indécent tant le trait expéditif est violent.
Cependant, le tout fonctionne plus que bien et le cinéaste peut bien se targuer de nous offrir une franche réussite qui devrait séduire tout amateur de thriller. A une époque où la recherche scientifique n'a jamais été aussi productive et innovante, des questions d'ordre éthique et épistémologique ont indubitablement fait leur apparition. Face à une course au perfectionnement de l'être humain, en arriverons-nous à des dérives d'ordre discriminatoire ou financière ? Une dystopie effrayante où l'humain ne serait vu que comme une machine perfectible et malléable. 26 ans plus tard, Bienvenue à Gattaca nous mettait en garde sur les dangers moraux de l'eugénisme. Dans une optique différente de ce chef d'oeuvre, accepteriez-vous de voir votre enfant XYY enfermé à sa naissance pour éviter qu'il ne trouble la société et cause votre déshonneur ? 

 

Note : 15/20

 

 

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