South_Park_le_film

Genre : film d'animation, comédie (interdit aux - 12 ans)
Année : 1998
Durée : 1h21

Synopsis : Quatre garnements ont réussi à assister a la projection d'un film canadien de Terrance et Phillip interdit au moins de dix-huit ans. Tétanisés de bonheur et transportés au septième ciel, Stan, Kyle, Kenny et Cartman n'ont plus qu'une idée : transmettre leur savoir à leurs copines et copains verts d'envie. Bientôt les enseignants sont impuissants face à l'anarchie qui s'installe. Alertées, les mères s'unissent pour que leurs rejetons se calment mais par leurs méthodes expéditives provoquent la guerre entre le gouvernement canadien et la Maison-Blanche.    

La critique :

On omet trop souvent de le dire et de le préciser, mais avant devenir le célèbre démiurge de la série d'animation South Park, Trey Parker est tout d'abord passé par l'école Troma. Repéré par Lloyd Kaufman pour sa condescendance et ses truculences, Trey Parker démarre sa carrière cinématographique dès les années 1990 avec Cannibal ! The Musical (1993), un long-métrage justement produit par la firme indépendante Troma. Trey Parker n'a jamais caché son appétence pour les épigrammes et les gaudrioles, impression corroborée par la sortie d'Orgazmo (1997) qu'il produit, écrit, scénarise et réalise. Corrélativement, Trey Parker s'accointe et s'acoquine avec Matt Stone. Ensemble, les deux comparses créent la série télévisée d'animation South Park.
A ce jour, la série compte 20 saisons pour environ 275 épisodes (277 pour être précis...).

En l'espace de deux décennies, South Park s'est octroyé le statut de série culte et même de phénomène populaire. South Park s'est peu à peu imposé dans la culture américaine notamment en invitant de nombreuses célébrités à jouer leur propre rôle, mais surtout en arborant un ton salace et irrévérencieux. Pour Matt Stone et Trey Parker, il était donc temps de transmuter ce phénomène à la fois salace et proverbial en un long-métrage cinématographique, justement intitulé South Park - Le Film, et sorti en 1998. Certes, ce film d'animation est produit et financé à la fois par Warner Bros et Paramount Pictures. Toutefois, pas question pour Matt Stone et Trey Parker de minorer leurs ardeurs.
Non seulement South Park - Le film se doit de respecter l'essence et l'esprit de la série originelle, mais il doit aussi afficher ostentatoirement son outrecuidance.

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A ce jour, South Park - Le film détient le triste record du nombre d'obscénités déversées à l'écran, ce qui lui vaudra une mention R (restricted) par la Motion Picture Association of America (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/South_Park,_le_film). En France, le film est "seulement'" (si j'ose dire...) interdit aux moins de 12 ans pour des raisons analogues. Pis, South Park - Le Film est même entré dans le Livre Guiness des Records pour ses outrances et ses vulgarités. Toutefois, résumer South Park - Le Film à une oeuvre uniquement putassière serait bien réducteur.
Matt Stone et Trey Parker tancent et exècrent au plus haut point une société américaine justement obscène. En ce sens, South Park - Le Film doit être considéré comme une parodie de cette middle class américaine, celle qui s'est justement laissée appâter par le consumérisme ; thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement.

Si Matt Stone et Trey Parker prêtent gentiment leurs voix à plusieurs personnages éminents du film, d'autres acteurs viennent participer aux inimitiés, notamment Isaac Hayes, Jennifer Howell, Minnie Driver, George Clooney et Brian Dennehy. Attention, SPOILERS ! Quatre garnements ont réussi à assister à la projection d'un film canadien de Terrance et Phillip interdit au moins de dix-huit ans. Tétanisés de bonheur et transportés au septième ciel, Stan, Kyle, Kenny et Cartman n'ont plus qu'une idée : transmettre leur savoir à leurs copines et copains verts d'envie.
Bientôt les enseignants sont impuissants face à l'anarchie qui s'installe. Alertées, les mères s'unissent pour que leurs rejetons se calment mais par leurs méthodes expéditives provoquent la guerre entre le gouvernement canadien et la Maison-Blanche.

