shuttle

Genre : horreur, thriller (interdit aux - 12 ans)
Année : 2008
Durée : 1h47

Synopsis : De retour d'un week-end, deux amies arrivent à l'aéroport en pleine nuit. Elles réussissent à monter à bord de la dernière navette pour rentrer chez elles. Mais le soulagement cède rapidement à l'angoisse lorsqu'elles s'aperçoivent que le chauffeur se dirige vers une destination beaucoup plus obscure...   

La critique :

Il faut se rendre sur le site IMDb (source : http://www.imdb.com/name/nm2207094/) pour trouver quelques informations élusives sur le réalisateur Edward Anderson. La carrière cinématographique du cinéaste démarre vers le milieu des années 2000 avec Le Casse du Siècle (Adam McKay, 2007), un long-métrage qu'il griffonne et scénarise. Mais le jeune cacographe n'a jamais caché son extatisme pour le thriller horrifique. Ça tombe bien. Corrélativement, Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006) signent le grand retour du torture porn au cinéma et en vidéo.
Toutefois, Edward Anderson ne souhaite pas vraiment verser dans la surenchère ni dans la complaisance. Le metteur en scène possède d'autres arguties dans sa besace. C'est dans cette didactique qu'il s'attelle au tournage de Shuttle, sorti en 2008.

Ne cherchez pas... Le long-métrage n'a même pas bénéficié d'une exploitation dans les salles obscures. En outre, Shuttle est sorti furtivement en DTV (direct-to-video) et n'a pas spécialement suscité l'enthousiasme sur la Toile. Depuis ce thriller horrifique, plus de nouvelles d'Edward Anderson qui semble avoir totalement disparu des écrans radars. Le métrage a néanmoins été présenté dans différents festivals et notamment lors du festival international du film fantastique de Gérardmer en 2009 (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Shuttle_(film,_2008).
Derechef, Shuttle essuie, au mieux, un ennui poli et doit se colleter avec une concurrence pléthorique. Reste à savoir si ce film d'horreur, qui tâtonne entre le torture porn, le drame et le film dénonciateur via un soupçon de huis clos et de rape and revenge, mérite une telle rebuffade.

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Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film mérite qu'on s'y attarde quelque peu. En l'occurrence, le casting se compose de Tony Curran qui a surtout collectionné les rôles subalternes au cinéma et aussi dans les séries télévisées. On a ainsi pu apercevoir le comédien dans Petits Meurtres entre Amis (Danny Boyle, 1994), Le 13e Guerrier (John McTiernan, 1999), Gladiator (Ridley Scott, 2000), Pearl Harbor (Michael Bay, 2001), ou encore Miami Vice : Deux flics à Miami (Michael Mann, 2006). On relève aussi la présence de Peyton List, une actrice surtout célèbre dans le milieu de la télévision. Viennent également s'agréger Cullen Douglas et Cameron Douglas, par ailleurs inconnus au bataillon. Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse du film.
Attention, SPOILERS !

(1) Jules et Mel reviennent des Caraïbes et se retrouvent bloquées à l'Aéroport sous une pluie diluvienne. Empruntant un bus les emmenant à Los Angeles avec trois autres personnes, elles comprennent que le chauffeur n'est pas aussi avenant que prévu. Ce qui aurait dû être un voyage court tourne à la lente descente aux enfers. Le chauffeur emmène ses passagers vers une destination (1) inconnue ou presque... Shuttle constitue aussi le tout premier long-métrage d'Edward Anderson. Dès le préambule, Shuttle revêt les oripeaux d'un énième torture porn un peu comme Saw et Hostel en leur temps. Toujours la même ritournelle... C'est d'ailleurs la première partie du film.
Malicieux, Edward Anderson cherche à se distinguer des tâcherons habituels en réalisant une série B plus roublarde qu'à l'accoutumée. 

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Cérémonieux, le cinéaste nous gratifie de quelques saynètes érubescentes, entre autres, une excision de doigts, puis la mise à mort de plusieurs personnages subsidiaires. Dans Shuttle, la tension et le suspense montent crescendo jusque l'inexorable... Toutefois, pas de quoi s'extasier ni tressaillir d'effroi sur son siège, à moins d'être totalement réfractaire à la moindre goutte de sang qui jaillit inopinément. Puis, subrepticement, Shuttle dérive peu à peu vers le huis clos anxiogène. 
Mel et Andy tentent de lutter chimériquement contre leur nouveau bourreau. C'est la seconde partie du film.
Transportées malgré elles dans un convoi pour l'enfer, les deux jeunes femmes se démènent et essaient d'échapper à la vigilance du chauffeur de la navette. Contre toute attente, ce dernier ne leur veut aucun mal...

Tout du moins, le conducteur veille à la bonne santé des deux étudiantes, hélas promises à une nouvelle forme de trafic... C'est lors de sa dernière demi-heure que Shuttle révèle enfin ses aspérités narratives. Avant cette ultime révélation, le spectateur chevronné aura aisément subodoré l'habile subterfuge. Autant dévoiler le stratagème malicieux dans cette chronique... Dans Shuttle, le scénario s'achemine vers un trafic d'esclaves, majoritairement des femmes destinées à servir les vils desseins d'un marché pernicieux. Mel et Andy sont contraintes de se déshabiller puis de poser devant l'appareil photographique de leur tortionnaire.
En l'état, difficile d'en dire davantage... Indiscutablement, Shuttle possède un scénario ambitieux qu'il mène avec plus ou moins de diligence.

Rien à redire non plus sur la qualité de l'interprétation. Mieux, c'est même le casting qui porte à lui tout seul ce thriller horrifique factice. Mention spéciale à Peyton List qui reste l'actrice la plus éloquente d'un casting plutôt restreint pour l'occasion. Néanmoins, difficile de pavoiser devant une production aussi timorée et absconse. Non pas que Shuttle soit foncièrement médiocre, loin de là, mais le long-métrage d'Edward Anderson reste beaucoup trop pondéré (hormis quelques saynètes rougeoyantes) pour attiser la curiosité sur une durée académique d'une heure et 47 minutes de bobine. 
De surcroît, le film souffre de quelques ellipses et longueurs fastidieuses. En l'état, cette série B famélique aurait dû être écourtée d'une bonne quinzaine de minutes. La réalisation se veut sobre et de facture conventionnelle. Vous l'avez donc compris. Ce n'est pas Shuttle qui risque de contrarier l'hégémonie de Saw et Hostel sur le torture porn. Cependant, le film ne mérite pas tous les anathèmes qu'il a suscités lors de sa présentation dans divers festivals. C'est donc avec une certaine mansuétude que nous lui accorderons la mention passable. 

Note : 10.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=1694&NamePage=shuttle