Vadias_do_Sexo_Sangrento

Genre : comédie, gore, trash, hardcore (interdit aux - 18 ans)
Année : 2008
Durée : 30 minutes 

Synopsis : Un homme est trompé par sa petite amie qui lui préfère une jolie blonde. Entre deux disputes, le trio amoureux se retrouve confronté à un serial killer nécrophile et bedonnant qui durant sa jeunesse, fut violé par 48 prêtres. Le sadique a pris l'habitude pour le moins malsaine de collectionner les vagins de ses victimes. Ça va faire très mal !

La critique :

Les films d'horreur qui s'exportent du Brésil ne sont pas légion. On peut même dire qu'ils sont extrêmement rares dans nos contrées européennes. En tout cas, leur réputation ne dépasse que peu souvent les frontières de leur pays. Mis à part le cas bien particulier de José Mojica Marins, dont le dernier film, l'ultra violent Embodiment Of Evil, fera l'objet d'une prochaine chronique, le pays de la Samba n'a jamais présenté à un public international, un film qui dépote. Et pourtant, Dieu si les brésiliens sont des petits vicieux, de gros cochons même ! Cochons est d'ailleurs un terme des plus appropriés puisque ce sont eux les véritables spécialistes du porno zoophile avec des films comme Emoções Sexuais De Un Caballo (1986) ou encore le diptyque 24 Horas De Sexo Ardente (1985)/ 48 Horas De Sexo Alucinante (1987) signé Mojica Marins, encore lui. Mais voilà qu'en 2008, déboule dans le milieu du cinéma underground, un court-métrage commis par un certain Petter Baiestorf.
Gore outrancier et pratiques sexuelles déviantes, les deux mamelles (si je puis m'exprimer ainsi) du cinéma trash sont ici réunies dans un film complètement amateur et déjanté : Vadias Do Sexo Sangreto. Autant vous prévenir de suite, cet ovni filmique qui part dans tous les sens envoie méchamment le matos.

Le film ne dure que trente minutes mais il ne laisse pas une seule seconde de répit au spectateur tant les situations d'un mauvais goût sans limite et toutes les transgressions défilent à une vitesse folle. Là, vous vous dites "Houla, ça doit être un sacré morceau, celui-là!". Oui mais non en fait, car l'incroyable amateurisme de l'oeuvre, son foutoir innommable et ses situations hilarantes d'absurdité font qu'il est quasiment impossible de garder son sérieux devant ce "spectacle" improbable. Parce que Vadias Do Sexo Sangreto est avant tout un énoooorme délire potache réalisé entre copains. Clairement tourné sous substances illicites, le film peut s'envisager comme un très gros melting pot foutraque dans lequel le réalisateur aurait déversé toutes les folies visuelles qui se bousculaient dans les recoins de sa caboche. Et cela devait bien bouillonner sous la cafetière de Petter Baiestorf car on ressort de la projection complètement incrédule en se demandant si l'on n'a pas halluciné...
Persistances rétiniennes assurées ! Comment dire ? Trop atypique pour être qualifié de nanar, trop sympathique pour être traité de navet, Vadias Do Sexo Sangreto est une ICTA (Improbabilité Cinématographique Totalement Aware), un film qui évolue dans une dimension parallèle aux confins du kafkaïen.

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Quoiqu'il en soit, Baiestorf frappe fort. Il nous propose une bizarrerie frappadingue qui ne se préoccupe absolument pas d'une quelconque logique et nous offre quelques moments ubuesques d'anthologie. Petter Baiestorf se soucie de la cohérence de son "scénario" comme de sa première chaussette. Ici, tout n'est qu'illogisme et barbarie insolite. Vadias Do Sexo Sangreto est une orgie de violence burlesque où des personnages libidineux aussi intelligents qu'un demi-neurone de Paris Hilton et aussi charismatiques que des bigorneaux fermentés, se retrouvent agressés par un serial killer gras du bide sérieusement désaxé. Le synopsis tient sur un confetti et le réalisateur a eu mille fois raison d'écourter la durée de son film. Un long-métrage n'eut pas été une bonne idée et en eut sûrement fait une daube indigeste. Le format court est idéal pour transposer à l'écran cette histoire à dormir debout mais tellement barge qu'elle en devient terriblement attachante. Incompréhensible...
Attention spoilers : Le film démarre en s'attardant deux longues minutes sur le vagin d'une femme qui se masturbe langoureusement. Puis, dans une prairie, un quinquagénaire bedonnant assassine une blonde filiforme.