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Une aubaine pour Satan qui, aidé par Saddam Hussein, tente de revenir sur Terre pour semer le chaos et la désolation. On pouvait légitimement craindre une telle adaptation cinématographique. Il n'est jamais aisé de transposer une série télévisée de 20 minutes en un long-métrage animé de 80 minutes de bobine. Autant l'annoncer de suite. Matt Stone et Trey Parker relèvent la gageure haut la main, à tel point que South Park - Le Film se révèle même plus probant que la série télévisée elle-même.
Par ailleurs, le métrage se soldera par un succès pharaonique, non seulement au box-office américain, mais aussi dans nos contrées hexagonales. Au moins, l'affiche du film a le mérite d'annoncer les animosités via la scansion suivante : "Bigger, longer and uncut", soit "Plus long, plus grand et pas coupé" en français. 
A ce sujet, merci gentiment d'ignorer la version française et de privilégier la version originale, ne serait-ce que pour ses chansons grivoises et débridées, notamment "Blame Canada", un morceau qui remportera pourtant l'Oscar de la meilleure chanson.

Mais South Park - Le Film, c'est avant tout un cri de désinvolture contre une Amérique abêtie et alanguie par ses propres goujateries. Telle est par ailleurs l'introduction impudente du film qui débute par la chanson Mountain Town. En deux minutes, Trey Parker et Matt Stone dressent une critique au vitriol d'un microcosme urbain habité par des bouseux. Personne ne trouve grâce aux yeux des deux comparses, que ce soit le gouvernement, les parents, les vieillards, les enfants et même le milieu artistique. Pour asséner leur message, Trey Parker et Matt Stone n'ont pas vraiment pour vocation de verser dans la demi-mesure, quitte à sombrer dans l'outrance et les épigrammes à profusion.
Oui, South Park - le Film est une oeuvre profondément misanthrope. C'est très simple, tout le monde en prend pour son grade, tout le monde y passe ou presque... 

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Que ce soit le gouvernement américain pour ses mesures draconiennes et ses tendances xénophobes, la censure, les médias coupables de complaisance, d'inculture et de félonie, certains artistes que Stone et Parker vilipendent et admonestent (notamment Winona Rider et Barbara Streisand qui sont taillées pour l'hiver) et bien sûr l'éducation parentale en tête de liste. Certes, le long-métrage confine souvent aux gauloiseries et autres pitreries totalement gratuites (la démonstration de ping-pong de Winona Rider ! Encore elle !). Pourtant, South Park - Le Film reste une oeuvre éminemment politique et idéologique, à la fois rebelle et libertaire.
Pour Matt Stone et Trey Parker, la démocratie américaine se pare des plus beaux atours d'une République pour mieux farder ses tendances scopophiles et autocratiques. 

Ainsi, toute une propagande est diligentée pour entrer en guerre contre le Canada, l'ennemi suprême, celui qu'il faut narguer, ostraciser, gourmander, vilipender, répudier, rudoyer et lyncher. Mais ce pays aurait pu tout aussi bien se nommer l'Irak ou la Corée du Nord. Tout dépend, in fine, du bon vouloir et des doctrines décrétées par une oligarchie qui régente notre quotidien, ainsi que le nouvel ennemi à abattre. Par ses roueries et ses blasphèmes, la propagande politique et médiatique désigne un ennemi à occire et à éliminer sans jamais remettre en question ses propres pulsions archaïques et primitives. Ce n'est pas un hasard si Satan en personne requiert les doctrines despotiques d'un Saddam Hussein satyriasique pour asseoir son hégémonie sur la Terre. 
Les délires pétomanes de Terrance et Philippe ne doivent pas masquer une problématique essentielle, à savoir cette scission irrémissible et générationnelle qui s'est peu à peu immiscée entre des parents pusillanimes et une jeunesse en déliquescence. Indubitablement, Trey Parker et Matt Stone s'identifient et se reconnaissent à travers les tribulations de Kyle, Stan, Cartman et Kenny. Eux aussi sont issus de cette plèbe et sont les anciens enfants perdus de cette même populace. South Park - Le Film serait-il donc le nouvel ennemi à abattre ? Pas vraiment...
C'est tout le paradoxe de ce long-métrage hystérique et jubilatoire. 
Pour conquérir et convaincre leur public, Matt Stone et Trey Parker utilisent, in fine, les mêmes méthodes radicales que celles employées par cette oligarchie politique, médiatique et hiératique. Vous l'avez donc compris. Sous ses faux airs de comédie potache, South Park - Le film mérite et nécessite une analyse précautionneuse. J'espère donc que vous me pardonnerez pour la frugalité de cette chronique.

Note : 16/20

sparklehorse2 Alice In Oliver