Nous retrouvons cependant ladite blonde la scène d'après, en train de faire l'amour avec une brune plantureuse au grand désarroi du petit ami de cette dernière. L'homme avait été auparavant forcé d'avaler une petite radio par un psychopathe chevelu et du ventre de l'infortuné, proviennent des airs musicaux diffusés sur les radios locales. Puis, l'histoire part complètement en live puisque les personnages se font tuer les uns après les autres mais réapparaissent frais comme des gardons à la séquence suivante. Flashbacks ou uchronisme ? Seul Petter Baiestorf peut répondre à cette question ! Pour vous la faire courte, un serial killer chauve et ventripotent (véritable sosie de Bob Hoskins) surgit et commence à dézinguer tout ce joli petit monde. Des combats à la tronçonneuse moisis, une éviscération anale, des jets de sperme et d'hémoglobine seront au programme, mais toujours dans la joie et la bonne humeur.
À la fin du film, le serial killer offrira un bouquet de fleurs à ses victimes (ne cherchez pas à comprendre) et leurs aventures s'achèveront sur une samba où les quatre protagonistes s'enlaceront enamourés, en se faisant des câlins tous mignons.

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Bienvenue dans Vadias Do Sexo Sangreto ! Si on l'ajoute la fumette et la sniffette, la Cashaça (boisson alcoolisée brésilienne de 40°) a dû sûrement couler à flot durant le tournage de cet objet filmique non identifié. Je ne vois pas d'autre explication à ce pétage de plomb général et à cette frénésie communicative. Reste que malgré sa gigantesque vacuité, ce film de barges offre une demi-heure de bonheur aux amateurs de cinéma "différent". Dans ce format et ce concept, je ne vois que le mythique I Love Snuff de Jean-Louis Costes qui puisse soutenir la comparaison avec la furia de cet engin filmique brésilien. Quelques détails sur les réjouissances ? Oui, oui !
Bon, d'accord. Côté gore, nous aurons droit à une éventration à la tronçonneuse, à une éviscération par l'anus (!) suite à un fist fucking maousse, à un découpage de vagin (et à sa dégustation par le serial killer), à une ingurgitation forcée de transistor, ou bien encore à une fille qui plonge sa tête dans le poitrail fraîchement ouvert de sa victime. Poitrail ouvert à l'aide de ses seules mains... vachement fortiche la nana !

Côté mauvais goût, un peu d'urophilie sera au programme accompagnée d'un soupçon de nécrophilie, de lesbianisme torride et des indispensables viols outrageants. Et pourtant... Et pourtant, ce ne sont pas toutes ces horreurs qui doivent retenir notre attention, mais bien plus la façon dont elles sont traitées par le réalisateur. C'est là que les substances illicites entrent en scène. Le début du court-métrage est tout d'abord commenté en voix-off par un narrateur déchaîné. Comme le film ne possède évidemment ni doublage ni sous titres, c'est le portugais qui est de rigueur. Et c'est peut-être ce détail qui rend le métrage si drolatique avec ces aigus stridents dans les voix, à la manière des commentateurs hystériques de matches de football. Le narrateur nous explique que le serial killer nécrophile a été violé durant son enfance par 48 prêtres. Cela lui donne de sérieuses circonstances atténuantes !
Et Baiestorf de nous présenter celui qui est certainement le tueur en série le plus sympa de l'histoire du cinéma. Arrive donc cet hurluberlu bedonnant et dégarni qui commence à prendre des poses comiques face à la caméra. Cette même caméra tient aussi lieu de confidente à l'autre psychopathe du film, un chevelu au look de biker (joué par Baiestorf lui-même) qui s'adresse régulièrement au spectateur, à la manière de Michaël Pitt dans Funny Games US et qui se sert de l'objectif comme d'une glace afin de se repeigner !

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Aucun personnage n'a de nom et peu importe d'ailleurs, au vu de la trame scénaristique aussi épaisse que le fil à couper le beurre. On se fout royalement de leur sort tant ils sont inconsistants et peu attachants hormis notre serial killer, bien sûr. Les acteurs (sur)jouent comme des pieds, la caméra de Baiestorf est tantôt tremblotante tantôt épileptique, les bastons frisent le surréalisme avec des coups qui passent à un mètre des belligérants. Quant aux poursuites, elles se déroulent à deux à l'heure, au grand maximum. Mais j'ai gardé le meilleur pour la fin : au cours d'une scène de torture, une fille est abusée sexuellement. Sa copine se rebiffe et enfonce sa main si profondément dans l'anus du violeur qu'elle en ressort tripes et entrailles (au point où on est, on se fiche pas mal de la crédibilité).
Ouille, que ça brûle ! Voici donc notre agresseur agressé à son tour, un long saucisson d'organes pendouillant de son fion malmené, prit d'une envie irrépressible de se tremper le fondement dans la rivière la plus proche. Une scène filmée au ralenti et accompagnée d'une petite musique à la Benny Hill qui vaut son pesant de cacahuètes. Vraiment, cette scène est à se pisser dessus !

Le malheureux apaise tant bien que mal sa douleur sous le regard goguenard d'un vieux pêcheur barbu. Lequel pêcheur, curieux de la situation, ira tranquille se masturber jusqu'à éjaculation sur le postérieur d'une fille suspendue et au préalablement torturée dans la forêt. Bien mal en prit au vieux barbu puisqu'il finira par y passer lui aussi. Le film n'est pas à proprement parler pornographique, mais il frôle le genre d'un poil de pubis. Aucune scène de pénétration ou de fellation n'est montrée de façon explicite, mais une obscénité dérangeante est tout de même affichée tout au long du film, justifiant ainsi pleinement son interdiction aux mineurs. Comment définir, une telle cacophonie visuelle ?
Absurde mais géniale, nullissime mais irrésistible, gore mais amusante, Vadias Do Sexo Sangreto est une oeuvre qui accumule les paradoxes tout en s'attirant, de facto, l'adhésion d'un spectateur hébété mais conquis. Laissez donc votre cerveau au vestiaire le temps d'une petite trentaine de minutes et pénétrez dans l'univers azimuté de Petter Baiestorf.

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Une chose est sûre : les aficionados de mauvais goût seront aux anges devant ce maelström à la fois dépravé et hilarant. Ah, au fait, Vadias Do Sexo Sangreto peut se traduire littéralement comme "Chiennes de sexe sanglant". Pour l'occasion, le film est en parfaite adéquation avec son titre. Depuis 2008, Baiestorf a continué son petit bonhomme de chemin en signant trois autres méfaits cinématographiques. Deux films coréalisés avec d'autres cinéastes cariocas, Dark Sea en 2013 et The Black Fables en compagnie de José Mojica Marins, le maître absolu de l'horreur (sérieuse) brésilienne, l'année suivante. En 2015, il tourna en solo, 13 Weird Stories.
N'en n'ayant vu aucun des trois, je ne pourrai vous dire si ces opus sont du même calibre que Vadias Do Sexo Sangreto, mais je n'en pas serais pas surpris outre mesure. La décence vis-à-vis du noble Septième Art m'interdira d'attribuer une quelconque note à cette perle trépanée de la bobine, mais j'espère vous avoir donné envie de jeter dessus sans plus attendre. Vous ne serez pas déçus... 
Une chronique enthousiaste pour un film affligeant ? Peut-être, mais des films affligeants comme ça, je veux bien en déguster tous les dimanches. Un gros plaisir coupable, en somme. À consommer de toute urgence et sans aucune modération !

Note : ???

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